nouveau-logo-psVous trouverez ci-après la trame de mon intervention à l’Assemblée nationale, mardi 9 novembre, à l’occasion d’un conseil national clairsemé  qui n’était pas à la hauteur des enjeux de la nouvelle phase politique qui s’ouvre. Je me réjouis cependant que cette fois-ci de nombreux réformistes (Collomb, Moscovici, Hollande, Rebsamen..) m’aient rejoint dans mes analyses.

  • Rappel du contexte

Nous sortons d’un mouvement social qui fut long, profond et responsable…

Ce mouvement a marqué le rejet de la politique économique et sociale de Nicolas Sarkozy ; mais aussi les craintes sur son comportement au pouvoir, son absence de cap, son défaut de méthode qui crée du désordre…

Ce mouvement est l’expression française d’une crise politique et civique qui traverse toute l’Europe (où l’on constate partout la progression de l’abstention et du populisme).

Cette situation renforce, à notre égard, l’exigence de gravité, de responsabilité et de courage ; nous devrons incarner le changement et la justice sociale en gardant le souci des réalités.

  • Interrogation sur la nature et le sens du texte

C’est pourquoi je m’interroge sur la nature et le sens du texte présenté aujourd’hui au Conseil national. S’agit-il d’un texte essentiel (cf. Aubry) ou d’un texte considérable (cf. Hamon) ? S’agit-il d’un projet ou d’un programme ? D’une boîte à outils ou d’une liste de propositions ?

J’ai le sentiment qu’il est tout cela à la fois en l’absence d’un candidat qui incarne un projet… Quoiqu’il en soit, ce texte restera et son vote n’est pas un geste anodin.

Rentrons maintenant dans le débat.

  • Mon idée du combat pour l’égalité

Plus que promettre « l’égalité réelle », il faut défendre l’objectif d’une « égalité réaliste » et réactiver les moyens de la justice sociale pour :

- Permettre pour une meilleure redistribution des chances (à cet égard, le texte de la convention dégage des pistes intéressantes en matière d’éducation)-  Lutter contre les nouvelles formes d’inégalités (les femmes isolées, les travailleurs précaires, les populations ghettoïsées…)

- Imaginer les outils collectifs susceptibles d’offrir à l’individu, à chaque âge de la vie, les occasions de s’essayer lui-même (ex : une nouvelle politique de formation professionnelle).

La gauche pourrait ainsi clairement redéfinir son but dans le sens de l’épanouissement de l’individu. Permettre à chacun de devenir ce qu’il est, ce n’est pas seulement servir l’autonomie personnelle. C’est aussi affirmer la place de l’individu au sein du groupe car l’épanouissement individuel passe par le renforcement des liens sociaux.

  • Mon analyse du texte

Sur la base de ces convictions, le texte qui nous est présenté ne me semble pas satisfaisant. Certes, il est riche en propositions souvent pertinentes, parfois audacieuses, je l’ai dit, au sujet de l’école notamment, où il est tenu compte du rôle central de la maternelle et du primaire; à propos de l’égalité femme-homme où la nécessité de changer les mentalités et de garantir le droit fondamental à l’avortement est réaffirmé; ou encore sur l’équilibre entre les territoires où, à côté de l’indispensable rappel à mettre un terme à la ghettoïsation et aux zones de relégation sociale, des dispositions originales sont proposées pour redonner vie au monde rural.

Pour autant, ces mesures, certes d’inspiration généreuse, relèvent toutes, à travers leur énumération, d’une même logique : la solution vient d’en haut, de l’Etat ; le rôle des corps intermédiaires et des associations est minoré, les initiatives individuelles sont le plus souvent absentes … Comment ne pas voir ici l’expression d’une incompréhension face à la nécessaire prise en compte de cette volonté manifestée avec toujours plus de force par nos concitoyens, celle d’être acteurs de leur vie, de prendre leur destin en mains. La singularité des biographies et la complexité des parcours, la façon dont les personnes se perçoivent et composent avec des statuts et des rôles multiples, la reconnaissance de leur identité profonde, en somme  ce qui fait la modernité, sont peu présentes dans ce texte. Tout comme d’ailleurs la segmentation de la société, sa fragmentation, et les antagonismes qui la traversent, c’est-à-dire les menaces à ce que nous appelons le vivre ensemble, y sont occultées. Les ouvriers et employés non qualifiés, les salariés plus intégrés du secondaire et du tertiaire ne sont pas spontanément solidaires, même s’ils partagent l’expérience ou la peur du déclassement. Cette diversité sociale rend la tâche plus compliquée et nous impose d’apporter à ceux que nous devons défendre des réponses plus individualisées. N’abandonnons pas notre idéal de justice sociale au profit d’une logique égalitariste que le texte prétend combattre.

En outre et surtout, c’est dans ce foisonnement de propositions que réside la principale limite de ce texte. Notre devoir de responsabilité nous oblige à inscrire le projet du Parti socialiste dans le contexte d’une économie frappée de plein fouet par la crise et qui souffre d’un endettement excessif accumulé depuis plus de 15 ans. Il n’est pas juste de continuer à agir sans se préoccuper des générations futures sur lesquelles se reportera immanquablement le poids de cette dette. Le risque de saupoudrage  qui nous est présentée nous promet surtout des lendemains qui déchantent. Aussi est-ce une démarche inverse à celle adoptée par les auteurs de ce texte que nous devons retenir. Nous devons dire la vérité aux Français même si cette vérité n’est pas agréable à entendre.

C’est donc en partant de la situation économique et budgétaire de notre pays, en intégrant les contraintes causées par la dégradation de nos comptes publics et en proposant une véritable réforme fiscale que nous pourrons définir un ordre de priorités : rétablir l’autorité républicaine (droits et devoirs, laïcité, vivre ensemble…), réinvestir le pôle éducation/formation/université, relancer la politique industrielle et répondre à la crise du projet européen (projet avec l’Allemagne).

C’est bien d’un autre calendrier, d’un autre processus, d’une autre méthode dont nous avons besoin.

Manuel Vals