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vendredi, 26 août 2011

un programme de salut public

 

Jean-Marie Le Guen : "La rigueur selon DSK"

Interview de Jean Marie Le Guen, soutien de François Hollande

 

Le Nouvel Observateur - On connaissait les ambitions de Dominique Strauss-Kahn. Mais on ne sait rien du programme qu'il comptait soumettre aux Français. Si le candidat est désormais hors jeu, ses idées le sont-elles également ?

- Jean-Marie Le Guen - Dominique Strauss-Kahn, dont je reste l'ami indéfectible, avait pris en effet la décision d'être candidat à laprésidence de la République. Parce qu'il pensait être lemieux placé pour gagner mais aussi parce qu'il estimait être porteur d'un projet capable d'enrayer ce grand déclin qui menace l'Europe et plus particulièrement la France.

Pour avoir participé à l'élaboration de ce projet, je vois bien aujourd'hui à la fois son actualité et sa pertinence. C'est pour cela que je m'exprime. Dominique Strauss-Kahn ne peut plus concourir, mais la gauche peut se servir de ses idées, à la fois pour gagner en 2012 et ne pas décevoir après la victoire.

Quel sens DSK donnait-il au mot "déclin" ?

- Il considérait, pour être très clair, que nous étions au bord du gouffre et qu'un nouveau quinquennat d'impuissance provoquerait un décrochage dont notre pays ne se relèverait pas. Il y avait, chez lui, un sentiment d'urgence, doublé d'un brin de colère.

Il considérait que notre modèle républicain français et le modèle de civilisation européen offraient, plus que tout autre, les bases d'un redressement salvateur mais que, pour cela, il fallait se donner les moyens d'une politique vraiment ambitieuse, loin des coups de menton et des habiletés politiciennes de Nicolas Sarkozy.

Laquelle ?

- D'abord, assainir. Mais cet assainissement financier n'était pas pour lui une simple cure d'amaigrissement : c'était l'occasion de remuscler notre pays. C'est là le coeur du strauss-kahnisme, et la difficulté de lapériode. Dire la vérité aux Français, leur expliquer la nécessité de plus de rigueur, leur faire prendre la mesure des dangers que court notre modèle, ce n'est pas forcément les assommer.

Face au déclin, il y a aussi la voie de la remobilisation. Celle-ci peut être dure et éprouvante. Mais dès lors qu'elle est vraiment expliquée et qu'elle est équitablement répartie, tout redevient possible.

Aujourd'hui, au vu des défficits, le sentiment est plutôt que plus rien ne l'est !

- C'est précisément ce que contestait Strauss-Kahn. Cela reste l'enjeu de laprochaine présidentielle. La gauche, pour lui, doit éviter deux écueils. Le premier est la contestation de la mondialisation, figure moderne du renoncement et de la peur. Le second est la reprise du bon vieux discours redistributif cher à la social-démocratie des années 1970. Le socialisme des frontières et des allocations était moins que jamais sa tasse de thé.

Concrètement, cela donnait quoi, en termes de programme ?

- Le prochain quinquennat devait être, à ses yeux, consacré aux investissements d'avenir dans l'éducation, la santé, larecherche, et très peu à la redistribution. En ce sens, le programme strauss-kahnien était de salut public.

Cela tranchait avec la tonalité du projet socialiste adopté au printemps dernier...

- Quand on lit de près ce projet, on voit vite qu'il laisse la porte grande ouverte à beaucoup d'interprétations. Il a d'ailleurs été rédigé dans cet esprit, notamment par Laurent Fabius. Cela dit, il est clair que pour Dominique Strauss-Kahn le retour à la retraite à 60 ans ne devait concerner que les carrières longues, et que l'allocation autonomie pour les jeunes n'était pas prioritaire.

Il est tout aussi évident qu'une augmentation ciblée de la TVA avait sa place dans une réforme fiscale de gauche. Quant aux emplois jeunes, ils n'avaient de sens que s'ils développaient, à titre provisoire, des activités de service à lapersonne. Enfin que l'extrême décentralisation qu'il appelait de ses voeux était pour lui le seul moyen de redonner l'efficacité nécessaire à un Etat facilitateur et prévoyant.

A vous écouter, il ne restait plus grand-chose de ce projet socialiste, revu et corrigé par DSK !

- Croissance et justice sont intimement liées. L'une ne va pas sans l'autre. Dans les cinq ans à venir, il est donc impératif que laFrance retrouve l'élan et le dynamisme conformes à son génie, dans un cadre européen rénové. Pour cela, il ne faut pas se raconter d'histoire. Ou plutôt, DSK voulait, lui, en raconter une autre. Celle d'un pays capable de se retrousser les manches.

Je continue à croire qu'un candidat de gauche, sur ses bases, peut entraîner largement, notamment ceux qui, dans la bataille de la croissance retrouvée, se battent depuis trop longtemps aux avant-postes sans recevoir le bénéfice de leurs sacrifices.

Commentaires

DSK a raison sans argent et sans croissance on ne peut rien redistribuer du tout. Puis qu'est ce qui est préférable du point de vue personnel :
un travail correctement rémunéré ou un travail mal payé ou pas de travail du tout+des allocations ?

Écrit par : patrick | dimanche, 28 août 2011

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