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jeudi, 08 mai 2008

Le Président Sarkozy voulait être jugé sur ses résultats, c’est fait.

Voilà Nicolas Sarkozy discret. Il aurait donc, une nouvelle fois, changé. Finies la salle Gaveau, les commémorations, l’autocélébration. Il se serait replié dans son palais où, malgré tout, certains photographes auraient réussi à rentrer –néanmoins sans effraction- pour immortaliser des moments privés démontrant l’intensité de son bonheur. Laissons les spécialistes interpréter cette communication contradictoire.

Pendant ce temps-là, les Français continuent de payer l’addition : les prix des carburants flambent, quand les profits de Total affichent le record de 3 milliards d’euros au premier trimestre ; le gaz va connaître sa troisième augmentation depuis le début de l’année, quand s’accomplissent les dernières modalités de la fusion Gaz de France / Lyonnaise des Eaux.

La prime pour l’emploi est nécessaire pour servir de bouée de sauvetage au financement du RSA, et les droits des chômeurs sont, sans concertation, à la baisse ! Je comprends l’impopularité que rencontre le pouvoir. Elle ne tient pas à des erreurs de communication ni à des fautes de goût, mais à son échec. Le Président Sarkozy voulait être jugé sur ses résultats, c’est fait.

Je ne sais ce que seront les mobilisations du mois de mai, celles des jeunes sur les moyens consacrés à l’Education nationale, celles des fonctionnaires sur la place du service public, celles des salariés sur l’avenir des retraites. Mais le gouvernement serait bien inspiré de ne pas jouer en boute feu. Il y a maintenant longtemps que le mèche lente de l’explosion sociale a été allumée. Mieux vaudrait l’éteindre à moindres frais.

C’est ce moment, lourd, grave, préoccupant, qu’a saisi le gouvernement pour ouvrir le débat sur les institutions.
Il n’y a jamais de bonne période pour évoquer ce sujet et il est toujours commode de prétendre qu’il n’intéresse pas les Français. L’approfondissement de notre démocratie mérite pourtant que l’on s’y consacre avec un esprit constructif.

C’est pourquoi, j’ai voulu que les socialistes ouvrent le dialogue pour améliorer substantiellement le texte présenté par le gouvernement : écartons toutes les dispositions qui élargissent les prérogatives du Chef de l’Etat –sur la Défense ou sur ses possibilités d’expression devant les Assemblées. Décomptons son temps de parole pour qu’il soit imputé sur celui de son gouvernement. Renforçons les droits du Parlement, notamment en matière d’initiative législative et de contrôle des nominations. Introduisons le droit de vote des étrangers aux élections locales. Et réformons les modes de scrutin pour introduire une part de proportionnelle à l’Assemblée nationale et la représentation de la population réelle au Sénat, pour que cette Chambre connaisse enfin l’alternance.

Bref, Nicolas Sarkozy, après avoir presque tout raté depuis un an, peut au moins réussir cette avancée institutionnelle. S’il gâche cette occasion, il n’aura pas d’excuse.

François Hollande

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