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vendredi, 24 juin 2011

Brouillon de campagne

 

Nicolas Sarkozy est venu dans la Nièvre ce mardi... Après avoir longuement hésité. Terre supposée difficile, population en colère contre sa politique (fermeture des classes, désengagement de l'État, etc.)... Mais le jeu pour lui en valait la chandelle !

Républicain, j'ai assisté à cette opération dont j'ai été presque malgré moi transformé en  observateur. Nicolas Sarkozy n'a que faire des élus, et encore moins lorsque ceux-ci appartiennent à l'opposition. Son regard, rapide, glisse sur celui qui se présente comme parlementaire et donc, ici, forcément socialiste.

Il ne salue que plus tard la « courtoisie républicaine » de ses hôtes, mais seulement lorsque cela l'arrange, au cœur de son propos, pour mieux désamorcer toute contestation de sa politique, « se placer au-dessus de la mêlée, soucieux du seul intérêt général... ». Des ouvriers qui l'écoutent, il ne semble guère non plus s'occuper. Ce ne sont pas à des individus qu'il s'adresse, mais à un groupe. Ses sondeurs, ses conseillers, ses communiquants, veulent d'abord soigner l'image, qu'ils affectionnent, de ces blouses bleues qui entourent le chef de l'État, plus Podalydès que lui-même.

Nul doute que Nicolas Sarkozy ait vu « La Conquête ». Et le voilà reparti comme en 2007 : d'abord le pouvoir d'achat ! Travailler plus ! Pointant du doigt un contradicteur virtuel, il se veut pédagogue : « laisse-t-on espérer à un enfant que c'est en travaillant moins qu'il aura des meilleures notes ? » Alors oui, des heures supplémentaires... et puis la suppression de la taxe professionnelle pour lutter contre les délocalisations, « j'ai préféré les usines, qui peuvent partir, aux mairies, qui elles restent ! ». Le discours se rôde, la campagne s'esquisse, le candidat ne se cache même plus sous les habits du Président.

À la table ronde qui suit, les questions comme les réponses ont été soigneusement préparées. Aucun risque de surprise, puisque la salle est bondée de plusieurs centaines de militants UMP. Les chefs d'entreprises qui sont là, que je connais bien, se sentent-ils isolés ? Le héros de la fête, un homme qui, reprenant une entreprise du bois en perdition, a su la redresser à force d'intelligence et de volonté, semble hésiter entre la légitime fierté d'une reconnaissance présidentielle et le sentiment d'être quand même un peu instrumentalisé.

Tout cela dure à peine deux heures et se renouvelle aux dires de ses collaborateurs deux fois par semaine. Je demande si ce rythme vaudra jusqu'au vacances. Un conseiller me jette un regard de travers se demandant si je fais allusion à l'été qui vient ou aux congés qui suivraient inéluctablement  l'échec de son chef au printemps prochain...

Nul doute en tout cas qu'une machine se soit mise en marche. Même si c'est plutôt de reconquête qu'il s'agit désormais. Et à ce jeu là, l'homme a du savoir-faire. Il lui manque cependant de l'empathie. Il ne sait pas montrer qu'il aime les Français. Les aime-t-il d'ailleurs ? Pour lui, le défi, le terrain à remonter compte plus que tout, c'est cela qui l'anime, qui l'agite, même. Il veut gagner. Il est sûr de sa force. Tout ce qui l'entoure n'est qu'instrument de sa réussite à venir.

La Nièvre y gagnera-t-elle quelque chose ? J'ai rompu le protocole pour l'interpeller sur Magny-Cours et sur l'avenir du technopôle. Il m'a promis un rendez-vous : j'y serai !

Curieuse alchimie que la politique : la mise en scène se déploie au grand jour ; l'acteur joue, et chacun le sait. Mais tous admirent la performance. À croire que l'on aime être trompé ?

Gaetan Gorcze

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