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lundi, 01 octobre 2012

Le monde, le #TSCG et nous

 

Je suis personnellement favorable au traité sur la stabilité, la coordination et la gouvernance (TSCG), plus communément appelé pacte budgétaire européen, qui doit être ratifié en principe par le Parlement. Mais avant de vous dire pourquoi, un tout petit retour en arrière s’impose.

Le 21 septembre 2012, sur les ondes de France Inter, l Michel Sapin a déclaré :

« Lutter contre l’endettement est nécessaire, mais en même temps il faut stimuler la croissance. Ce n’est pas facile. Ce n’est pas simple, car d’habitude, c’est soit l’un, soit l’autre. On dépense de l’argent pour stimuler la croissance ou on arrête les dépenses pour diminuer l’endettement. Eh bien il va falloir être intelligent et subtil. Il va falloir s’inscrire dans le temps. C’est pour cela que je n’aime pas les mesures aveugles du genre « un sur deux part à la retraite, donc on ne le remplace pas » ou des mesures consistant à compter les dépenses en moins et les impôts en plus. Si on n’est pas dans une dynamique de désendettement mais aussi de stimulation de l’économie, donc de la croissance, alors on ne fera que s’enfoncer dans ce cercle vicieux : plus il y a d’austérité, moins il y a de croissance ; moins il y a de croissance, moins il y a de recettes fiscales ; moins il y a de recettes fiscales, plus il y a d’endettement ; plus il y a d’endettement, plus il y a d’austérité. »

En quelques mots, Michel Sapin, homme d’expérience, a parfaitement bien résumé la situation du pays en rappelant qu’il convenait de l’appréhender avec subtilité et intelligence, c’est-à-dire en se tenant à égale distance d’une lutte aveugle contre le désendettement qui implique une politique d’austérité généralisée, et des promesses démagogiques qui consistent à faire croire aux gens que tous les problèmes économiques et sociaux actuels du pays peuvent être résolus grâce un repli politique intransigeant et frileux de la France sur elle-même. Il est grand temps de regarder la réalité en face et de se rendre compte que la France ne pourra jamais faire entendre sa voix dans le monde et défendre efficacement ses intérêts si les Français persistent dans cette attitude de défiance à l’égard de l’Union européenne.

Depuis la chute du bloc communiste, notre monde est en effet devenu celui des grands ensembles géopolitiques interdépendants économiquement. Il ne s’agit pas ici d’insinuer que le capitalisme a triomphé. La réalité est beaucoup plus complexe que cette vision binaire caricaturale qui arrangent aussi bien les ultralibéraux que les gauchistes (cf. la situation politique en Amérique du sud, en Asie ou en Afrique). Il s’agit de souligner que les petits Etats fédéraux (ex. l’Allemagne) et les petits Etats nations (ex. la France) n’ont pas d’autre choix que de s’allier dans des ensembles géopolitiques plus vastes pour exister dans un monde où des grosses fédérations d’Etats (les Etats-Unis, la Fédération de Russie, le Brésil, l’Inde, etc.), et des Etats unitaires importants (la Chine, le Japon, la Turquie, les Etats de la péninsule arabique, l’Afrique du sud, etc.) ont acquis un poids politique et économique absolument considérable.

Si la France veut maintenir un certain niveau de compétitivité, si elle veut faire face le plus efficacement possible à la concurrence impitoyable des grandes puissances économiques et plus particulièrement à celle des pays émergents, si elle veut maintenir en même temps un certain niveau de protection sociale, si elle veut enfin  inverser la courbe du chômage, alors elle doit résolument participer à la stabilisation de la zone euro et à la revalorisationpolitique de l’Union européenne.

Dans cette perspective, la ratification du TSCG me paraît incontournable pour au moins trois raisons :

Primo. Même si le texte du Traité est abscons et peut provoquer de légitimes inquiétudes au sujet des mécanismes de contrôle budgétaire qu’il instaure, son adoption va néanmoins contribuer à mettre un terme aux spéculations sur la fragilité de la zone euro. En effet, les Etats de l’Union européenne vont ainsi prouver qu’ils sont solidaires les uns des autres en cette période de forte crise économique. Que font les spéculateurs si ce n’est de pilonner les Etats européens les plus fragiles structurellement (Grèce, Portugal, Espagne, Italie) en pariant sur la lassitude et l’égoïsme des opinions publiques des autres Etats européens ? En tous les cas, on fait dire au TSCG beaucoup de choses, beaucoup plus qu’il n’en dit en réalité, parce qu’il est devenu un catalyseur de toutes les peurs. Prenons l’exemple de la fameuse règle d’or dont on nous a rebattu les oreilles maintes fois et à qui on impute déjà tous les malheurs à venir. Le Conseil constitutionnel a précisé, en août dernier, qu’elle n’implique pas une modification de la Constitution. Il n’y a donc pas non plus de transfert de souveraineté puisque le TSCG résulte d’une négociation inter-étatique à destination des pays membres de la zone euro. Il ne relève pas exclusivement de la compétence communautaire, ce qui aurait impliqué un contrôle étroit de la Commission européenne. Enfin l’obligation d’équilibre budgétaire contenue dans la règle d’or s’entend hors circonstances exceptionnelles et ne devrait pas concerner les investissements.

Secundo. Le TSCG en 2012 n’est pas celui que Nicolas Sarkozy et Angela Merkel ont négocié en 2011 au niveau européen car son environnement juridique comporte désormais le pacte de croissance de 120 milliards d’euros souhaité et obtenu par François Hollande avec, bien entendu, le soutien des 27 Etats membres de l’Union européenne. Ce pacte de croissance vise une augmentation de la capacité de prêt de la Banque européenne d’investissement (BEI) de 60 milliards, 55 autres milliards venant de la réaffectation de fonds structurels non utilisés, et 5 milliards de «project bonds» pour financer des infrastructures de transport et d’énergie. On en revient donc à l’intervention de Michel Sapin ci-dessus qui précise que le désendettement et la stimulation de la croissance sont deux objectifs indissociables.

Tertio. La Banque Centrale Européenne (BCE) a accepté récemment de racheter sans limite de la dette publique, ce qu’elle refusait de faire depuis toujours. Ce revirement qui était attendu est aujourd’hui un signe fort.

Tout ceci, j’en conviens, peut sembler abstrait, voire insuffisant. Comment pourrait-il en être autrement ? Chacun est confronté aux difficultés de la réalité quotidienne, je devrais plutôt dire de sa réalité quotidienne. Dans ces conditions, il est normal d’éprouver des difficultés à projeter son regard sur le monde qui nous entoure, surtout quand on a le nez dans le guidon, quand on a peur du lendemain, quand on souffre de la précarité ou du chômage, quand on ne sent pas d’améliorations tangibles immédiates pour soi-même. Ce faisant, le TSCG qui n’est certes pas une panacée, n’est pas davantage l’abomination que ses détracteurs dénoncent à longueur de journées pour effrayer le plus grand nombre, car l’austérité ne l’a pas attendu pour se manifester. Comme le nuage de Tchernobyl, l’austérité ne s’est pas arrêtée aux frontières françaises. Elle est là. Il faut donc à la fois tenter d’en limiter les effets et stimuler l’économie.

Tiens au fait, qui sont les détracteurs du TSCG ? Eh bien, ce sont les mêmes qui ont formé, en 2005, la coalition hétéroclite du non à la Constitution européenne (nationalistes, fascistes, gaullistes de supermarché, communistes staliniens, communistes trotskistes, socialistes titillés par leur surmoi gauchiste, opportunistes de la posture politique, etc.). Ce sont les mêmes qui crient à gorge déployée qu’ils sont partisans d’une « autre Europe » tout en se gardant bien de préciser laquelle, tout simplement parce qu’ils n’en ont généralement aucune idée précise ou bien parce qu’ils n’osent pas dire clairement qu’ils veulent sa destruction. Ils préfèrent entretenir chez les Français le sentiment illusoire qu’il est possible de rester bien à l’abri derrière des frontières hermétiquement fermées, dans une sorte d’isolationnisme tranquille avec des francs dévalués en poche.

Que croyez-vous que Marine Le Pen, fille de millionnaire, risque d’une sortie de l’euro ? Elle ira tout simplement placer son fric en Suisse – à moins que ça ne soit déjà fait – mais certainement pas en tout cas à l’agence du Crédit du Nord à Hénin Beaumont. Que pensez-vous que Nicolas Dupont-Aignan et Jean-Luc Mélenchon aient à perdre alors que l’un et l’autre ont effectué une brillante carrière politique grâce à l’UMP et au PS qu’ils dénigrent ouvertement aujourd’hui ? Ne vous en faites pas pour ces gens qui crachent dans la soupe tout en prenant la pose devant les caméras. Ils sont à l’abri du besoin, suffisamment en tout cas pour se faire plaisir aujourd’hui sur les estrades des meetings après des années de courbettes. L’un se prend pour de Gaulle ; l’autre se rêve en Jaurès. Et que dire enfin des trotsko-mondains du NPA et des communistes made in France dont l’univers mental particulier est à la réalité ce que le Modem est aux mouvements de masse. On sait que ces derniers ont une perception particulière qui, de tout temps, leur a fait dire : « le parti a toujours raison, c’est la réalité qui se trompe. »

Tant pis si je me montre sévère. Je m’en moque éperdument à vrai dire, car je sais que les autres ont aussi de la sévérité à revendre chaque fois qu’ils tombent à bras raccourcis sur François Hollande élu au suffrage universel direct depuis moins de six mois, comme si celui-ci pouvait éprouver cyniquement de la satisfaction à voir le seuil des trois millions de chômeurs officiellement franchi, et se réjouir de tous les plans sociaux que Nicolas Sarkozy avait demandé à ses amis grands patrons de retarder afin de ne pas porter préjudice à sa campagne électorale.

Alors ?

Alors le monde est monde. Il est tel qu’il est. Désolé pour cette tautologie navrante, mais il est sûr qu’on ne le changera pas d’un coup de baguette magique. Au risque de me répéter, il est important de comprendre que la France, seule dans son coin, ne peut rien ou pas grand-chose. Il est important de comprendre que le TSCG est un moyen, pas une finalité. D’autant que ce que nous vivons comme une crise sans précédent – en raison des atteintes directes et répétées à notre niveau de vie – n’est pas ce qui est vécu ailleurs, notamment dans les pays émergents, ceux qu’on qualifie de « sous développés », lesquels connaissent au contraire une forte croissance, avec des besoins nouveaux et une amélioration timide, mais néanmoins réelle, des conditions générales d’existence (même si bien entendu les disparités demeurent souvent colossales). La récession des uns est la croissance des autres. Ce qui est sûr, c’est que notre monde évolue plus vite que nous-mêmes. Nous sommes donc amenés à nous y adapter avec la gageure que nos acquis puissent devenir demain les conquêtes sociales des trois quarts de la planète qui souffrent.

Gabale, Mende (Lozère)

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