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samedi, 15 mai 2010

La société du "CARE", une bombe à retardement

 

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Le débat qui précède l’élection présidentielle en moment privilégié de la vie démocratique où les forces vives de la nation s’extirpent de la gestion du quotidien pour faire un état des lieux précis des difficultés et tracer les voies de l’amélioration. La gauche, par l’intermédiaire des primaires ouvertes à l’ensemble des Français, s’est dotée d’un outil efficace pour mener à bien ce travail et faire émerger un projet qui sera porté par son candidat.  Il importe donc dans cette étape primordiale, d’être clairvoyant et de définir le bon diagnostic.

De quoi souffrent les Français ? D’une perte de confiance généralisée. Perte de confiance – crise oblige-, dans l’avenir, dans la capacité de la puissance publique rongée par la dette – comme aujourd’hui en Grèce et peut être demain en Espagne – à conduire le pays, mais aussi, et c’est encore plus grave, dans leur capacité individuelle à se construire un avenir et pire, à assurer le quotidien. Dans ce contexte de défiance alimenté par la double insécurité, économique et physique, chacun se recentre sur soi, se calfeutre, les écarts de richesses se creusent, les violences physiques explosent, les liens sociaux se distendent et les communautés redeviennent des lieux où l’on cherche à retrouver, au moins, la chaleur d’un « entre-soi ».

Et, face à cette société qui se durcit, une tendance à gauche consiste à penser – et c’est tout à fait louable dans l’intention – qu’il faut mettre l’accent sur l’autre, sur l’attention qu’on lui porte et les soins qu’on lui prodigue. La tentation est grande de promouvoir comme panacée une « société du soin ». Je pense que cette intention aussi noble soit-elle, est une erreur profonde et constitue même un recul pour la gauche et pour le pays.

Car l’individu n’est ni malade, ni en demande de soins. En tous les cas, il n’appartient pas aux politiques d’en statuer. Non, il demande à pouvoir agir en toute liberté car partout il est empêché. Un chômeur en fin de droit, par exemple, n’est pas malade de ne pas avoir de travail, il est empêché dans sa capacité d’agir et de répondre aux besoins essentiels de sa famille. Cette distinction n’est pas superficielle, elle est primordiale car elle fonde tout le rapport démocratique que l’individu entretient avec la société.

Ainsi, cette société du soin ou du « care » – vieille idée des années 80 qui s’enracine dans une conception féministe-différentialiste américaine réclamant un Etat plus attentif aux minorités – n’est en rien adaptée à la société française d’aujourd’hui dont le modèle de l’Etat providence est à bout de souffle.

La généralisation d’un tel concept dans notre pays comporterait deux risques majeurs.

Le premier serait d’installer dans les esprits un rapport terrible et vicié : celui d’un Etat, déjà surendetté au niveau de ses finances, mais aussi débiteur vis-à-vis de ses citoyens. Au contraire, puisque l’individu n’est pas malade mais « empêché », la puissance publique n’est donc pas en dette de soins vis-à-vis de lui. Elle doit, en revanche, trouver les moyens qui lui permettront d’exercer pleinement ses libertés et ses responsabilités.

Le second risque d’une telle conception de l’action publique, serait de nous faire passer, par un mouvement  de balancier, d’une société de la passion, celle de Nicolas Sarkozy, où les uns sont dressés contre les autres, où les gagnants sont opposés aux perdants, où les haines et les affrontements se cristallisent, à une société du sentiment où la promesse serait celle d’un bien être, d’une douceur, bref, d’un bonheur qui par définition n’est atteignable que par un chemin strictement personnel. Cette conception, si elle était retenue par une gauche victorieuse en 2012, installerait – à l’image des attentes énormes suscitées et déçues par l’homme providentiel Sarkozy -, une nouvelle bombe à retardement de la déception au cœur du prochain quinquennat.

Manuel Valls

Commentaires

Manuel Valls une bombe à retardement pour la gauche !

Écrit par : Yoann | samedi, 15 mai 2010

Manuel Valls a raison. Le care, la compassion, cela relève de la charité. Nous ne voulons pas de la compassion mais de la justice.

Écrit par : elisabeth | dimanche, 16 mai 2010

Bonjour,
Beau 180° sur notre actuel.
Mais les couleurs sont flashies sur fond noir ; vert acidulé, violet fuschia. Cela est-il un symbole.
Cordialement.
Tauran

Écrit par : TAURAN | lundi, 17 mai 2010

Les commentaires sont fermés.