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vendredi, 10 décembre 2010

En attendant Go-Dominique... avec Aubry et les médias

 

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Et si c’étaient les médias qui faisaient les rois au PS ? Il est de bon ton de dire, surtout du côté des partisans de DSK, que ce sont les sondages qui feront le choix du candidat socialiste, plus encore que les primaires « de confirmation », les électeurs se contentant d’entériner le choix de l’opinion. Constat en partie vrai, mais qui fait l’impasse sur la mécanique médiatique, l’impératif catégorique du Moloch à dévorer, et à fabriquer, des héros, des histoires, de l’Histoire. Il nous faut du désir, de la rage, du suspense, des rebondissements, voire de l’amour, du sang et des larmes, sinon nous allons perdre des lecteurs et la gauche, la droite aussi des électeurs…

Cet impératif d’un « story telling », qui renvoie à notre mythologie, à nos légendes de toujours, ce besoin de narration à épisodes, profite aujourd’hui « au fantôme de Washington », à cette surface projective commode qui permet de s’en raconter d’autant plus qu’elle est lointaine. « En attendant Go-Dominique » est la pièce que l’on se joue à mots découverts ou couverts, avec sa charge affective consciente ou inconsciente. On scrute et déchiffre la moindre de ses intonations, la plus petite inflexion de ses intentions, le moindre de ses soupirs, comme si nous interrogions nos propres états d’âme. Comme si nous étions nous-mêmes si importants que nous puissions hésiter tel le patron du FMI, entre le Monde et la France. Que ferions nous à sa place ?

On se vit, on nous fait vivre comme lui, tapis rouge, limousine, caméras et gardes au garde à vous. On se sent, par procuration, déjà Grand parmi les géants…Alors, pourrait-on lâcher la proie pour l’ombre, pour un combat de rue électoral de prétendants pygmées prêts à tout pour diriger un pays à l’avenir incertain ? Serions nous prêt à subir le bombardement de boules puantes, dont chacun s’accorde à dire qu’il serait pire que tout ce que la Vème République a déjà subi ? Et l’on palpite avec son épouse Anne, chère Anne…Et l’on se demande aussi s’il est vraiment à gauche au fond, tout au fond, très au fond ? Et nous, jusqu’à quel point le sommes nous nous mêmes ? Le feuilleton, avouons le, nous a tenus jusqu’ici relativement éveillés, parfois même en haleine. Mais il risque de s’user, de nous fatiguer. On ne va pas tenir 18 mois sur des accents plus ou moins aigus, plus ou moins prononcés, sur des balancements subtils d’intentions contradictoires. Le ras le bol menace devant ces tortillements de désir et ces entortillements de nantis, alors que Sarkozy en face impose sa détermination sans faille. On va s’exaspérer, voire pire encore se désintéresser, zapper pour un autre programme, un autre feuilleton. Martine candidate ?

Il faudra un autre talent aux scénaristes pour nous passionner avec les interrogations songeuses de la maire de Lille. Dès qu’elle paraît, c’est la chute d’audience assurée. Elle présente la triste figure, à éclipses qui plus est, du bon sens près de chez soi, un repoussoir à téléspectateurs ; confirmant dans toutes ses sorties éclairées à la blafarde son refus obstiné de s’inscrire dans une épopée combattante. Elle est plutôt dans l’indécision familiale. Va-t-elle renoncer comme son père, Jacques Delors, qui s’était dérobé devant l’obstacle ? Il y avait là un ressort potentiel d’une aventure enlevée, mais encore eut-il fallu qu’elle nous y fasse participer. Or elle met une telle application à nous rebuter…qu’elle y parvient ! Le côté Angela Merkel qu’on voulait nous vendre n’était déjà pas très enthousiasmant, mais son obstination à nous jouer la Merkel d’avant, du temps de l’Allemagne de l’Est, sans fards, sans émotion nous ont détourné d’elle. Certes comme cette désaffection l’atteint, elle concède à de trop rares apparitions, soudain tout sourire et tout brushing. Mais on a perdu le fil de son récit personnel comme politique. De quoi a-t-elle envie ? De quelle France ? Elle attend « Go-Dominique »….Comment se donnerait-on, et même une parcelle de son attention spectatrice, à quelqu’une qui attend quelqu’un qui lui même attend on ne sait pas quoi, alors que nous nous sommes pressés…
Face au « scories-telling » d’Aubry, quel « story-telling » donc ? Bien sûr il y a « la Royal… » Segolène dans ses œuvres, capable de s’imposer et d’imposer sur les hauts plateaux télévisuels en prime time, car elle est dans l’histoire de la présidentielle comme de la France et elle n’hésite pas à provoquer notre imaginaire par des bonds et des rebonds de scénarii invraisemblables. « Je prendrai DSK comme chef du gouvernement… » Même les membres de son entourage le plus proche s’envoyaient des SMS interloqués : « mais où va-t-elle chercher tout cela ? » Dans son sens du spectacle médiatique qui lui fait non seulement occuper l’écran dans l’instant mais entrainer des suites de réactions en cascade. Elle fait rarement un coup, un seul dans les ondes, elle fait des coups cascades, elle s’inscrit dans un récit feuilletonesque à la Dumas modernisé. Royal où la femme dont les socialistes ne veulent pas, qu’ils virent, qu’ils volent, mais qui s’accroche, revient par la porte, par la fenêtre, par la cheminée. Mi-fée, mi-sorcière, mère-sévère en même temps que fille rebelle, Jeanne d’Arc qui entend des voix même si elle n’en remplit pas complètement les urnes. On se dit qu’il va toujours se passer quelque chose avec Royal. Le canon canonne encore…

Mais ce feuilleton-là en recèle un autre qui promet d’accrocher encore plus le téléspectateur si l’on en croit un acteur-observateur avisé comme le socialiste Malek Boutih : la confrontation, le match du « couple » (ex) Royal-Hollande. Compagnons hier, aujourd’hui  adversaires apparemment implacables. Elle avait pris « sa » place de candidat lors de la précédente présidentielle, cette fois il prétend que c’est son tour. Il a même perdu beaucoup de kilos… les médias ont immédiatement accordé à cet événement l’importance –lourde- qu’il méritait. Comme à sa proclamation d’amour –dans Gala !-« pour la femme de sa vie », de sa nouvelle vie… Celle de son ancienne en a retrouvé une nouvelle jeunesse, une agressivité pleine de promesses… pour les journaux à venir. Leurs différences programmatiques seront forcément parfumées de passion. Nous voulions des histoires, nous allons en avoir. De l’Histoire ? Ca...

nce et elle n’hésite pas à provoquer notre imaginaire par des bonds et des rebonds de scénarii invraisemblables. « Je prendrai DSK comme chef du gouvernement… » Même les membres de son entourage le plus proche s’envoyaient des SMS interloqués : « mais où va-t-elle chercher tout cela ? » Dans son sens du spectacle médiatique qui lui fait non seulement occuper l’écran dans l’instant mais entrainer des suites de réactions en cascade. Elle fait rarement un coup, un seul dans les ondes, elle fait des coups cascades, elle s’inscrit dans un récit feuilletonesque à la Dumas modernisé. Royal où la femme dont les socialistes ne veulent pas, qu’ils virent, qu’ils volent, mais qui s’accroche, revient par la porte, par la fenêtre, par la cheminée. Mi-fée, mi-sorcière, mère-sévère en même temps que fille rebelle, Jeanne d’Arc qui entend des voix même si elle n’en remplit pas complètement les urnes. On se dit qu’il va toujours se passer quelque chose avec Royal. Le canon canonne encore…

Mais ce feuilleton-là en recèle un autre qui promet d’accrocher encore plus le téléspectateur si l’on en croit un acteur-observateur avisé comme le socialiste Malek Boutih : la confrontation, le match du « couple » (ex) Royal-Hollande. Compagnons hier, aujourd’hui  adversaires apparemment implacables. Elle avait pris « sa » place de candidat lors de la précédente présidentielle, cette fois il prétend que c’est son tour. Il a même perdu beaucoup de kilos… les médias ont immédiatement accordé à cet événement l’importance –lourde- qu’il méritait. Comme à sa proclamation d’amour –dans Gala !-« pour la femme de sa vie », de sa nouvelle vie… Celle de son ancienne en a retrouvé une nouvelle jeunesse, une agressivité pleine de promesses… pour les journaux à venir. Leurs différences programmatiques seront forcément parfumées de passion. Nous voulions des histoires, nous allons en avoir. De l’Histoire ? Ca...


Nicolas Domenech dans Marianne

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