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dimanche, 12 juin 2011

Légitime

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      Voilà un adjectif à succès dans la campagne des primaires qui s'annonce. La Première Secrétaire serait légitime de fait par fonction. Pourquoi avoir dans ce cas organisé des primaires puisque les autres ne seraient pas légitimes ?

      Il suffit de regarder ce qui s'est passé lors des précédentes désignations. Pour 1981, Michel Rocard avait reconnu dans un congrès à Metz qu'il ne serait pas candidat si François Mitterrand l'était. Il reconnaissait donc la légitimité de ce dernier en a tiré conséquence pour lui-même, et a tenu parole. Un vote a cependant eu lieu par les adhérents avec un seul candidat qui a recueilli 83.64% des suffrages. Les autres votes furent des abstentions comptabilisées.

      Pour 1995, Henri Emmanuelli et Lionel Jospin sont candidats. L'un n'a pas plus de légitimité que l'autre. Le premier est en fonction et contrôle l'appareil. Le second a occupé le poste de Premier Secrétaire mais ne contrôle plus rien. Il sera pourtant désigné par deux tiers des votants.

      Pour 2007, la légitimité du Premier Secrétaire ne s'est pas posée puisqu'il n'a pas été candidat. Les trois postulants étaient à égalité sur ce plan. Laurent Fabius était le seul à avoir été Premier Secrétaire, et même Premier Ministre. Il n'en n'a tiré ni avantage ni légitimité puisqu'il est arrivé bon dernier avec à peine plus de 15% des voix. Certes, le corps électoral dépassait celui des seuls adhérents, certains ne réglant que 20 euros de cotisation. Au moins étaient-ils adhérents et souhaitions-nous qu'ils le deviennent durablement.

      Pour 2012, changement de décor. Avoir décidé de primaires, chaque votant n'étant pas appelé à devenir adhérent, c'est retirer d'entrée de jeu la fameuse légitimité à tout dirigeant, Première Secrétaire comprise. Pour concourir, il faut simplement être parrainé. Je ne suis même pas certain qu'il faille être adhérent du Parti Socialiste à jour de ses cotisations !

      Mieux, le Congrès de Reims et l'élection au Premier Secrétariat se sont construits sur cet argument simple : la personne qui sera Premier Secrétaire ne peut pas, ne doit pas être présidentiable. Même si c'était fait pour en exclure, à l'époque, Ségolène Royal et Bertrand Delanoë, il faut bien admettre que c'était en même temps évacuer la notion de légitimité prétendument accrochée à cette fonction. L'actuelle titulaire a d'ailleurs dit qu'en cas de candidature elle devrait démissionner du poste. Une parole donnée doit être une parole tenue. Il vaudrait mieux abandonner rapidement ce terrain argumentaire. Il est de mauvaise foi.

      Sera légitime celui ou celle dont le nom sortira des urnes les 9 ou 16 octobre prochains. La même analyse pourrait être faite pour deux autres adjectifs : « compétent » et « expérimenté ». Chacun trouvera à son candidat ces qualités et s'il le soutient c'est parce qu'il les a constatées. Il n'y a pas d'examen à passer ou de concours à franchir. Ceux qui attribuent aux autres ces brevets de compétence et d'expérience parlent souvent d'eux-mêmes aujourd'hui et pour eux-mêmes demain.

      Décidemment, la méthode de désignation par des primaires présente des risques et des dangers. C'est ceux qui ne les voulaient pas qui vont le plus veiller à ce qu'elles restent dignes.
        Bernard Poignant

Commentaires

Poignant dit juste sur les raisons qui ont poussés certains à soutenir Aubry en 2008 au pretexte qu'elle n'était pas présidentiable et donc de fait à écarter Delanoë et surtout Ségo.
Pour aller jusqu'au bout, il faut rappeler que Poignant appartenait à la motion Delanoê en compagnie de Hollande, et qu'ils se sont finalement ralliés à Aubry parce qu'à l'époque, l'essentiel était d'écarter Ségo quitte à propulser les perdants du congrés pour les motions à la tête du parti. Et c'est ainsi que ce fabuleux parti a désigné, en trichant un peu, la titine et le benoit à sa tête en dépit du vote des militants. Avec la bénédiction de Poignant et Hollande, entre autres...Si demain la tricheuse gagne les primaires, ils pourront longuement méditer sur leur stratégie alambiquée et rejoindre le gros cortège des cocus de la politique.

Écrit par : sacré Bernard | dimanche, 12 juin 2011

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