Midilibre.fr
Tous les blogs | Alerter le modérateur| Envoyer à un ami | Créer un Blog

lundi, 22 novembre 2010

Alertes

Étrange automne. D’un côté, une présidence de la République en proie à un désamour spectaculaire, mais qui passe en force pour imposer étape après étape un programme tout entier tourné vers l’échéance de 2012. De l’autre, une opposition très largement soutenue par l’opinion pour son action, justement, d’opposition, mais qui n'arrive pas à utiliser cette assise pour formuler une alternative. Alors même que le pays – bien au-delà de la seule gauche – est plus que jamais en demande d’une rupture, celle qui avait été promise en 2007, celle qui encore a été proclamée à cors et à cris lors de la crise financière – « plus jamais ça, les banksters, la spéculation folle, l’économie financiarisée qui tourne à vide ! » – et dont il est désormais évident qu’elle ne pourra en aucun cas venir de la majorité en place.

Le conflit des retraites illustre parfaitement cette drôle de guerre politique entre une présidence radicalisée, plus obsédée par le remaniement ministériel que par le bien public, et une opposition qui donne le sentiment de ne pas croire en sa (potentielle) force, ni de savoir comment l’employer. L’adoption définitive du texte de loi a eu raison du mouvement de protestation : la décision par l’intersyndicale d’une continuation de celui-ci de manière « multiforme et décentralisée » ne trompe personne ; c’est bien d’un enterrement et d’une débandade qu’il s’agit, d’autant plus rageants que le mécontentement face à l’injustice de la réforme traversait tous les milieux, et même les frontières politiques.

J’ai observé ce scenario malheureusement prévisible se réaliser. J’ai longtemps hésité à faire part de mes doutes sur la conduite des événements, car je comprends bien que l’unité de l’opposition est essentielle, face à une droite qui, elle, sait taire ses dissensions et se ranger en ordre derrière son chef quand ses intérêts de boutique – de classe – sont en jeu. Mais ce que je pressentais et craignais s’est finalement passé. Ce qui aurait pu être la première manche victorieuse de l’élection présidentielle de 2012 a tourné à l’avantage du président de la République, malgré son impopularité personnelle. Ce qui se passe aujourd'hui pèsera très lourdement pour les 18 prochains mois. D'où la nécessité de tirer la sonnette d'alarme. Je garde dans ma tête l'expérience de la présidentielle de 2007, adossée, elle, à la victoire sur le CPE, élection déjà « imperdable » face à une droite que l'on disait démonétisée et affaiblie par les revers électoraux. Tellement imperdable que la gauche préférait se concentrer sur la question de son candidat que sur l'élaboration d'un programme d'alternative. Toute ressemblance avec la situation actuelle et des personnages réels n'est malheureusement pas fortuite. Quelles leçons tirer, justement, de celle-ci ?

(....)

Une présidentielle ne se gagne jamais, comme certains l’espèrent secrètement, sur un rejet, mais toujours sur un projet. Les socialistes en sont encore bien loin, et les tout prochains mois seront capitaux pour donner un sens, une vision, un espoir à gauche, tout simplement. Les meilleures candidatures qui soient ne feront que s’agiter dans le vide si elles n’imposent pas l’idée qu’une autre politique est réellement possible. Ce d’autant plus qu’il ne faut pas s’illusionner sur l’ampleur du rejet sur lequel on espère s’appuyer. Le remaniement ministériel ouvre, chacun l’aura compris, la dernière phase du mandat présidentiel de Nicolas Sarkozy, uniquement consacrée à sa réélection. Contrairement aux analyses convenues entendues depuis le week-end, le président s’est bien sorti de cette séquence annoncée de longue date et plusieurs fois retardée : il conserve un premier ministre populaire et consensuel dans son camp, remet en ordre de bataille autour de lui les turbulents chiraquiens et clôt sans trop de dégâts la séquence compliquée de l’affaire Woerth et de la réforme des retraites. Le noyau dur de sa future campagne est désormais en place et va s’ingénier, durant les prochains mois, à rassurer et sécuriser le cœur de son électorat de droite.

 

Julien Dray

Commentaires

Pour une fois d'accord avec Julien Dray. La presidentielle est loin d'être gagnée. Et cette multiplication de candidatures aux primaires n'augure rien de bon.
Et que pener de Montebourg qui ne se présente pas aux primaires mais qui est candidat directement à l'election présidentielle! Belle rénovation qu'il nous promet là!
Et pour ce qui est du projet, rien d'attractif si ce n'est cet infame galimatias qu'on nous fait voter de conventions en conventions.

Écrit par : help | lundi, 22 novembre 2010

Les commentaires sont fermés.