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lundi, 23 juillet 2012

Rafle du Vel d'hiv: ce crime fut commis en France, par la France.

Nous sommes rassemblés ce matin pour rappeler l'horreur d'un crime, exprimer le chagrin de ceux qui ont vécu la tragédie, évoquer les heures noires de la collaboration, notre histoire, et donc la responsabilité de la France.

Nous sommes ici aussi pour transmettre la mémoire de la Shoah, dont les rafles étaient la première étape, pour mener le combat contre l'oubli, pour témoigner auprès des nouvelles générations de ce que la barbarie est capable de faire et de ce que l'humanité peut elle-même contenir de ressources pour la vaincre.

Il y a 70 ans, le 16 juillet 1942, au petit matin, 13.152 hommes, femmes et enfants étaient arrêtés à leur domicile. Les couples sans enfants et les célibataires furent internés à Drancy, là où s'élèvera à l'automne le musée créé par le Mémorial de la Shoah.

Les autres furent conduits au Vélodrome d'Hiver. Entassés pendant cinq jours, dans des conditions inhumaines, ils furent de là transférés vers les camps de Pithiviers et de Beaune-la-Rolande.

Une directive claire avait été donnée par l'administration de Vichy : « Les enfants ne doivent pas partir dans les mêmes convois que les parents ». C'est donc après des séparations déchirantes que les parents d'un côté, les enfants de l'autre, partirent vers Auschwitz-Birkenau où les déportés de Drancy les avaient précédés de quelques jours.

Ils y furent assassinés. Pour la seule raison qu'ils étaient juifs.

Ce crime s'est déroulé ici, dans notre capitale, dans nos rues, dans nos cours d'immeuble, dans nos cages d'escalier, sous nos préaux d'école.

Il allait ouvrir la voie à d'autres rafles, à Marseille et dans toute la France, c'est-à-dire des deux côtés de la ligne de démarcation. Il y eut aussi d'autres déportations, notamment celle de Tsiganes.L'infamie du Vel d'Hiv s'inscrivait dans une entreprise qui n'a pas eu de précédent et qui ne peut être comparée à rien: la Shoah, la tentative d'anéantissement de tous les Juifs du continent européen.

76.000 Juifs de France furent déportés vers les camps d'extermination. Seuls 2.500 en sont revenus.

Ces femmes, ces hommes, ces enfants, ne pouvaient pas s'attendre au sort qui leur avait été réservé. Ils ne pouvaient pas même l'imaginer. Ils avaient confiance dans la France.

Ils croyaient que le pays de la grande Révolution, que la Ville Lumière, leur serviraient de refuge. Ils aimaient la République avec une passion inspirée par la gratitude. C'est en effet à Paris, en 1791, sous la Constituante, que, pour la première fois en Europe, les Juifs étaient devenus des citoyens à part entière. Plus tard, d'autres avaient trouvé en France une terre d'accueil, une chance de vie, une promesse de protection.

Ce sont cette promesse et cette confiance qui furent piétinées il y a soixante-dix ans.

Je tiens à rappeler les mots que le grand rabbin de France Jacob KAPLAN adressa au maréchal PETAIN en octobre 1940, après la promulgation de l'odieux statut des Juifs : « Victimes, écrivait-il, de mesures qui nous atteignent dans notre dignité d'hommes et dans notre honneur de Français, nous exprimons notre foi profonde en l'esprit de justice de la France éternelle. Nous savons que les liens qui nous unissent à la grande famille française sont trop forts pour pouvoir être rompus. »

Là se situe la trahison.

Par-delà le temps, au-delà du deuil, ma présence ce matin témoigne de la volonté de la France de veiller sur le souvenir de ses enfants disparus et d'honorer ces morts sans sépulture, ces êtres dont le seul tombeau est notre mémoire.

Tel est le sens de l'exigence posée par la République : que les noms de ces suppliciés ne tombent pas dans l'oubli.

Nous devons aux martyrs juifs du Vélodrome d'Hiverla vérité sur ce qui s'est passé il y a soixante-dix ans.

La vérité, c'est que la police française, sur la base des listes qu'elle avait elle-même établies, s'est chargée d'arrêter les milliers d'innocents pris au piège le 16 juillet 1942. C'est que la gendarmerie française les a escortés jusqu'aux camps d'internement.

La vérité, c'est que pas un soldat allemand, pas un seul, ne fut mobilisé pour l'ensemble de l'opération.

La vérité, c'est que ce crime fut commis en France, par la France.

 

(...)

François Hollande

Commentaires

bon on va se repentir pendant combien de siècles encore ? moi je me repends de rien du tout !

Écrit par : amandine | lundi, 23 juillet 2012

La phrase du Président est "empruntée" à Antonio Machado, lorsqu'il écrit son élégie à Garcia Lorca "...el crimen fue en Granada, en su Granada..." (c'est à Grenade que le crime eut lieu, dans sa Grenade...")
Les conseillers du Président ont de bonnes lectures...

Écrit par : Compañera | lundi, 23 juillet 2012

D'abord, ce n'est pas lui qui a écrit ce discours, il n'a fait que le lire.
Ensuite assez de la repentance. je suis né en 1950. Ni lui ni moi ne nous sentons responsables en quoi que ce soit des atrocités commises pendant la guerre de 39/45.
Les responsables , ceux qui étaient aux commandes sont décédés depuis longtemps.
Se souvenir, oui, s'excuser non. Laissons faire les historiens pour nous rafraichir la mémoire si besoin est.
Les excuses, il fallait les faire au travers des procès, et des responsables qui ont vécu cette histoire.
Il ne s'agit pas de nier les faits, loin de là, il s'agit juste de ne pas culpabiliser les générations qui n'ont rien à voir avec les faits.
Je pense que l'on nous prépare le terrain pour une repentance à venir de la guerre d'Algérie.

Écrit par : Christian Bon | mardi, 24 juillet 2012

@ Christian Bon.....Je suis en parfait accord avec votre commentaire;le Président Chirac en son temps avait reconnu la responsabilité de ses dirigeants légaux,donc de la France!!!,pourquoi revenir sur ce sujet,pour que le Président Hollande se fasse de la publicité à travers les médias,salir une fois de plus la France,salir la Gendarmerie?.Les générations d'aujourd'hui ne doivent pas oublier ces atrocités,mais ne doivent pas se sentir responsables au nom de la France.

Écrit par : Négrier | mardi, 31 juillet 2012

Les commentaires sont fermés.