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mardi, 10 janvier 2012

Le lièvre et la tortue

Quand on les observe, on ne peut s'empêcher de penser à la fable Le Lièvre et la Tortue, de Jean de La Fontaine. Nicolas Sarkozy le lièvre, si pressé d'être encore président qu'il accélère le train et ressort de son chapeau la TVA sociale. On croyait la réforme enterrée depuis les législatives de 2007, qui avaient vu la droite perdre soixante députés après une campagne musclée de la gauche contre cet impôt. Erreur ! La TVA sociale redevient d'une brûlante actualité, mais dans la plus grande précipitation et avec si peu de pédagogie que beaucoup redoutent, à l'UMP, que la réforme coûte que coûte devienne la réforme de trop.

De l'autre côté, François Hollande la tortue. Il annonce une accélération de sa campagne mais prend tout son temps. Il fait une visite par-ci, une réunion publique par-là, mais ne dévoile rien de son projet. Au contraire. Il laisse ses proches détricoter les grands marqueurs du projet socialiste, comme la retraite à 60 ans ou la fusion de l'impôt sur le revenu et de la CSG, le tout en affirmant qu'il veut faire rêver les Français !

Drôle de campagne où la tactique domine le fond, où tout va trop vite dans un camp, trop lentement dans l'autre. M. Sarkozy accélère parce qu'il veut occuper tout l'espace et faire apparaître par contraste la vacuité de son adversaire. M. Hollande temporise parce qu'il prend le pari que le président sortant finira par se prendre dans ses propres filets : trop d'agitation et si peu de résultats, il est déjà si bas dans les sondages ! Les deux hommes raisonnent comme s'ils n'étaient que deux, alors qu'ils sont en réalité quatre dans cette campagne dominée par deux fondamentaux inquiétants : la crise économique, qui alimente l'angoisse, et les promesses non tenues de 2007, qui réactivent le discrédit dont souffre le politique.

MM. Sarkozy et Hollande ont en commun de ne pas satisfaire la totalité de leur propre camp. Le style du premier heurte une partie de la droite, la prudence du second déçoit une partie de la gauche. Marine Le Pen et François Bayrou se disputent les déçus du duo. La première joue la carte de la rupture, le second mise sur une forme d'authenticité française axée sur le retour aux fondamentaux républicains. Si l'on ajoute la crise européenne qui n'est pas résolue, le paysage se complique encore car le clivage européen n'épouse pas la querelle gauche-droite.

Là s'arrête la référence avec la fable. Les personnages sont trop nombreux pour qu'on puisse figer les stratégies et prédire le vainqueur. La tortue a beau avoir l'avantage, elle n'a pas encore gagné.

 

Françoise Fressoz  "Le Monde"

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