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mercredi, 21 mars 2012

Pourquoi la "droitisation" de l'UMP par Claude Guéant est une erreur stratégique


 

 
 


 

Nicolas Lebourg

> Par Nicolas Lebourg historien / extrême droite
 
Les déclarations de Claude Guéant, usant de sa position de ministre de l’Intérieur pour tenter de rabattre des voix frontistes vers la droite, résultent d’une erreur d’analyse politique profonde qui mine la droite républicaine. Erreur d’analyse de l’émergence des néo-populismes xénophobes, erreur d’analyse de leur traitement politique.

 

Claude Guéant et Nicolas Sarkozy le 15 décembre 2011 lors d'une commémoration à Bourges (M. EULER/AFP)

Claude Guéant et Nicolas Sarkozy le 15 décembre 2011 lors d'une commémoration à Bourges (M. EULER/AFP)

 

Qu’est-ce que la mutation populiste ?

Le néo-populisme en Europe constitue un objet hybride, à mi-chemin entre l’opposition globale au "système" et la participation à celui-ci, rendue possible par des succès électoraux conséquents, acquis grâce à la dénonciation d’un lien causal entre insécurité et origine ethnico-religieuse, comme entre origine et capacité à devenir citoyen, ainsi que grâce à l’opposition entre le "bon sens" naturel du peuple enraciné, et le supposé dévoiement des élites mondialisées.

Au cœur du débat : la critique du multiculturalisme (qui en France n’a jamais existé comme dans le monde anglo-saxon) et du relativisme culturel masochiste et culpabilisant, qui a marqué une partie des gauches post-coloniales. L’une des principales innovations de ce populisme est de construire un programme politique d’exclusion, sur la base d’un retournement des valeurs de la philosophie des Lumières, ce qui permet de s’adresser à des électorats jusque là hostiles aux extrêmes droites en raison de la nature des fascismes du XXè siècle (juifs, homosexuels, femmes, militants laïques etc.).

 

Dans ce nouveau discours, l’identité est essentialisée, fétichisée, invariante, fixée par l’espace, l’histoire et la tradition. Ce déterminisme est une négation des identités multiples, comme de l’autonomie de décision des individus.

Les élites conservatrices

A l'encontre des résidents d’origine arabo-musulmane, la mutation populiste a permis la jonction d’une altérophobie élitaire, soucieuse de leur contrôle politique et suspicieuse de leur assimilabilité ethno-culturelle, et d'une altérophobie populaire, inquiète face à leur concurrence de travail et de leur différence de culture.

 

C. Guéant lors d'un discours au Bouscat le 28/10/11 (JEAN PIERRE MULLER/AFP)

C. Guéant lors d'un discours au Bouscat le 28/10/11 (JEAN PIERRE MULLER/AFP)

 

Pour le noyau dur des électeurs du FN et des élites des droites radicalisées, l’identité française ne peut s’acquérir que si on est ethniquement européen, et suppose l’acceptation du fonds chrétien de nos valeurs.

 

Tous les efforts de la droite pour chasser — au moins en paroles — sur les terres du FN ont néanmoins de grandes chances d’échouer, parce que la mise en avant de la notion d’identité suppose une cohérence entre les différents niveaux de celle-ci, du plus proche (le pays, la région ou la province) au plus lointain (la civilisation européenne) en passant par la nation. Or, sur ce terrain, les droites identitaires ont l’avantage : "Une terre, un peuple" sera toujours plus facile à faire comprendre que de stigmatiser les Roms en faisant l’apologie de l’élargissement de l’Union européenne vers les Balkans, ou que de promouvoir la "diversité" des élites, tout en stigmatisant sempiternellement les Français d’origine arabe.

Une erreur partagée

Suite à l’adoption par le FN en 1978 d’une propagande ciblant le coût social de l’immigration, droites et extrêmes-droites se livrèrent à une surenchère sur ce thème, la gauche demeurant longtemps embarrassée sur la question. L’extrême droite en fut normalisée. Sans maillage militant du territoire, sans peser par des élus, elle a tant orienté le débat politique que chaque majorité n’a eu de cesse que de vouloir transformer les lois sur l’immigration et la sécurité.

 

Ce comportement compulsif, légitimant toujours plus le transfert de voix vers le FN, a atteint son apogée ces dernières années. Reformulé après le 11 septembre 2001 dans le contexte nouveau du "choc des civilisations" et de la désignation de l’islam comme ennemi principal des peuples européens, l’idée identitaire semble à même de permettre à l’extrême droite de s’insérer progressivement dans une "zone grise" se situant à la limite des droites de gouvernement et des populismes radicaux.

 

Rappeler les fondamentaux républicains

 

Les propos de Claude Guéant (ainsi que ceux de François Fillon sur les pratiques barbares et d'un autre âge) constituent un pas majeur vers une radicalisation qui mine le socle culturel des droites en le confondant avec celui de l’extrême droite. L’UMP risque d’y perdre son âme et les élections.

 

F. Fillon au Sénat le 08/12/11, à Paris (BERTRAND GUAY /AFP)

F. Fillon au Sénat le 08/12/11, à Paris (BERTRAND GUAY /AFP)

 

La gauche n’y gagnera rien non plus, car sa difficulté à articuler le contrôle des conséquences du marché sur les catégories populaires et un républicanisme unificateur avait déjà grandement participé à mener au 21 avril 2002.

 

Contre l’incendie identitaire il n’y a qu’un remède, le souci des premiers mots de notre Constitution : "La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale. Elle assure l’égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d’origine, de race ou de religion." Il y a nécessité à reprendre le combat culturel, pour réinstaurer au cœur du débat les valeurs de l'humanisme égalitaire.

 

 

Liste des signataires de ce texte :


- Gaël Brustier (politiste),

- Jean-Yves Camus (politiste),

- Sylvain Crépon (sociologue),

- André Déchot (essayiste),

- Alexandre Dézé (politiste),

- Stéphane François (politiste),

- Emmanuel Kreis (historien),

- Nicolas Lebourg (historien)

Commentaires

pour lire l'original voici le lien du Nouvel Obs : http://leplus.nouvelobs.com/contribution/498361-pourquoi-la-droitisation-de-l-ump-par-claude-gueant-est-une-erreur-strategique.html

Décidément en ces périodes de trouble où le pays est suspendu aux résultats d'une enquête de police, par ce copié/collé d'un article paru le 19 mars dans le Nouvel Obs, le PS bitérrois sans aucun fondement, montre (accuse ) le FN et le insister de l'Interieur, Caude Guéant, afin qu'on en tire implicitement les conclusions.
À côté de la plaque. Une fois de plus le PS montre son manque de clairvoyance. Tout comme il avait accusé le FN lors des attentats de la rue Copernic, il récidive aujourd'hui par cet article.
L'auteur des crimes est bien un islamiste salafiste et proche d'AL Qaida par la formation sur le terrain et l'approche philosophique. Certes un acte isolé jusqu'à preuve du contraire, mais qui prouve la puissance de ce mouvement capable de déclencher chez des citoyens isolés des crimes prémédités . Cet homme qui était connu par les services de police pour son engagement aurait pu être mis en prison par Guéant avant ses méfaits, mais alors on aurait accusé le ministre de servir une dictature.
En la matière, messieurs mesdames du PS, vous devriez faire preuve de davantage d'humilité, chaque fois vous vous êtes trompé de cible.

Écrit par : Christian Bon | mercredi, 21 mars 2012

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