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dimanche, 11 juillet 2010

La réublique du contre -exemple

INTERVIEW DE FRANCOIS HOLLANDE AU TELEGRAMME

Nicolas Sarkozy et l’UMP vivent des difficultés qui rappellent celles que François Mitterrand et le PS ont subies au début des années 90. À vos yeux, ces deux situations sont-elles comparables ?
Dans les années 90, il n’existait aucune règle concernant le financement des partis politiques. L’histoire a démontré qu’il y avait eu des abus de tous les côtés. Aussi, des lois ont-elles été votées, à partir de 1995 (à l’unanimité, par la gauche comme par la droite) pour encadrer strictement les dons des personnes privées aux partis politiques. S’il advenait que ces règles n’aient pas été respectées ou que l’esprit de la législation ait été froissé, ce serait très grave. Je ne me place pas dans cette hypothèse et je suis attaché à la présomption d’innocence. Mais il est indispensable que la Justice vérifie la véracité des déclarations de l’ancienne comptable de Mme Bettencourt.

Qu’attendez-vous aujourd’hui de Nicolas Sarkozy?
Dans ce moment où la France connaît une épreuve morale de grande dimension, le président de la République n’est pas au rendez-vous. Il aurait dû décider lui-même de se séparer de ses deux ministres controversés. Il a, au contraire, subi leurs démissions. Il lui revenait de demander à M.Woerth de ne pas cumuler le mandat de trésorier de l’UMP et une fonction gouvernementale. Il maintient cette confusion! Il lui appartenait de reconfigurer un gouvernement visiblement usé, il a préféré différer le remaniement en octobre, au risque de l’harasser davantage. Tout cela fait que nous sommes aujourd’hui confrontés à une défaillance dans l’exercice de l’autorité et à une crise politique.

Les sondages indiquent que les socialistes ne profitent pas de la mauvaise passe que traverse la majorité. Seule Marine Le Pen semble en bénéficier. Cela vous inquiète-t-il?
Je suis inquiet du climat actuel. Je me souviens de ce qui s’est passé en 2002. À cette époque, Jacques Chirac était sous le feu d’un certain nombre de mises en cause. Et Lionel Jospin, aussi honnête qu’il pouvait apparaître, n’en a pas moins été devancé au soir du premier tour par Jean-Marie Le Pen. C’est la raison pour laquelle je ne participe ni à la surenchère ni à l’outrance. Je mesure les conséquences de la période difficile que les Français traversent au plan économique et social. Et les efforts qui leur sont demandés leur sont insupportables, dès lors que l’argent domine autant et que la «République du contre-exemple» est installée au sommet de l’État. Le chef de l’État doit mettre un terme à une situation dont il est lui-même à l’origine. Je suis convaincu qu’en 2012, c’est à un redressement économique, financier mais aussi moral qu’il faudra procéder. D’ici là, je préférerais que la politique revienne sur le terrain des idées et des propositions.

Dominique Strauss-Kahn, Martine Aubry et Ségolène Royal dominent aujourd’hui la scène politique à gauche. Y a-t-il place pour un quatrième larron?
Il y a la place pour un choix clair. Des primaires sont prévues en 2011, c’est-à-dire un vote de tous les sympathisants socialistes pour désigner leur candidat. Il n’y a donc pas de place pour des pactes, des arrangements ou des calculs. Chacun devra se prononcer sur les orientations de celui ou celle qui aura vocation à diriger le pays. Car le candidat socialiste sera probablement le prochain président de la République.

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