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samedi, 17 mai 2008
Le réformisme n'interdit pas le rêve
Mauvaise foi congénitale des élites libérales… Pendant plus de vingt ans, elles ont taxé d’archaïsme la gauche française trop dévouée à la tradition marxiste. Voyant que le PS adopte une nouvelle déclaration de principes qui le rapproche des réalités contemporaines, elles présentent ce tournant comme un non-événement et le nouveau texte comme la énième mouture d’une idéologie défunte. Les classes dirigeantes, décidément, ne seront satisfaites que lorsque la gauche rejoindra la droite…
Pourtant le texte rédigé par Alain Bergounioux et Henri Weber, proposé aux votes des militants du PS pour remplacer l’ancienne charte adoptée en 1995, mérite qu’on s’y arrête. Il traduit une mutation tardive mais fondamentale du paysage idéologique à gauche. Ce virage, il faut le rappeler, a été pris sous l’égide de François Hollande, dont on dit tant de mal, mais qui a changé en profondeur les idées de son parti.
Quel changement ? La répudiation définitive du marxisme ; l’irruption de l’écologie au cœur de la doctrine ; la critique essentiellement morale du capitalisme contemporain. La rupture se mesure dès la première phrase : «Le Parti socialiste plonge ses racines dans la tradition de l’humanisme et dans la philosophie des Lumières.» On rompt ainsi avec un siècle de manifestes flamboyants fondés sur la lutte des classes. C’est la Révolution française qui inspire les socialistes français et non plus la révolution prolétarienne, celle que Marx a prophétisée et qui n’a débouché que sur la barbarie du goulag, ou celle dont rêvent encore certains militants de la gauche radicale. «L’espérance révolutionnaire», citée dans la précédente charte, disparaît. Pour se référer à un débat fameux des années 1890, Bernstein le réformiste l’emporte enfin sur Kautsky le gardien du temple et a fortiori sur Lénine ou Rosa Luxembourg. Les socialistes français se situent dans le cadre de l’économie de marché, «sociale et écologique», consubstantielle à la démocratie, qui est «une fin et un moyen». Ils veulent améliorer ici et maintenant le sort des plus défavorisés, sans les bercer de l’illusion du Grand Soir, serait-il électoral. «L’égalité est au cœur de notre idéal. Cette quête n’a de sens que par et pour les libertés». La liberté est donc une condition de l’égalité et non l’inverse. Confirmation donc : l’individu libre est à la base de l’édifice intellectuel socialiste et non ces structures lugubres et impersonnelles désignées par les marxistes ou par un Pierre Bourdieu comme l’ultima ratio déterminant la vie humaine. Le socialisme n’est pas le produit inéluctable du devenir historique. Il est une quête morale pour la justice que les hommes sont libres de choisir ou de refuser. Ainsi, le réformisme, jusqu’ici pratique honteuse de la gauche de gouvernement, est-il officialisé dans l’opposition. Même si les socialistes de toute l’Europe ont précédé le PS français dans cet aggiornamento, saluons à sa juste valeur l’effort de cohérence…
Laurent Joffrin dans LIBERATION
12:00 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : politique, parti socialiste
