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jeudi, 04 avril 2013

Au revoir Jérôme Cahuzac

 

J’ai beaucoup défendu Jérôme Cahuzac et, comme tous ceux qui ont cru jusqu’au bout à la bonne foi de l’ancien ministre, j’ai appris avec stupéfaction et effarement ses aveux circonstanciés devant les magistrats instructeurs. Jérôme Cahuzac a été immédiatement mis en examen et il devra évidemment répondre de ses actes devant le tribunal correctionnel.

Les faits pénalement répressibles sont une chose. Le mensonge constant et répété de l’ancien ministre chargé, entre autre, de la lutte contre la fraude fiscale, en est une autre. L’affaire judiciaire est en réalité écrasée par sa dimension politique. Et c’est ce qui rend précisément les aveux de Cahuzac absolument terribles car, pendant des semaines, celui-ci a nié toutes les accusations formulées contre lui avec une belle assurance, y compris devant le président de la République et l’assemblée nationale, jetant non seulement le discrédit sur sa propre personne, mais aussi sur ses amis politiques qui, en toute honnêteté, l’ont soutenu dans la tempête. Je suis de ceux là et me sens donc trompé.

Ce faisant, je me refuse d’accabler l’homme qui a déjà eu l’immense courage – car c’en est un – de faire machine arrière et, sans doute travaillé par sa conscience et guidé par son avocat, de reconnaître publiquement qu’il s’était fourvoyé dans la spirale du mensonge. Cahuzac aurait pu faire durer les choses et persister dans son boniment. Il aurait pu tenter l’enlisement procédural ou parier encore sur un essoufflement médiatique de l’affaire pour que celle-ci soit examinée plus sereinement par la justice quelques années plus tard. Or il a choisi une toute autre voie en sollicitant spontanément un rendez-vous avec les magistrats instructeurs pour reconnaître ce qu’il s’était évertué à nier catégoriquement ces dernières semaines.

Ce qui s’est produit aujourd’hui est donc humainement parlant une terrible déception mais fondamentalement une très belle victoire pour l’Etat de droit, car bien que tardifs, les aveux de l’ancien ministre ont été paradoxalement rapides et formulés dès le stade de l’information judiciaire. Rappelons qu’il a aussi démissionné du gouvernement il y a une quinzaine de jours. C’est également le signe éclatant que la justice n’est pas aux ordres du pouvoir exécutif contrairement à ce que l’opposition de droite a affirmé ces derniers jours lorsqu’il s’agissait de parler de la mise en examen de Nicolas Sarkozy par un collège de trois magistrats. Celles et ceux qui commencent aujourd’hui à insinuer que le président de la République « savait probablement », devraient donc raison garder et ne pas réduire le pouvoir exécutif issu démocratiquement des urnes aux errements d’un seul homme.

Gabale

Commentaires

Pour vous suivre depuis un petit moment "M Gabale" je vous ai trouvé un peu moins perspicace que d'habitude.
Notamment sur le fait de critiquer certains hebdomadaires d'investigations, quant au fait de savoir si la présidence savait, je ne m'avancerais la non plus.
Maintenant pour ma gouverne je dirais que la critique est aisée mais............. vous me comprenez.

Écrit par : MOI | jeudi, 04 avril 2013

Le problème posé n'est pas de pardonner à un homme. Pourquoi pas ? Nous sommes dans une civilisation judéo-chrétienne. Le fond, c'est que le ministre chargé de traquer les délinquants fiscaux était lui-même un hyperfraudeur ! "Qui peut certifier aujourd'hui que les premiers aveux aux juges ne dissimulent rien d'autre d'encore plus grave ? D'où lui vient tout cet argent ? Au de-là de la morale et de l'honnêteté d'un individu, c'est bien le système de l'argent roi, érigé en table de la loi de la réussite, de la compétitivité ou de la concurrence qui permet l'évasion fiscale, les paradis fiscaux, les spéculations en tout genre. Le capitalisme corrompt les décideurs pour mieux se mettre à l'abri des foudres des peuples qui n'en peuvent plus de subir l'austérité, le chômage et la pauvreté qui galope en silence. Et des décideurs qui, comme M. Cahuzac, la lutte des classes n'existe pas, se laissent corrompre." "La crise économique et sociale se double d'une grave crise de confiance. Et, dès lors que la vie publique est minée par les affaires, doublées de mensonges et de tricheries, auxquels s'ajoutent le non-respect des engagements pris avant les élections, une concentration inouïe des pouvoirs au sommet de l'Etat, un parlement croupion, contraint d'obéir aux ordres des institutions européennes, nous nous approchons d'une crise de régime." "Plus la politique s'éloigne de nos concitoyens plus ils la repoussent. Dès lors les puissances d'argent dominent et mènent une politique contre celles et ceux qui n'ont que leur travail pour vivre."

Écrit par : Besièrs | jeudi, 04 avril 2013

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