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mardi, 09 novembre 2010

Mauvaise santé


 

L'Assemblée nationale a adopté mardi en première lecture le projet de loi de financement de la sécurité sociale, qui prévoit de limiter en 2011 le déficit de la sécurité sociale à 21,3 milliards d'euros. Cet objectif impose 7 milliards d'économies, dont 2,5 milliards pour la branche assurance-maladie, en partie grâce à de nouveaux déremboursements de médicaments ou de frais hospitaliers.

Ces restrictions pénaliseront les patients, qui paieront plus cher l'accès aux soins, et subiront les hausses de cotisations que les organismes complémentaires imposeront pour compenser les coûts supplémentaires de ces transferts.

La droite a également voté la fin de la gratuité de  l'aide médicale de l'Etat et durci l'ensemble d'un dispositif qui permettait aux étrangers en situation irrégulière disposant de ressources très faibles de bénéficier d'une prise en charge à 100% des soins de maladie et de maternité, ainsi que du forfait hospitalier. La majorité dénonce de présumées « fraudes » alors que 70% des dépenses d'AME correspondent à des frais d'hospitalisation de personnes extrêmement vulnérables et précaires.

Ce projet de loi de financement de la sécurité sociale confirme et aggrave une politique inique, qui rend la santé toujours plus onéreuse pour les Français et les soins de plus en plus inabordables pour les populations défavorisées.

Quelques arbitrages récents donnent la mesure de cet acharnement à saper les fondements de notre système de protection sociale au prix d'une inconséquence inquiétante.

Car le gouvernement est imprévoyant lorsqu'il siphonne le Fonds de réserve des retraites qui devait assurer le financement des pensions pour les jeunes générations. Il est irresponsable lorsqu'il ponctionne la branche famille de la sécurité sociale pour financer la Caisse d'amortissement de la dette sociale. Il est inconscient lorsqu'il ne s'attaque pas aux vraies causes des déficits mais préfère taxer toujours davantage les Français qui subissent année après année le poids des franchises médicales, des déremboursements, du relèvement du forfait hospitalier. Enfin, il semble indifférent aux conséquences de sa politique: aujourd'hui, le taux de remboursement par la sécurité sociale des actes quotidiens est à peine supérieur à 50%; et dans la France du XXIème siècle, un nombre croissant de malades renoncent à se soigner pour des raisons financières.

Le résultat de cette liquidation de la protection sociale est que nous sommes en train de passer d'un système fondé sur la solidarité à une logique libérale et comptable qui va se traduire par un jackpot pour les complémentaires santé et les assurances privées. L'infortune des uns fera la fortune des autres.

Bernard Roman

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