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jeudi, 28 avril 2011

Pour un pacte de confiance dans le travail

La crise actuelle est née de désordres dans le capital mais elle est également une crise du travail sous toutes ces formes.

Une crise de la quantité de travail : le chômage atteint près de 10% de la population active. Une crise de la répartition du travail : le chômage élevé des jeunes coexiste avec une sortie précoce des seniors. Une crise de la rémunération du travail : l’évolution des salaires est sans commune mesure avec celle des revenus du capital. Une crise de la qualité du travail : avec une exigence accrue des performances individuelles, la disparition du sentiment d’appartenance. Tout cela crée une souffrance. Une crise des relations du travail : le dialogue social s’est affaibli et les formes de représentation du personnel paraissent obsolètes.

Nous vivons donc dans le paradoxe d’une France qui est sans doute l’un des pays les plus attachés à la dignité du travail, à la fierté dans le travail, à la mentalité ouvrière et qui, en même temps exprime, le pessimisme le plus élevé et la frustration la plus grande par rapport au déroulement des carrières, et la place de chacun dans le système.

Dès lors une nouvelle donne sociale est nécessaire. L’idée pourrait être d’être mieux au travail et d’être tous au travail. Elle s’articule autour d’un triple changement.

Changement de méthode : c’est la démocratie sociale. Démocratie sociale et démocratie politique ne sont pas contradictoires. Il y a une légitimité du suffrage. Un pays comme le nôtre confronté aux difficultés que nous connaissons et aux défis qui sont les nôtres doit mobiliser l’ensemble des acteurs. En ce sens, la démocratie sociale, loin de contredire la démocratie politique, vient l’enrichir. Ma proposition serait la suivante : au lendemain des élections législatives seraient réunies des assises où se trouveraient syndicats, patronat et exécutif pour définir l’agenda c’est-à-dire déterminer comment les priorités qui ont été voulues par le suffrage universel peuvent être atteintes.

Quatre grandes questions pourraient y être soumises : l’emploi, la souffrance au travail, la participation des salariés et la réduction des écarts salariaux entre hommes et femmes. Mais faut-il encore des syndicats représentatifs, des employeurs également représentatifs.

Il est donc nécessaire de retrouver des formes de participation permettant d’améliorer la vie au travail et de revoir le fonctionnement et l’organisation des institutions représentatives du personnel.

Concernant la gouvernance des entreprises, il faudra introduire une participation effective des salariés dans les entreprises de plus de 500 salariés et revoir les règles de rémunération des dirigeants des entreprises.

Changement de priorité, c’est la jeunesse. C’est l’idée du contrat de génération. Il permet de rassembler les âges : l’employeur qui gardera un senior lui permettant de liquider ses droits à la retraite dans les meilleures conditions et qui embauchera dans le même temps, un jeune de moins de 25 ans avec un contrat à durée indéterminée bénéficiera d’une exonération totale de ses cotisations sociales sur ces deux contrats. Ce contrat permet non pas d’exclure, mais d’unir en mettant jeunes et seniors dans le même engagement et en permettant aux seniors de transmettre l’expérience aux plus jeunes.

Changement de mode de financement de la protection sociale. Le travail est le fondement de notre société. Pourtant, c’est sur lui que l’essentiel du prélèvement social est organisé. Je propose d’élargir l’assiette des cotisations sociales à l’ensemble de la richesse produite et d’introduire un prélèvement écologique sur ce que l’entreprise peut créer de pollution ou de CO2.

Le nouveau contrat social est en définitive un pacte de confiance dans le travail qui est une valeur collective autant qu’individuelle. Il s’agit de permettre par l’effort de tous, la réussite commune. C’est-à-dire d’être capable par soi-même d’être plus efficace avec les autres et d’avoir des objectifs qui ne sont pas simplement sa propre réalisation, son propre salaire mais le développement du pays. Le travail uni, il ne divise pas.

François Hollande

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