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samedi, 05 février 2011

Pour un pacte intergénérationnel

jeunesse.jpgEst-il bien raisonnable de décréter qu'on fait campagne sur la jeunesse alors que celle-ci s'abstient la plupart du temps ?

On verra, elle peut aussi se mobiliser. On l'a vu lors de l'élection présidentielle de 2007, mais elle demeure minoritaire. Même si la France a une vraie vitalité démographique, il existe davantage d'individus de 65 ans et plus que de 18 à 25 ans. Je ne m'adresse pas à la jeunesse pour la flatter ou pour la mobiliser, même si elle peut se montrer sensible à cette attention, je le fais pour m'adresser à toute la société.

Pourquoi les plus de 50 ans accepteraient-ils de faire un effort si ce n'est pour permettre que leurs enfants ou leurs petits-enfants réussissent leur vie ? Pourquoi serait-on prêt à donner une part de ses revenus, une part de son patrimoine si ce n'est pour ses enfants ou pour la génération qui vient ? Un pays comme la France n'a pas d'avenir s'il n'est pas capable de convaincre la génération qui arrive qu'elle vivra mieux que la précédente. Or la majorité de nos citoyens pense l'inverse, d'où le niveau exceptionnellement haut du pessimisme en France.

 

Si vous arrivez au pouvoir, quelles seront vos premières mesures ?

D'abord sur la garde des enfants et l'école primaire : c'est le début de la vie. Donner là toutes les conditions de la réussite avec une remobilisation des moyens éducatifs, des systèmes plus faciles de garde, un contrat avec les collectivités locales pour l'accompagnement scolaire et puis la réaffectation de moyens pour les écoles en difficulté. Ensuite, l'orientation à l'université qui explique les malaises et les frustrations. Beaucoup de jeunes des quartiers vivent cette situation : on leur a fait miroiter que l'université leur ouvrirait un avenir et on leur propose d'être gardien ou d'occuper des emplois peu qualifiés. Ça veut dire qu'un diplôme de l'enseignement supérieur ne garantit plus un revenu, un emploi meilleurs.

 

Vous voulez faire entrer l'entreprise dans l'université ?

Bien sûr, avec des systèmes beaucoup plus fréquents d'alternance entre l'université et le monde de l'entreprise. Bien des étudiants travaillent dans beaucoup de pays et on s'aperçoit que dans ce système les études se révèlent plus efficaces car la formation se fait à la fois dans l'entreprise et dans le milieu universitaire.

 

Ça veut dire aussi limiter le nombre de gens qui s'inscrivent en philo ou en histoire de l'art, des voies très demandées ?

On peut avoir un premier cycle ouvert. Nous n'avons pas à encourager des formations qui ne correspondent pas aux besoins non seulement de l'économie mais aussi de l'ensemble du pays. Il faut avoir ce souci de l'orientation, pas pour contraindre mais pour convaincre. L'autre problème pour les jeunes couples, c'est le logement. Il devient beaucoup plus compliqué pour un couple qui a 30 ans de louer et encore plus d'accéder à la propriété. Les prêts leur sont interdits, les cautions très élevées, la dépendance à l'égard des parents très forte... Combien restent chez leurs parents ou logent dans des habitats précaires alors qu'ils ont un emploi ?

 

Faut-il mettre la main sur le marché de l'immobilier ?

Il va falloir contenir la rente immobilière et mettre davantage de fluidité dans le parc social. Aujourd'hui, les personnes âgées restent dans les logements sociaux même si elles ont de trop grandes surfaces parce qu'elles ne savent pas où aller. Nous devrons trouver des formules qui permettront davantage de mobilité pour que les jeunes y trouvent leur place.

 

En Algérie, en Tunisie ou en Angleterre, on a l'impression d'assister à une lutte des générations. Que peut-on imaginer comme réponse ? Un pacte ?

C'est vrai : un égoïsme de génération s'installe. Le débat sur la dépendance peut encore l'accentuer. Je suis de la génération qui a bénéficié de Mai 68, qui a connu l'alternance en 1981.

C'est quand on a de la chance qu'on doit la partager. J'ai pu obtenir un prêt à 23 ans et m'acheter très jeune un logement. Pour mes enfants, c'est plus dur. Je suis conscient du phénomène et j'en mesure le risque. Mourir dans la dignité, c'est respecter ce que l'on a été, mais il faut aussi vivre dans la dignité. Je veux réconcilier les générations. Pour le travail, j'ai proposé un contrat de génération : l'employeur qui garderait un senior jusqu'à l'âge de la retraite à taux plein et qui embaucherait un jeune à qui le senior transmettrait son expérience, cet employeur-là serait exonéré de toute cotisation sur les deux emplois. Mais on doit aller au-delà : refonder une solidarité entre les seniors et les jeunes, une solidarité entre les générations.

 François Hollande

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