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dimanche, 08 juillet 2012

Sérieux de gauche (1)

Ministre de l’économie et des finances, j’ai cette semaine présenté avec Jérôme Cahuzac, le ministre du budget, les engagements de finances publiques du gouvernement. Ceux-ci sont globaux : ils comprennent à la fois la loi de règlement, qui fait l’état des lieux, les orientations pluriannuelles qui seront développées dans les prochaines semaines, le collectif budgétaire – le projet de loi de finances rectificative – indispensable pour réduire nos déficits à 4,5 % en 2012, avant 3 % en 2013 puis l’équilibre en 2017. Je ne veux pas refaire ici le débat, qui s’est engagé devant les Commissions des finances des deux Assemblées, face à une droite que j’ai trouvée, à l’Assemblée nationale, à la fois amnésique et agressive. Je me contenterai ici de quelques brèves remarques. D’abord, pour souligner la difficulté de la situation dont nous héritons. La France, après dix ans de gouvernements conservateurs, souffre d’un triple déficit – déficit de croissance et d’emploi, déficit de compétitivité, déficit de crédibilité budgétaire. Sur ce point, la Cour des Comptes a fait le clair, de façon à la fois impartiale et sévère. Je ne saurais tirer ce rapport vers telle ou telle option politique – je me suis exprimé cette semaine avec force, avec un peu d’excès en une occasion, en ce sens.

combattre la dette est bien une politique de gauche. Encore faut-il, pour cela, conduire cette politique de redressement dans la justice

Mais les faits sont là : nous avons le devoir impérieux de redresser nos comptes publics.La dette publique s’est fortement accrue dans les dernières années – 800 milliards depuis 10 ans, 600 depuis 5 ans. Les déficits publics ont augmenté. Ils étaient encore de 5,2 % en 2011, alors que l’Allemagne, avec la même monnaie, la même crise, est presque à l’équilibre. Nous ne pouvons vivre durablement dans cette situation. A cause de notre appartenance à la zone euro. Parce qu’il s’agit d’une question de souveraineté – je ne veux pas d’une France prisonnière des marchés, acquittant des taux d’intérêt élevés pour le service de la dette. C’est aussi une condition pour retrouver des marges de manœuvre afin de financer nos services publics. En ce sens, combattre la dette est bien une politique de gauche. Encore faut-il, pour cela, conduire cette politique de redressement dans la justice. C’est ce que nous faisons, en faisant peser les prélèvements indispensables – en cours d’année budgétaire, les économies de dépense, qui seront plus élevées dans les années qui viennent, sont très limitées – sur les ménages les plus favorisés, qui ont bénéficié de nombreuses largesses dans les dernières années, et sur les grandes entreprises, dont les taux d’imposition effectifs sont plus faibles que ceux des PME, PMI et ETI.

Pierre Moscovici

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