Il y a des enfants, nombreux, et même des grands, qui devant une tartelette commencent par les fruits et le coulis qui les couvre, pour n’aborder les bords et le fond du gâteau qu’après ; ou pour les laisser s’ils ne sont pas assez savoureux.

La deuxième espèce est plus rare : ceux qui pour les tartelettes comme pour tout le reste commencent par le plus dur. Je n’ai jamais vu Hollande manger de tartelette, je peux pourtant affirmer qu’il est de cette deuxième catégorie.

En politique, cela s’appelle le courage. Et nous sommes en plein dedans.

Elu depuis à peine 4 mois, et le gouvernement nommé presque à la même date, Hollande attaque la croûte. Attitude radicalement opposée à celle de Sarkozy il y a 5 ans qui, dès juillet, donnait des gages à son électorat avec le bouclier fiscal et les autres mesures de la loi TEPA. On sait que ce bouclier s’est les années suivantes révélé de vil plomb et qu’il a beaucoup pesé pour alourdir le bilan sarkozien et empêcher la réélection du mangeur de tarte par le milieu.

Il faut un certain courage, je le redis, à celui qui fut le candidat du Parti Socialiste de placer la première année de son quinquennat, et sans doute deux, sous le signe de la réduction de la dette et du retour dans les clous de l’équilibre budgétaire. C’est immanquablement tailler dans tous les budgets, y compris dans les budgets sociaux, contrarier en premier ceux qui l’ont élu. Pas drôle.

Pas drôle pour lui, pas drôle pour ses ministres. Disons-le simplement : ça les empêche de dormir, à l’égal, voire davantage de beaucoup de Français.

Pourquoi, alors ? Parce que le remboursement des intérêts de la dette est actuellement le premier budget de l’Etat, avant même celui de l’Education nationale qui occupait cette place pas forcément enviée depuis quelques décennies. Et parce que si nous ne faisons rien pour diminuer et la dette et les intérêts afférents, nous ne pourrons plus rien faire du tout. Rien, nous serons paralysés, victimes n’ayant plus qu’à subir, sans possibilité d’aucun choix politique, ni écoles, ni hôpitaux, ni médicaments innovants contre le cancer, ni recherche, rien de chez rien.

Ceux qui vont râler -et sans doute à juste titre de leur point de vue- d’avoir à payer davantage ou de recevoir moins, doivent percevoir, partager la notion qu’il vaut mieux payer tant qu’il est encore temps pour réduire la dette et son coût que pour n’avoir plus qu’à la rembourser, couteau sur le cou, en taillant  à tout va, sans possibilité de priorités ni de  justice dans tous les budgets de l’Etat. Ai-je besoin de citer les pays qui en sont là?

C’est de tout cela que, de Conseil des Ministres en Conseils des Ministres, nous sommes pénétrés et que nous portons lourdement, gravement. Mais au regard du temps, ce que nous faisons, aura un sens, trouvera sa légitimité, montrera sa force et la force de ceux qui en assument avec nous le choix.

Michèle Delaunay