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lundi, 16 juillet 2012

François Hollande en Avignon: la culture, c'est maintenant

Réaffirmer que la culture fait partie de son projet de «redressement» de la France: voici, en un mot, le sens de la visite de François Hollande au Festival d’Avignon. Le Président de la République, qui a le sens des symboles, a voulu «renouer avec une tradition»: il a rappelé qu’il est le premier Président de la République à se rendre au Festival depuis François Mitterrand ,le 10 juillet 1981. «Je suis juste en retard de cinq jours, après une aussi longue absence"a dit un Président détendu. Symbole là encore: il était accompagné de Michel Sapin, Ministre du Travail, et bien sûr d’Aurélie Filippetti, Ministre de la Culture. Nous lui avons posé une question: avez-vous un grand projet culturel, comme d'autres présidents avant vous?

 

 Son prédécesseur ne s’y serait pas risqué…Sous un ciel clément, un François Hollande tout sourire a salué la Cité des Papes et son Festival, il s’est attardé dans de longs bains de foule tels qu’il les affectionne, avec multiples embrassades, sourires, pauses photographies pour les passants.   

Une seule banderole revendicatrice fut dépliée sur son parcours: «La grève des filles ». Mais c’était le titre ....d’un spectacle du festival Off, cette nébuleuse qui, forte de plus de mille spectacles, entoure le «In»,le festival dit officiel fondé en 1947 par Jean Vilar, dont on célèbre le centenaire de la naissance.

Et le programme de visite de François Hollande n’a oublié personne, ni le In et ni le Off, ni l’héritage et ses passeurs, ces « combattants de la culture» a-t-il dit.

 

En visite à la Maison du Off, où l’attendait Greg Germain, son directeur, il a mentionné avec humour que l’an passé il y est venu en simple candidat etquasi seul, alors que Greg Germain était déjà intronisé. En tant que Président désormais «On», François Hollande a déclaré «Ce qui se joue ici, c’est l’ensemble de la diversité culturelle de la France » et il a échangé quelques mots, sous le chapiteau du Off, avec un groupe de lycéennes venues de Guyane, non sans être passé (humour toujours) par le service «Accréditation» du festival Off en compagnie d’une Valérie Trierweiler discrète et en retrait.

F Hollande au Off.jpg

 








Tout, dans cette journée ensoleillée à Avignon faisait symbole. Elle avait commencé par la Fondation Yvon Lambert d’Avignon,où François Hollande a signé l’acte de donation du galeriste à l’Etat : près de six cent œuvres.  Il lui a remis la Légion d’Honneur, et a souligné la générosité de cette donation «la plus grande faite à la France depuis cent ans ». Puis, après donc un passage par le « Off », il s’est rendu à la Maison Jean Vilar, où il a visité l’exposition du centenaire consacrée au fondateur du Festival, et ce en compagnie de  Jacques Téphany, Président de la Maison, et de Jack Ralite, ancien Ministre de la Santé des années Mitterrand, Maire d’Aubervilliers, Sénateur et fondateur des Etats Généraux de la Culture, auquel il a rendu un hommage appuyé , saluant en lui un homme de la «famille» de Jean Vilar.

 

Dans le légendaire petit jardin de la Maison Jean Vilar, il a écouté le bref discours d'Emmanuel Ethys, Président de l’Université du Vaucluse, instigateur de passionnantes enquêtes sur la sociologie du public du Festival d’Avignon. Puis Jacques Tephany a donné lecture de deux belles lettres, d’un spectateur du TNP années Vilar, et de Jean Vilar à son épouse.

Le rendez-vous avec les artistes

 Ensuite, nouveau bain de foule Place de l’Horloge, au pied du Palais des Papes, et diner à «La Fourchette » (bonne et simple table traditionnelle d’Avignon) avec les directeurs du Festival d’Avignon,Vincent Baudriller et Hortense Archambault, et avec des artistes qui sont (d’après nos informations, off): l’anglais Simon McBurney,artiste associé de cette 66è édition du Festival;Stanislas Nordey,artiste associé de la prochaine 67ème édition; l’allemand Thomas Ostermeier,directeur de la Schaubühne de Berlin; Arthur Nauzyciel (qui le 20 crée «La Mouette» dans la Cour d’Honneur du Palais des Papes)et Stéphane Braunschweig, le directeur du Théâtre National de la Colline à Paris qui signe «Six personnages en quête d’auteur» d’après Pirandello, spectacle où François Hollande devait se rendre dans la soirée. Opération de charme réussie, à n’en pas douter.

 

 « Le Ministère de la Culture sera soumis aux mêmes lois que les autres »

 

Hollande conf de presse.jpg















Pas de grande annonce au cours du bref point presse de François Hollande, mais le rappel (inédit de longue mémoire de la part d’un Président de la République) de son attachement à la culture, enjeu majeur pour «rassembler une nation », créer des emplois, porter l’ image de la France à l’étranger«Je suis très attaché à la politique culturelle extérieure de la France, il y a eu là trop d’abandons. Les instituts culturels sont nos ambassadeurs ». Il a dit veiller à ce que l'obtention de visas pour des artistes étrangers invités en France soit désormais facilitée. 

François Hollande a évoqué la défense de l'exception culturelle , un «combat international,notamment en Europe où certaines directives pourraient considérer la culture comme un bien comme un autre, il n’en est pas question ».

 Sur le budget de la Culture, le Président a rappelé qu’il avait sauvé le spectacle vivant du gel des crédits en 2012, sans vraiment s’engager pour 2013, et n’en disant pas plus que sa Ministre de la Culture sur le dossier de l’intermittence, qui sera revu dans un souci de justice. Il souhaite une loi sur le développement culturel de la France, qui associera création et éducation artistique.

Un grand projet?

 Nous lui avons demandé, si, à l’instar de François Mitterrand, il caressait l’idée d’un grand projet culturel. Réponse : oui, mais il n’aura pas forcément le visage d’un lieu, à Paris: «Je cherche une grande ambition rassembleuse ».

 On ne vous aura sans doute pas tout dit (journaliste politique, c’est un métier...). Mais François Hollande au Festival d’Avignon renoue avec la tradition et l’ambition d’une France créatrice, accueillante, soucieuse d’éducation artistique, de démocratisation et de rayonnement culturel.

 Jean Vilar a eu un beau centenaire; et le Festival d’Avignon, un beau salut, et avec lui les créateurs, hommes de bonne volonté, éducateurs qui oeuvrent pour une haute idée de la culture. Enfin !

 Photographies Stéphane Capron.

 

 

 

 

 

 

 

 

 


 

 

 


 

Commentaires

"la culture, c'est maintenant", il est grand temps de mette les intermittents du spectacle au même régime que les autres citoyens.
D'après la Cour de Comptes et son président Didier Migaud député PS

La Cour des comptes critique le régime chômage des intermittents du spectacle, dont le déficit a représenté un tiers du déficit total de l’assurance chômage en 2010 alors qu’il ne concerne que 3 % des demandeurs d’emploi.

Dans son rapport annuel publié mercredi, elle souligne « la grande fragilité du dispositif face aux comportements de fraude » et recommande d’augmenter les cotisations patronales et de les rendre variables en fonction du recours au travail intermittent.

Elle constate « un déficit chronique d’un milliard d’euros pour environ 100 000 bénéficiaires » de ce système, dont les dépenses ont atteint 1,2 milliard d’euros pour 250 millions de recettes en 2010. « Sur les dix dernières années, le déficit cumulé du régime des intermittents s’est établi à un montant proche de l’endettement total du régime d’assurance chômage (9,1 milliards d’euros à la fin 2010) », lit-on dans le rapport.

« Dans le contexte actuel des finances publiques, cette situation n’est pas soutenable », ajoute la Cour des comptes. Elle souligne que les règles d’indemnisation sont « très favorables » par rapport à celles que connaissent les travailleurs intérimaires. Elle critique « une inertie face aux abus et aux fraudes », soulignant qu’au moins 15 % des intermittents sont employés de manière permanente ou quasi permanente par un même employeur.

Écrit par : Christian Bon | lundi, 16 juillet 2012

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