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mardi, 04 janvier 2011

Le malaise français

Pour résumer le climat du pays, un mot me vient à l’esprit : malaise… La France, en effet, me paraît flotter entre deux eaux. L’économie, incontestablement, connait une légère embellie – ou plutôt les entreprises se portent mieux. Leurs carnets de commande – je le vois par exemple dans le secteur de l’automobile, décisif pour le pays de Montbéliard dont je suis l’élu, stratégique aussi pour la nation – sont nourris par la reprise de la demande mondiale, plus forte que prévue. L’exportation est donc le moteur d’une croissance française qui reste médiocre, car ses dynamiques internes sont atones : la consommation est minée par la stagnation du pouvoir d’achat, l’investissement privé reste prudent, l’investissement public est laminé par la politique de rigueur rigide et à contretemps menée par l’Etat et imposée aux collectivités locales. L’emploi, dans ces conditions, apparaît comme en solde, le chômage demeure très élevé, la précarité s’étend. La France est toujours un magnifique pays, dotée d’atouts indéniables, une terre d’innovation et de savoir-faire, un territoire attractif pour les investissements étrangers, mais elle doute d’elle-même, elle est inquiète, elle ne voit pas s’ouvrir des perspectives claires et mobilisatrices, le pessimisme sur l’avenir s’étend. malaise.gif

 

Le malaise français est aussi social. Le mouvement contre la réforme des retraites en a été la manifestation forte, évidente. On dépeint souvent, c’est d’ailleurs l’antienne sarkoziste, notre peuple comme conservateur, hostile au changement. Je ne crois pas que ce soit vrai – en tout cas c’est très caricatural. Il y a en France, oui, un attachement viscéral à la justice sociale, à l’Etat-providence né du Conseil national de la Résistance, aux valeurs de la devise républicaine – liberté, égalité, fraternité. Cela se traduit parfois par une tendance au repli national, par des combats pour les seuls « acquis », par une crainte du futur, notamment pour des catégories sociales longtemps protégées, qui se sentent menacées par le déclassement. Mais je crois l’immense majorité de nos concitoyens lucide. Les Français connaissent, au moins intuitivement, la situation de leur pays. Ils le savent inscrit dans la mondialisation, engagé dans l’Europe. Ils sont fiers de ses forces, ils sont conscients de ses difficultés. Ils sont informés, aussi, des contraintes financières qu’il rencontre, ils sont préoccupés par la montée de l’endettement ou par les conséquences de l’allongement de la vie sur le financement des pensions. Il est faux, donc, de les présenter comme immobiles ou réactionnaires. Les Français peuvent accepter la réforme, si elle est juste et négociée, ils n’acceptent pas l’accroissement insupportable des inégalités, ils exigent une répartition équitable des efforts.

Pierre Moscovici

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