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mercredi, 03 novembre 2010

Le baiser de Judas, ou comment Sarko a abîmé la police républicain

C’est le titre de la note que je viens de rédiger pour la Fondation Terra Nova sur les relations entre Nicolas Sarkozy et la police.

Le sujet est passionnant tant l’engagement en faveur de la sécurité semble appartenir à l’identité génétique du président de la République. Comment comprendre alors aujourd’hui le malaise qui s’est installé entre les policiers et Nicolas Sarkozy qu’illustrèrent les images du 23 mars dernier à Melun, où, à l’occasion de la cérémonie en hommage au brigadier-chef Jean-Serge Nerin, assassiné par l’ETA, une dizaine de fonctionnaires en civil tournèrent ostentatoirement le dos au chef de l’Etat lorsque celui-ci prit la parole ?

Mon explication est assez simple : peut-être le Président aime-t-il la police —notamment quand elle sert ses intérêts électoraux— mais son bilan démontre qu’il n’aime pas ceux qui y servent.

En effet, loin de s’employer à remédier aux problèmes structurels qu’ils rencontrent dans l’exercice de leurs missions, il leur a au contraire imposé arbitrairement de nouvelles contraintes, intenables pour la plupart : quotas démentiels d’interpellations et de contraventions, culture puérile du résultat, sacralisation quasi-mystique du chiffre, objectifs irréalisables à remplir et, lorsqu’ils ne sont pas atteints, baisse de la notation… Comment le patient, déjà bien mal en point à l’origine, pourrait-il se porter mieux après un tel traitement de choc?

Au fond, le Président n’étreint que pour mieux étouffer… Seules des considérations tactiques l’ont conduit à inscrire le thème de l’insécurité au cœur de son action politique au lendemain de la réélection de Jacques Chirac, en l’exploitant patiemment tout autant qu’intelligemment jusqu’à son accession à l’Elysée. Et une fois l’objectif atteint, il s’en est détourné, oubliant ses promesses, reniant une politique qu’il avait conçue au moment où il lui importait de séduire les policiers. En un mot, la police et ses agents ne furent que les instruments d’une stratégie toute personnelle de conquête obstinée du fauteuil présidentiel.

A dix-huit mois de la prochaine présidentielle, le bilan est déjà désastreux : l’institution policière se dégrade, les personnels se démotivent, les élus sont écœurés et les victimes se désespèrent. En quatre ans d’indifférence, Nicolas Sarkozy a abîmé la police républicaine pour le plus grand malheur de la société française.

C’est la réalité de cette trahison cynique que je me suis efforcé de démontrer en ne m’appuyant que sur les documents officiels (rapports parlementaires, référés de la Cour des Comptes ou circulaires ministérielles…).

Vous pouvez télécharger cette étude en cliquant ici ou la retrouver sur le site de la Fondation Terra Nova.

Jean Jacques Urvoas

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