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dimanche, 08 mai 2011

UMP – FN : les racines communes / Episode 2 – La filière nationalo-gaulliste

 

 

Lors d’un précédent billet, nous avons ouvert la réflexion sur les racines communes de l’UMP et du FN. Après l’histoire d’Occident, deuxième épisode : la filière nationalo-gaulliste.

 

Alors que la famille qui est allée d’Occident au Parti Républicain est marquée par un ultralibéralisme dérivé de l’anticommunisme, cette filière s’inscrit dans un gaullisme nationaliste, adepte d’un État fort sur ses pouvoirs régaliens, fibre qui constitue l’autre facette de l’extrême-droite française, à côté de l’ultralibéralisme : l’indépendance de la France et la question identitaire.

L’homme qui prit une place particulière dans cet espace est Georges Albertini. Cet ancien collaborateur fut le second de Marcel Déat, dirigeant de l’un des principaux partis collaborationnistes et antisémites (pourtant issu de la gauche) durant la seconde guerre mondiale. Après un passage par le monde de la banque, cet anticommuniste virulent se retrouvera conseiller de Georges Pompidou. Là, il rencontre et influence deux conseillers du Président, que l’on retrouvera plus tard dans l’entourage de Jacques Chirac : Marie-France Garraud et Pierre Juillet. Ils seront d’ailleurs à l’origine du fameux « appel de Cochin »  où le futur Président de la République dénonçait le « parti de l’étranger » incarné par la droite pro-européenne. Ce même Georges Albertini qui fut également à l’origine du passage des anciens d’Occident vers la droite classique…

Dans l’entourage de Jacques Chirac se trouve aussi Charles Pasqua. Cet ancien du SAC (le Service d’Action Civique, sorte de police privée du gaullisme) joue un rôle particulier dans cet histoire, en incarnant le mouvement souverainiste et les appels du pied au FN dans les années 90, mais aussi, dès la fin des années 70, en créant des ponts lorsqu’il fonde le mouvement  « solidarité et défense des libertés » avec, notamment, Alain Griotteray  (UDF, qui s’illustra en 2007 en appelant à voter pour Marine Le Pen au second tour des législatives dans le Nord ou pour Louis Aliot aux municipales de Perpignan en 2008) et Alain Robert, ancien d’Occident et fondateur d’un parti « concurrent » au Front National, le Parti des Forces Nouvelles. Ce même Alain Robert que l’on retrouvera lors de la campagne des municipales de 1977 à Paris (avec Garraud, Juillet et Pasqua), puis, dans les années 1990, au cabinet du Conseil Général des Hauts-de-Seine, alors présidé par… Charles Pasqua.

Cette mouvance gaulliste quittera, pour certains d’entre eux, le RPR pour fonder le Rassemblement Pour la France (RPF) où se retrouveront les mêmes protagonistes (Pasqua, Garraud, Robert) et même, pour quelques temps, Philippe de Villiers ou William Abitbol, lui aussi ancien d’Occident. Le RPF ne fera pas long feu mais témoigne bien de cette famille politique, de ses idées et de ses influences, celles qui feront dire à Pasqua : « sur l’essentiel, le Front national se réclame des mêmes préoccupations, des mêmes valeurs [que nous] » (interview donnée en 1988 à Valeurs Actuelles).

C’est d’ailleurs et sans doute à ce titre qu’il organisa (comme le note Franz-Olivier Giesbert dans La tragédie du Président ¹) une rencontre Jacques Chirac /Jean-Marie Le Pen entre les deux tours de la Présidentielle de 1988… Époque à laquelle (1986-1992), il faut s’en souvenir, cinq présidents de Région avaient passé des alliances avec le FN, dont certains membres avaient même obtenu des vice-présidences… Ces alliances sont facilitées par l’entrée, en 1984, d’hommes de la droite classique au FN (comme le gaulliste Pascal Arrighi), parti qu’ils quitteront en 1988 suite aux abjects jeux de mots de Jean-Marie Le Pen.

Alliances ponctuelles, mouvements individuels et localisés mais qui témoignent de la force de ce rapprochement sur une base électoraliste mais aussi, hélas, intellectuelle…

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