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lundi, 20 septembre 2010

Retraites (suite)

 

 

Le 7 ssarkozy retraite mitterrand 10eptembre dernier, nous avons assisté à une mobilisation de très grande ampleur contre le projet de réforme des retraites présenté le même jour par le gouvernement à l'Assemblée nationale. Le lendemain, Nicolas Sarkozy a tenu à annoncer lui-même les modifications à son projet que le gouvernement était prêt à envisager suite à cette démonstration de force. Elles manquaient cependant cruellement de substance.

Concernant la prise en compte de la pénibilité des tâches, un des points les plus critiqués du projet, le gouvernement restait dans une logique − inacceptable − de simple constat médical de troubles qui se sont déjà manifestés, alors que le problème consiste en réalité à tenir compte des troubles qui apparaîtront probablement dans le futur et raccourciront l'espérance de vie de ceux qui ont travaillé durablement la nuit ou encore au contact de substances dangereuses. Concernant d'autres sujets, sur lesquels le gouvernement avait pourtant par avance fait connaître sa disponibilité à faire évoluer son projet, comme la question des polypensionnés (ceux qui ont travaillé à la fois dans le public et dans le privé en particulier) ou encore les carrières longues, grands perdants du projet de réforme, le président de la République n'a pas été en mesure d'apporter de réelles précisions.

Surtout, Nicolas Sarkozy n'a envisagé de bouger ni sur le report de l'âge minimal de départ en retraite de 60 à 62 ans − qui pénalise surtout celles et ceux qui ont commencé à travailler très tôt −, ni sur le passage de 65 à 67 ans de l'âge de départ à la retraite à taux plein, permettant d'éviter une « décote » quand on n'a pas travaillé suffisamment longtemps − une mesure qui pénalise celles et ceux qui ont eu des carrières « à trous », ce qui concerne surtout les femmes. Enfin, il refusait toujours d'envisager une hausse future des cotisations afin d'assurer l'équilibre du système de retraites…

Bref, il poursuit l'épreuve de force commencée déjà depuis plusieurs mois en concoctant une profonde réforme des retraites sans jamais chercher sérieusement à dégager un consensus au sein de la société française autour des termes de ce projet. Or les systèmes de retraites engagent l'avenir du pays à long terme. Ils touchent à l'essentiel du contrat social qui lie les différentes couches de la société entre elles à un moment donné, ainsi qu'au contrat intergénérationnel qui lie jeunes et vieux sur longue période. Pour cette raison, il ne suffit absolument pas d'avoir obtenu 53 % des voix un dimanche il y a trois ans pour être légitime à en changer substantiellement les termes sans avoir à rechercher un large consensus pour le faire. Surtout quand, comme Nicolas Sarkozy, on avait été élu en s'engageant a priori à ne pas toucher à l'âge minimal de 60 ans pour partir en retraite.

Il est possible et probable que, même après une phase prolongée de négociations, il reste des désaccords et que le gouvernement doive assumer seul la responsabilité de certains choix, mais, les cartes ayant été mises sur la table, ces choix seront plus aisément considérés comme légitimes. Ceux qui préfèrent faire l'économie de cette négociation et passent en force ne sauvent pas le système de retraite. Ils le fragilisent et le déstabilisent au contraire encore davantage. Le profond sentiment d'inéquité qui résulte de réformes non négociées comme l'actuelle rend en effet d'autant plus probable une remise en cause prochaine, à l'occasion d'un nouveau changement de majorité, des règles qui viennent d'être modifiées…

Guillaume Duval dans Alternatives économiques

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