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dimanche, 17 juillet 2011

Pour réussir les primaires

Cette fois, c’est parti ! Avec le dépôt des candidatures aux primaires, le grand débat des socialistes va pouvoir enfin démarrer. Bien sûr, la compétition était en vérité lancée depuis des mois, les prétendants préparaient leurs équipes, montraient leurs muscles, labouraient le terrain. Mais cette pré-campagne était à bien des égards virtuelle. Parce qu’on n’en connaissait pas la véritable configuration – l’hypothèse de la candidature de Dominique Strauss-Kahn, dominait le paysage jusqu’au 15 mai, elle l’aurait bouleversé. Parce que la résolution des acteurs n’était pas définitive – l’enjeu est de taille. Désormais nous connaissons la donne. Six candidats brigueront les suffrages des sympathisants socialistes et de gauche : Martine Aubry, Ségolène Royal, François Hollande, Manuel Valls, Arnaud Montebourg et pour nos amis Radicaux de gauche, Jean-Michel Baylet. Il y a là de quoi permettre une compétition de qualité. Je veux analyser les conditions de sa réussite.

Une primaire réussie sera une primaire ouverte et nombreuse. Les sondages montrent l’intérêt des français de gauche pour cette consultation inédite. En théorie, 4 à 5 millions de citoyens se sentent concernés. Chacun sait bien, en réalité, que ce chiffre risque d’être inférieur : si les primaires attiraient 1 à 1,5 millions d’électeurs, ce serait déjà, pour cette grande première, un succès formidable. Une telle participation donnerait au candidat socialiste un formidable élan, une forte capacité de conviction. Ce résultat n’est pas acquis. Il suppose de la part du Parti socialiste – dont l’appareil, dans cette période particulière, doit rester neutre et préserver l’équité entre les candidats – une solide campagne d’information. Cela implique aussi, du côté des candidats, une campagne de mobilisation : la maîtrise des réseaux, physiques et sociaux, sera une des clés du succès.

Une primaire réussie sera une primaire de débat. Nous sommes confrontés .............

Pierre Moscovici


 Nous sommes confrontés à une difficulté objective. Le Parti socialiste, échaudé par ses divisions passées, a depuis le Congrès de Reims privilégié l’unité, cachant les divergences ou les nuances pourtant réelles. Pour ma part, à titre d’exemple, j’ai adopté toutes les conclusions de nos conventions nationales, même si j’éprouvais, sur le texte proposé par Laurent Fabius sur l’international et l’Europe comme sur les propositions de Benoît Hamon sur l’égalité réelle, de vraies réserves. Nous avons tous voté le même projet, qui a au demeurant des qualités réelles – engagement à gauche, mutation sociale – écologique au premier chef. Celui-ci constitue notre socle commun, il doit être respecté comme tel. Cela n’interdit pas des visions contrastées, des hiérarchies différentes, des propositions supplémentaires.

Il y a bien, sur nombre de sujets, des approches propres à chaque candidats et de vrais sujets de débats. C’est clair par rapport à Arnaud Montebourg – dont je ne partage pas les thèses sur la « démondialisation » – ou à Manuel Valls – qui a choisi une stratégie de rupture avec le projet qu’il a pourtant voté. C’est vrai aussi pour les autres – notamment sur la question de la dette, le rapport à la vérité politique, économique et sociale, la méthode pour réformer le pays. Personne ne veut d’une primaire qui se résume à une confrontation de personnalités : laissons les talents, les visions s’exprimer, les différences s’affirmer, n’ayons pas peur de les marquer sans pour autant les exagérer. Car, au final, il s’agit bien de choisir un homme ou une femme, porteur d’un projet à la fois commun et personnel, d’un équipe, d’une méthode de gouvernement. Les français sont confrontés à un vrai choix. Ne l’esquivons pas.

Une primaire réussie sera une primaire de respect. L’enjeu n’est pas mince, la compétition sera tendue, et peut-être, si l’on en croit les sondages, serrée. Nous allons, je le crois, opérer enfin dans ce grand débat les clarifications – sur le leadership bien sûr, mais aussi sur la ligne stratégique – que nous avons évitées depuis tant d’années. Il existe également – pourquoi le nier ? – entre les équipes des différences de conception de la politique, voire des antagonismes. Raison de plus pour maitriser nos débats, pour nous imposer une discipline absolue, pour éviter les caricatures, les petites phrases, les attaques ad hominem, les sous-entendus qui dégradent la politique, et que personne ne comprendrait ou n’accepterait au sein d’une même formation politique. Il reviendra aux candidats de se faire les garants du respect collectif. Je suis certain qu’ils auront à coeur de le faire, et aussi de contrôler les dérapages qui viennent souvent des ces fameux « entourages » qui abîment parfois absurdement l’ambiance du débat politique.

C’est essentiel, car une primaire réussie est, enfin, une primaire de rassemblement. En effet, il ne s’agit pas seulement, et même pas d’abord, de gagner une compétition interne, mais bien de choisir notre candidat(e) à l’élection présidentielle pour battre Nicolas Sarkozy et permettre le changement que les Français, dans leur grande majorité, espèrent et attendent. La primaire du Parti socialiste sera une première en France. Mais nous ne manquons pas de points de comparaison à l’étranger. La clé de la victoire dans l’élection qui suit, devant le peuple tout entier, réside dans le dépassement des blessures, inévitables, nées de la confrontation interne aux partis. N’oublions pas, par exemple, que le choc entre Barack Obama et Hillary Clinton a été aussi rude que leur réconciliation, dès la Convention du parti démocrate, fut spectaculaire. Souvenons-nous, au contraire, de notre incapacité, après la fausse primaire de 2006, à regrouper l’ensemble des forces socialistes autour de la candidate désignée. Le rassemblement doit être mis en scène, préparé, prévu. Mais il doit dès à présent être dans les têtes, comme une ardente obligation. Pour cela, évitons de commettre l’irréparable dans le débat des primaires : expliquons-nous mais ne divorçons pas.

Un dernier mot sur mon propre rôle. J’aurai pu être moi-même candidat aux primaires : j’en avais la force, l’envie, la capacité. Mais j’ai fait un autre choix, parce que j’ai pensé que l’élection de 2012 n’était pas jouable pour moi – on peut le regretter ou s’en réjouir, je n’ai pas pour ma part la culture de la nostalgie – et que les primaires de cette année n’étaient pas favorables à ma génération. Plutôt que d’ajouter à la division et à la confusion, j’ai choisi de contribuer à simplifier le débat en soutenant, après le retrait de Dominique Srauss-Kahn, le candidat dont je me sentais le plus proche, François Hollande. Celui-ci m’a confié l’animation de sa campagne : je souhaite qu’elle soit placée sous le signe de la mobilisation, du rassemblement, du renouveau, de l’efficacité aussi. Je m’engage à ses côtés sans réserve, pour l’aider à emporter les primaires, puis l’élection présidentielle. Ce n’est pas de ma part un renoncement, ni un ralliement : j’ai la conviction que c’est, dans ces circonstances, la meilleure façon pour moi d’être utile à la gauche et à la France. Et je le fais avec plaisir : nous avons en effet noué une relation claire, confiante, agréable – c’est indispensable pour faire une bonne équipe. Je crois qu’il est le mieux placé pour changer la gauche et changer la France, je sais qu’il a lui-même changé, qu’il s’est préparé, j’ai la conviction que sa détermination est la plus forte.

A lui, maintenant, de le montrer, à nous, à moi notamment, de l’accompagner. Soyez sûrs, en tout cas, qu’à ma place je veillerai à mettre en application les principes que je viens de vous présenter pour la réussite des primaires.

Pierre Moscovici

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