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mardi, 11 mai 2010

Retrouver l’Europe

 


L’accord conclu ce matin à Bruxelles le prouve : avec de la volonté, l’Europe peut s’affirmer comme telle. Voici une première réponse aux inquiétudes exprimées la semaine dernière, notamment par le prix Nobel d’économie Joseph Stiglitz : « C’est peut-être la fin de l’euro », disait ainsi celui qui a souvent eu, par le passé, le triste privilège de savoir prédire, parmi l’indifférence, les malheurs évitables.


Nous n’en sommes pas là. Mais le problème demeure : alors qu’un de ses membres s’est trouvé au bord de la faillite, l’Union européenne a prouvé qu’elle ne disposait ni de moyens de régulation financière, ni de cadres économiques efficaces, ni d’outils de solidarité élémentaire. On a vu, à rebours de l’idée même d’Europe, triompher les égoïsmes. Et à présent que l’accord de Bruxelles permet de gagner du temps, il faut, plutôt que de céder à la facilité des soulagements, faire de ce répit le moment du sursaut.


Car le moment ne se prête pas à la panique, mais à la responsabilité et à l’action. La réalité est grave, elle est exprimée par Stiglitz avec la brutalité des choses incontournables : « Nous savions que l’euro, ça pourrait marcher tant que tout irait bien. Mais à la première crise….L’Europe n’a pas le cadre budgétaire nécessaire pour faire de l’Union monétaire un succès ».


L’esprit du traité de Rome, c’était de donner à l’Europe de vraies ressources fiscales propres : il n’existe pas, dans la crise, d’autre voie pour la doter de moyens d’intervention dignes de ce nom. La question d’une fiscalité européenne est un non dit, qu’il convient de briser. Car seule une autonomie financière de l’Union lui permettrait d’entreprendre, à la bonne échelle, des politiques qui ont de moins en moins de sens si on les enferme dans des limites strictement nationales. Et ce serait, du reste, le seul moyen de rendre acceptable le sauvetage par ses partenaires d’un Etat membre en difficulté. Le contribuable allemand consentira plus spontanément à payer pour la Grèce, dès lors que les choix économiques de celle-ci auront été préalablement définis dans un cadre collectif.


Mais il faut, bien sûr, commencer par le commencement: ces choix fiscaux et économiques, il faut bien que quelqu’un les fasse. Or ce « quelqu’un » n’existe pas, puisqu’il n’y a pas, aujourd’hui, de vraie représentation politique de l’Union. Là est sans doute le préalable : jeter les bases d’une Europe dans laquelle les citoyens pourront se reconnaître. Relégitimer le Parlement européen, rendre la Commission pleinement responsable devant lui, associer les peuples à la désignation du Président de l’Union….


Stiglitz, toujours : « Si l’Europe ne règle pas ses problèmes institutionnels fondamentaux, l’avenir de l’euro peut être très bref ». On peut discuter des moyens, mais ce fait est indiscutable : l ’Europe monétaire, pour survivre, a besoin de l’Europe politique.

Bertrand Delanoé

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