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dimanche, 05 septembre 2010

Pour l’école publique



Cette semaine, pour les professeurs et les élèves, les portes de l’école s’ouvrent à nouveau. Et cette rentrée 2010 s’inscrit dans un contexte de crise et d’incertitude particulièrement grave pour l’avenir de l’éducation en France.


Disons les choses comme elles sont : l’école, dans notre pays, est aujourd’hui désarmée. Pire : fragilisée par l’action de ce gouvernement. En cette rentrée, ce sont encore 16 000 postes, non seulement d’enseignants, mais de surveillants, d’agents administratifs, de médecins scolaires, qui sont supprimés, après les 60 000 qui ont disparu depuis 2002… L’éducation nationale, à son tour, est soumise à la démagogie anti-fonctionnaires, et à l’idéologie toute-puissante du « moins d’Etat ». Le résultat ? Ce sont des classes surchargées, des personnels débordés. Ce sont des carences fondamentales d’un bout à l’autre du parcours scolaire, depuis la petite enfance (le taux de scolarisation des moins de trois ans est passé de 35 à 20% en huit ans) jusqu’au baccalauréat. Il n’y a, de fait, pas assez d’enseignants dans notre pays, à tel point que, désormais, des étudiants et des retraités devront contribuer aux remplacements….


Trop peu nombreux, insuffisamment considérés, rémunérés, les enseignants français traversent une crise profonde, qui met en cause leur identité, leur place dans la société. Ils ont le sentiment légitime d’être abandonnés. Depuis la disparition des IUFM, auxquels rien n’est venu se substituer, ils n’ont même plus de formation. Réévaluer, repenser leurs missions, peut-être même leur statut, doit être une priorité de l’action publique, parce que ce qui est en jeu, c’est une part de notre conscience collective. Il faut aussi réfléchir, sans tabou, à une autre évolution de leurs carrières, pour que les enseignants les plus jeunes, les moins expérimentés, ne se retrouvent plus automatiquement, affectés dans les établissements les plus difficiles.


L’enjeu, c’est de donner à la société française les moyens d’éduquer, et donc d’éveiller, ses 12 millions d’élèves. Cela passe par la justice, c’est-à-dire par une véritable égalité des chances, qui donne à tous les moyens d’apprendre et de progresser, au-delà des différences établies par les hasards de la naissance. Et la justice sociale, ici, porte un nom : celui d’égalité entre les territoires. Là encore, il faudra oser – c’est-à-dire peut-être avoir le courage de reconnaître que, pour assurer l’égalité des chances, on doit assumer l’inégalité des moyens voire des différences dans les méthodes éducatives.


Là se trouve l’une des clefs pour résoudre le malaise français : car c’est bien à l’école que doivent se créer les conditions de l’égalité réelle.


Le champ de réflexion et d’action est immense, et ce doit être une priorité de la gauche, pour ses prochains rendez-vous avec le peuple. L’indispensable réforme de cette énorme machine qu’est l’éducation nationale se fera avec les enseignants, et non pas contre eux. Car c’est par eux que se construit chaque jour l’intelligence de notre pays. A tous, je veux dire ici ma gratitude et mon admiration. Et aux enfants de Paris et de notre pays, je souhaite une année pleine de découvertes.



Bertrand Delanoé

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