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mercredi, 12 janvier 2011

« Coup de Budapest » à l’envers

Imre Nagy était un homme politique hongrois. Il fut exécuté en 1958. Son crime : avoir mis en place un communisme démocratique et s’être opposé aux staliniens. Il fut lâchement balayé par le « coup de Budapest » en octobre 1956, les troupes soviétiques marchant sur la ville et imposant au pouvoir les tenants de leur ligne. La chape de plomb pesa à nouveau sur une société qui respirait à peine. Quand le bloc de l’est s’effondra à son tour, un leader étudiant demanda la réhabilitation d’Imre Nagy (1988), sans doute au nom de la démocratie retrouvée. C’était Viktor Orban.

Le même Viktor Orban est aujourd’hui premier ministre hongrois et président pour 6 mois du Conseil des chefs d’Etat et de gouvernements européens. Le même Viktor Orban qui vient de faire – ironie grinçante de l’histoire – un « coup de Budapest à l’envers », c’est-à-dire qui vient de porter un sérieux coup à la démocratie, d’abord en supprimant une grande partie des pouvoirs de la Cour Constitutionnelle, institution garante du respect de l’Etat de droit (16 novembre dernier). Ensuite en instaurant une autorité scélérate de contrôle des médias, entièrement sous la botte du pouvoir. En clair, une police politico-médiatique soft qui surveille la bonne parole gouvernementale des médias. Des têtes sont déjà tombées comme celle d’un présentateur vedette de la télévision qui avait observé une minute de silence après le coup de grâce porté à la cour constitutionnelle. Plus rien ne peut désormais s’opposer au Premier ministre hongrois, l’élu de son peuple, ou désormais plutôt le maître.

Pour le Parti populaire européen (parti des droites européennes), dont Orban est vice-président, il n’y a là rien de choquant. Les dirigeants du PPE lui souhaitent bonne chance pour présider aux destinées de notre Europe pendant 6 mois, porter aussi sa parole et dire, par exemple, à Laurent Gbagbo que ses pratiques ne sont pas celle d’un démocrate, notamment en matière de main mise sur la presse… Quant au secrétaire d’Etat chargé des affaires européennes, Laurent Wauquiez, il ne souhaite pas donner de leçons à la Hongrie, préférant garder sa langue dans sa poche et son mouchoir sur les valeurs fondatrices instituant l’Europe. La dérive autoritaire de certains pays n’est bien que le rejeton monstrueux d’une Europe sans courage politique.

Et puis, il faut aussi ouvrir les yeux : Vaclav Klaus en République tchèque, Lech Kaczynski jusqu’à il y a peu en Pologne, Viktor Orban en Hongrie : tous ont fait surgir une nouvelle forme de droite, migrant du libéralisme à l’extrêmisme. Jouant la partition de la revanche sur le communisme pour emporter dans leurs valises des revendications bien moins avouables. Après le départ des sinistres communistes, force est de constater que ce ne sont pas de petits anges démocrates qui se sont installés dans leurs fauteuils. Mais tous ont aussi profité de la déliquescence du projet européen, incapable de fournir des perspectives à des sociétés traumatisées, cherchant leur place dans une Europe qui n’a pas fait ce qu’il fallait pour les accueillir, et en demande d’une stratégie dans la mondialisation dont l’Europe n’a pas su (ou voulu) se doter.

Demain, il nous faudra remettre le métier sur l’ouvrage. Il n’y a pas de fatalité à l’absence de courage politique et de dessein européen.

Arnaud Montebourg

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