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jeudi, 14 avril 2011

Aux urnes, Camarades!

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Samedi 9 avril, j'ai assisté au Conseil National du Parti Socialiste dont je suis membre. Peu de membres titulaires sont présents. Il est pourtant consacré au projet socialiste pour 2012. Mais la presse en a dévoilé l'essentiel plusieurs jours avant. La présence apparaît moins indispensable.

Tout le monde a surtout compris le paradoxe ou la contradiction au milieu desquels se débattent les socialistes. Conçu par le sommet ce projet est soumis au vote des seuls adhérents (178 000 recensés lors du dernier vote en fin d'année dernière) alors que l'ensemble des Français est appelé à choisir le candidat. Cela fait deux corps électoraux différents alors que le projet et la personne doivent quand même se trouver en harmonie.De plus, on entend certains dirigeants affirmer que le projet s'impose au candidat. Cela revient à dire que les Français se déplaçant pour le choix du candidat n'ont pas leur mot à dire pour le projet.

Tout cela démontre que la logique présidentielle est toujours mal digérée par la famille socialiste. Celle-ci reste profondément parlementaire, y compris dans son mode de fonctionnement : le premier texte est issu de la direction nationale comme un projet de loi émanant d'arbitrages interministériels et non élaboré par les fédérations départementales. Tenant le rôle d'un Parlement, le Conseil National l'adopte avant de le soumettre à ses adhérents. Une Convention Nationale l'entérine ensuite.

    • Manque seulement le « Président ». Il viendra en bout de course et non au début. D'ailleurs, dans la période récente, on distingue bien les différentes sensibilités du pays qui ont le culte du chef mieux adapté à nos institutions. Les bonapartistes ou les ex-gaullistes ont Sarkozy. Comme les soldats de Napoléon, « ils grognaient mais le suivaient toujours ». Les nationalistes de l'extrême droite ont leur leader, comme le colonel de La Roque. Leur congrès de janvier 2011 a désigné le chef de 2012. Et il reste dans la famille. Les communistes épousent le chef Mélenchon, tout imprégné de la vieille tradition du centralisme démocratique.

      D'autres ont beaucoup plus de mal : les écologistes qui depuis 1974 changent de chef à chaque fois. Et quand une tête dépasse, elle est vite coupée. Les centristes qui peinent à en trouver. Les socialistes très partagés pour le désigner.

      Ces derniers ont changé plusieurs fois de méthode. De 1981 à 2002, seuls les adhérents à cotisation pleine, proportionnelle à leurs revenus, ont eu le droit de voter. Il y a eu vote en 1981 et 2002 même si F. Mitterrand et L. Jospin étaient seuls candidats. Ce fut formel mais réel. En 1988, il n'y a pas eu de vote. En 1995, L. Jospin l'emporta sur H. Emmanuelli. A noter au passage que jamais Premier Secrétaire en fonction depuis 30 ans n'a été candidat à l'élection présidentielle.

      Pour 2007, changement de registre. Le corps électoral s'élargit à des cotisants qui paient 20 euros. Ils arrivent en grand nombre. Au moins ils sont adhérents, conviés aux réunions de nos sections, peuvent participer aux scrutins, sont encouragés à devenir adhérents à part entière.

      Pour 2012, le système est totalement ouvert. Le droit de voter est ramené à 1 euro et à la signature d'une charte des valeurs de la gauche. L'idée est même lancée que le candidat de toute la gauche soit ainsi désigné, prenant le risque que le socialiste soit éliminé d'entrée de jeu. Un 21 avril interne avant le match décisif !

      L'idée a fait long feu et le PS se retrouve seul avec ses primaires. Pourtant, à ce Conseil National, il en a été à peine question. Ce qui fut présenté en 2009 comme la clé de voûte de la rénovation politique est évoqué en termes interrogatifs. Certains qui l'ont prôné voudraient s'en passer, d'autres aimeraient minimiser, quelques-uns contourner pour le confort de leur propre intérêt. Il y a des avocats de la formule hier qui en sont devenus des procureurs aujourd'hui.

      Il faut souhaiter que ces primaires suscitent de la passion et de l'enthousiasme politique, que des citoyens viennent en masse, contrecarrant la pente de l'abstention. Car même les adhérents du Parti Socialiste s'abstiennent sur leur propre texte. On dit souvent que notre parti travaille. Ni plus ni moins qu'avant. Ce qui est sûr, c'est qu'il vote peu. Le texte sur l'Egalité réelle en décembre dernier a connu une abstention de 64% et donc une adhésion par rapport aux inscrits de 29% à peine. C'est terriblement bas.

      Ce constat démontre que le principal adversaire en matière politique est d'abord le scepticisme. L'essentiel d'un programme est désormais le rétablissement de la confiance. Le problème du PS, comme celui d'autres formations politiques, n'est pas seulement d'élaborer un projet qui plait. Il faut que les citoyens y croient. C'est la tâche première de notre prochain mandat, donc de notre candidat.
        Bernard Poignant

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