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samedi, 02 février 2013

La gauche gestionnaire à l’épreuve

 

Une série d'indices témoigne de la crispation du climat social ces derniers jours : grogne des enseignants parisiens contre le changement des rythmes scolaires : annonce de la fermeture de l'usine Goodyear à Amiens Nord après cinq ans de bras de fer  entre la direction et la CGT ; tensions dans l’usine PSA d’Aulnay ; défilés de fonctionnaires pour l’emploi et les salaires; manifestation sous les portes du ministre du travail de salariés en colère exigeant une loi contre les licenciements boursiers.

A cela s’ajoutent les tensions au sein du mouvement syndical, coupé en deux depuis l’accord sur la fléxisécurité conclu début janvier. Pour la CFDT, la CFTC et la CGC qui l’ont signé une avancée ; pour la CGT et FO qui l’ont rejeté une trahison. Simultanément le fossé se creuse entre les deux gauches.

Jean- Luc Mélenchon et le Front de gauche accusent ouvertement François Hollande et les socialistes de «mener une politique social libérale assumée.» Les ministres sont sur le qui- vive : ils voient le chômage qui augmente et la croissance qui peine. Ils n'attendent rien de bon de 2013 et se souviennent avec angoisse de la funeste année 1983 .

En plein tournant de la rigueur, la gauche gouvernementale avait été lâchée par les bataillons d’électeurs qui l’avaient portée au pouvoir deux ans plus tôt . Aux municipales de mars 1983 , 31 villes de plus de 30 000 habitants avaient été perdues. La droite entamait la reconquête qui devait la conduire trois ans plus tard , en 1986, à constituer le premier gouvernement de cohabitation.

La rigueur est l’ennemie de la gauche parce qu’elle fait souffrir ceux dont elle est censée améliorer le sort. Elle la place en situation d' accusée pour ne pas dire de traîtresse. C’est ce qui avait conduit François Mitterrand à ne jamais l’assumer , c’est ce qui fait que François Hollande n’en prononce jamais le nom.

Avec cependant trois différences essentielles qui rendent la situation actuelle tout à fait inédite : la démagogie a été strictement contenue pendant la campagne électorale avec des promesses réduites à trois fois rien. Le ministre du travail Michel Sapin ose le mot « faillite » pour qualifier la situation désastreuse des finances publiques comme naguère François Fillon.

Et sur le terrain, les socialistes gestionnaires, ceux qui tiennent depuis des années les grandes villes assument la réalité. Ils savent que pour relancer la machine, il faut rationaliser la dépense publique et soutenir l’offre privée et non l'inverse. Gérard Collomb à Lyon, Bertrand Delanoë à Paris le disent sans fioriture. Comme beaucoup d'autres élus socialistes ils ont leur bilan pour eux. En mars 2014, c'est sur leurs épaules de maire que reposera le premier test électoral du quinquennat Hollande.

Le socialisme gestionnaire n'est pas complètement démuni

Françoise Fressoz

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