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jeudi, 13 janvier 2011

35 heures : travailler plus nombreux pour gagner plus


Temps%20de%20travail_0.jpgLe débat sur les 35 heures, récurrent depuis 2002, utilisé par la droite pour récupérer la valeur travail à son profit, ne saurait masquer le fait que cette réforme a atteint son objectif de création d'emplois. Malgré les mesures prises depuis 2002, les 35 heures restent la durée de référence pour la majorité des salariés. Dans un contexte de chômage et de sous-emploi accru, l'augmentation du temps de travail n'apparaît pas être la bonne stratégie : pour les progressistes, la défense de la valeur "travail" passe par l'emploi pour le plus grand nombre et la qualification.


Comme à peu près chaque année depuis 2002, les 35 heures et le temps de travail sont de retour sur le devant de la scène. S’il est une spécificité de la vie politique française, c’est bien cette focalisation sur une réforme entrée en vigueur il y a bientôt onze ans, alors que l’économie française a trouvé un équilibre stable autour du dispositif des 35 heures et que personne dans le monde économique, ni du côté des syndicats, ni du côté du patronat, pas même la CGPME (pourtant très hostile à la réforme), ne souhaite la remettre en cause.

Comme toute réforme significative, les 35 heures méritent un inventaire objectif. A l’actif : 350 000 emplois créés et du temps libéré pour les Français, une souplesse accrue pour les grandes entreprises, le renouveau de la négociation collective, le tout pour un coût modéré de 3 milliards d’euros. Au passif, une modération salariale réelle (mais seules les deux ou trois années qui ont suivi la réforme lui sont imputables), un temps de travail flexibilisé et intensifié, des difficultés de mise en œuvre dans certains secteurs (hôpital, PME). Au total, une réforme globalement très positive, qui a atteint son objectif prioritaire de créations d’emplois. Son caractère singulier doit d’ailleurs être relativisé : si la méthode, combinant réduction de la durée légale et négociation collective des modalités, est originale, la réduction du temps de travail est un mouvement séculaire qui n’est en rien spécifique à la France. Les Français se situent d’ailleurs dans la moyenne des pays développés quant à la durée travaillée par salarié occupé.

Depuis 2002, une succession de mesures ont été adoptées par la droite. Contrairement à ce qui est parfois avancé, elles n’ont pas remis en cause les 35 heures en tant que durée de référence pour la grande majorité des salariés. Mais les entreprises sont aujourd’hui beaucoup plus libres d’imposer à leurs salariés des durées effectives bien plus importantes, les 35 heures ayant pour seule portée juridique de déclencher le paiement d’heures supplémentaires. Chaque réforme a en outre accentué une tendance à la fragmentation des règles relatives à la durée de travail, qui diffèrent d’une entreprise voire d’un individu à l’autre.

Terra Nova

Les évolutions envisagées aujourd’hui, consistant soit dans un relèvement de la durée légale, soit dans la fixation par chaque branche ou chaque entreprise du seuil de déclenchement des heures supplémentaires, seraient une erreur stratégique. Les problèmes de compétitivité de la France ne sont pas imputables à sa durée du travail, qui est moyenne et très proche par exemple de celle de l’Allemagne. Le relèvement de la durée du travail serait néfaste à l’emploi et aurait des effets très incertains sur le pouvoir d’achat : à entendre certains responsables de la majorité, un « deal » entre entreprises et Etat se dessine, dont les salariés seraient les perdants, qui consisterait à échanger un salaire horaire plus faible contre une réduction des allégements de cotisations.

Avec 4 millions de personnes au chômage ou au sous-emploi, la France doit à nouveau donner la priorité à l’emploi ; défendre la valeur travail aujourd’hui, c’est tout mettre en œuvre pour que le plus grand nombre puisse travailler. Cela passe à court terme par la suppression de mesures coûteuses, inutiles ou néfastes (TVA réduite dans la restauration, défiscalisation des heures supplémentaires) pour financer une relance conjoncturelle de choc, reposant notamment sur les contrats aidés et l’alternance. A moyen et long terme, il faut investir massivement dans la qualification et la qualité des services de placement aux demandeurs d’emploi.

Mais les progressistes ne doivent pas rééditer l’erreur de 1997 et sous-estimer les difficultés de pouvoir d’achat auxquelles font face ceux qui travaillent. Le système de négociation collective des salaires doit être réformé pour avoir plus de prise sur les rémunérations réelles, en intégrant notamment le sujet des compléments  individualisés. Face à la flexibilisation du temps de travail, le droit à des plages de vie personnelle et familiale doit être mieux protégé.

 

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