Midilibre.fr
Tous les blogs | Alerter le modérateur| Envoyer à un ami | Créer un Blog

mardi, 22 janvier 2013

Parité, le retour du refoulé

 

 

parite.jpgAnecdotique ? Insignifiant, comme tout ce qui est excessif ? Les manifestations de misogynie primaire qui se sont exprimées la semaine dernière au Sénat montrent combien la parité, même si son principe est depuis plus de dix ans inscrit dans la Constitution, suscite encore des réticences et des réserves chez certains.

Le projet de loi qui a déchaîné certains sénateurs de droite, prévoit essentiellement l’élection directe par les citoyens des délégués communautaires, et la modification des scrutins départementaux en vue de répondre à un double objectif : réduire l’ampleur des écarts de populations entre les cantons, et introduire la parité dans des assemblées où les femmes représentent moins de 14% des élus.

Le mode de scrutin proposé prévoit l’élection d’un binôme homme-femme de conseillers généraux dans chaque canton, système qui garantit l’ancrage territorial et la parité, mais qui induit, à effectif constant d’élus, une division par deux du nombre de cantons –et par voie de conséquence, d’hommes élus…

Les sénateurs de l’opposition, tous des hommes, ont crié au scandale. Halte à « l’obsession sexuelle collective », ont-ils clamé, ajoutant que les femmes vont devenir des « potiches », des « gadgets », que ce système est « loufoque, invivable », suggérant même d’adopter la réforme pour une seule mandature, afin de laisser aux femmes « le temps de faire leurs preuves » !

Ces propos de haute tenue ne sont pas seulement le fait d’un dernier carré de machistes isolé dans son enclos. Ils révèlent l’état d’esprit de certains élus, aujourd’hui, en France, dans ce Sénat pourtant majoritairement  depuis son dernier renouvellement. Comme si, en dépit de cette alternance, le Palais du Luxembourg restait un lieu où les plus conservateurs se sentent autorisés à « se lâcher », sans filtre, sans retenue, et sans honte.

Cet épisode laisse augurer de la tonalité des débats lorsque les sénateurs seront saisis de la limitation du cumul des mandats dont François Hollande a confirmé qu’elle serait mise en œuvre prochainement. Il renvoie aussi aux dérapages sur l’ouverture du mariage aux couples de même sexe. Plus largement encore, il est le symbole de tous les conservatismes à l’œuvre dans notre pays.

Les Français ont voulu l’alternance en 2012 précisément pour sortir de ces conceptions étriquées, étouffantes, qui sont à l’œuvre dans toutes les formes de rejet et d’intolérance, de la xénophobie à l’homophobie en passant par la misogynie. Au moment où se déroulent à Washington les cérémonies d’investiture de Barack Obama, il faut bien constater des correspondances entre le conservatisme régressif de certains Républicains américains et celui d’une partie non négligeable de la droite française.

Bernard Roman

Les commentaires sont fermés.