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mercredi, 07 décembre 2016

Pour survivre, le #PS va devoir faire peau neuve

La gauche, au singulier, est un mythe. Dès sa naissance, en 1789, elle s'est divisée en courants, chapelles et partis qui se sont combattus les uns contre les autres : feuillants, girondins, montagnards, dantonistes, robespierristes, babouvistes, quelle était leur unité ? Certes, ils étaient tous hostiles à l'Ancien régime, mais de là à créer une tendance unique, fondée sur des idées communes et sur des intérêts partagés, cela n'a été qu'un leurre pendant toute la suite de l'Histoire. Il y eut bien quelques moments d'union, quand l'ennemi monarchiste, bonapartiste, fasciste faisait taire, provisoirement, les divergences, mais ces moments furent rares. Le Front populaire de 1936 que l'on présente comme un exemple d'union de la gauche n'eut qu'une courte durée, miné par ses contradictions.

Le grand talent de François Mitterrand a été de faire croire possible une alliance des gauches fondée sur un programme commun. Au bout de cinq ans, en 1977, le divorce entre communistes et socialistes était prononcé. Victorieux à la présidentielle de 1981, Mitterrand fit néanmoins entrer dans son gouvernement des ministres communistes ; ils n'y restèrent pas au-delà de 1984. Par la suite, l'agonie du parti communiste n'a pas pour autant servi l'union de la gauche. Au contraire ! L'éventail de ses organisations a rempli le vide, d'autant que l'élection présidentielle leur offre une publicité, un droit à l'existence, dont ils ont su profiter. En 2002, la "gauche" présentait huit candidats — un record —, dont trois trotskistes, ce qui permit à Jean-Marie Le Pen d'être qualifié pour le second tour. Et encore cinq candidats en 2012 !

La division de la gauche est structurelle, la division au sein même du PS étant la plus pernicieuse. On a pu assister, au cours de la législature qui s'achève, à une opposition interne, celle des "frondeurs", occupés à faire la guerre à leur propre gouvernement, allant jusqu'à tenter de le renverser par une motion de censure. Du jamais vu ! On s'attendait que ces députés insubordonnés fassent l'objet d'une exclusion. Même pas. Le président de la République, François Hollande, ancien premier secrétaire du parti, a eu pour principaux adversaires ses "camarades" dévoyés, ignorant la discipline de groupe et aveugles sur les conséquences de leur dissension. Leur action fut d'autant plus corrosive qu'à la gauche de cette gauche, le maximalisme de Jean-Luc Mélenchon, nouveau tribun du peuple, ajoutait de l'huile sur le feu.

Aujourd'hui, la gauche est émiettée, sans leader, sans but, si ce n'est de sauver les meubles, c'est-à-dire les sièges de députés les moins menacés. Manuel Valls, nouveau candidat à la présidentielle après le renoncement de François Hollande, n'est nullement certain de l'emporter aux primaires de janvier : il devra affronter une coalition, moins soucieuse de victoire, que de lui faire plier les genoux. Sorti vainqueur de la mêlée, pourra-t-il reconstruire une unité, non pas de la gauche, mais de son propre parti ? Encore une fois, il y a fort à parier que l'électeur de gauche aura le choix entre quatre gauchistes, un écologiste, un radical-socialiste et le représentant du PS : le ridicule achèverait de tuer la gauche, si la gauche existait.

La démarche d'Emmanuel Macron se présente à beaucoup comme une solution de rechange. Lui ne veut pas être "de gauche" non plus que "de droite". Il juge que désormais cette polarité gauche/droite n'a plus de sens ; qu'il importe de rassembler les "progressistes" de tous les bords, pour adapter la société française à son temps. Le phénomène n'en est qu'à ses débuts ; il fera peut-être long feu ; ou il connaîtra un élan, au risque de rendre un peu plus fantomatique "la" gauche . Après la chute du PCF, viendra donc celle du PS ?

Méfions-nous des avis de décès avant terme. L'histoire du parti socialiste est ponctuée de crises. On le donnait moribond en 1958 (scission due à la guerre d'Algérie et au retour de De Gaulle au pouvoir), en 1969 (quand Gaston Defferre obtint péniblement un peu plus de 5 % à la présidentielle) ; il était au bord de l'abîme en 1993 (désastre électoral aux législatives)... À chaque fois, et parfois assez vite, le parti a repris force. Mais ses divisions persistaient, entre des individus, entre des doctrines, entre des courants. Quand Hollande devint premier secrétaire, il déploya un art de la synthèse qui, à chaque congrès, permettait de sauver les apparences grâce à des motions chèvre-chou. Cet art, il n'a pas pu en faire preuve au pouvoir, car il avait alors à trancher pour gouverner.

Si je ne crois pas à la fin annoncée du parti socialiste, je pense, en revanche, que pour se redresser il aura à faire peau neuve. Les anciens frondeurs, les nostalgiques du congrès d'Épinay, les pseudo-marxistes, ceux qui ont fait chuter Hollande devraient, d'eux-mêmes, quitter le parti et s'inscrire sous le drapeau de Mélenchon où ils seraient mieux à leur place. "La" gauche n'en existerait pas pour autant, mais, du moins, les choses seraient plus claires. À cela j'ajouterai ce que j'écrivais déjà en 2006, que pour retrouver sa cohérence et son audience, "il faudra sans doute à la tête du parti socialiste une forte personnalité, respectée et écoutée, portant les espoirs du parti au lieu de la médiocre concurrence actuelle des présidentiables qui pousse aux compromissions, aux discours doubles, aux tractations de couloir, au détriment de la clarté des objectifs." (La Gauche en France, "Tempus"). Tel Diogène, sa lanterne à la main, on cherche "un homme".

Michel Winock

mardi, 06 décembre 2016

@manuelvalls candidat à la Présidentielle #RienNestEcrit

dimanche, 04 décembre 2016

L'opposition socialiste la plus bête du monde.

L'opposition municipale socialiste s'est enfin réveillée ! En léthargie depuis 2014, nous étions à jeun d'entendre quelque prise de position que ce soit. Certes il y a Couquet pour le PC qui nous amuse régulièrement mais bon, tout cela n'est pas très sérieux. Voilà qu'aujourd'hui, on découvre avec ravissement un communiqué d'un des 3 élus socialistes. Enfin !!

Il est vrai que Ménard, triste sire, s'est une nouvelle fois surpassé : le communiqué de la ville de Béziers dépasse l'entendement :

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Si l'on y ajoute les commentaires nauséabonds de ses supporters, on touche à l'injure publique et à l'incitation à la haine raciale :

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On se précipite donc avec avidité sur la violente charge de Dolorés Roqué contre...Elie Aboud !!

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Certes ce dernier ne l'a pas volé, mais il y a tout de même une différence de nature entre les positions politiques du député de droite, et les propos abjects de l'édile de Béziers et de ses sinistres soutiens.

On se retrouve comme en 2014, quand Duplaa et consorts ont pilonné avec une constance remarquable la droite républicaine, épargnant soigneusement une extrême droite pourtant conquérante. Il faut croire qu'une partie de la gauche biterroise n'a rien compris, n'a rien appris.

 

@manuelvalls porte les valeurs de la gauche et de la #Republique

Je salue la décision courageuse de François Hollande. Il faut désormais laisser du temps au temps pour que l'Histoire juge son action. 

Je soutiens avec enthousiasme mon ami Manuel Valls , porteur aujourd'hui des valeurs de la gauche et de la République . Militant ensemble depuis nos jeunes années aux côtés de Michel Rocard,  il sait pouvoir compter sur mon total engagement .L'ayant toujours connu déterminé , pugnace, je suis convaincue qu'il est le seul à  porter   "le sursaut collectif qui engage tous les progressistes " voulu par le Président de la République . Manuel Valls est le seul à pouvoir mener un combat victorieux contre la droite et l’extrême droite face à laquelle il n'a jamais transigé

Karine Chevalier

samedi, 03 décembre 2016

Le choix de @fhollande est "un choix qui force le respect" @manuelvalls


Valls sur le renoncement d'Hollande: "Un choix... par LEXPRESS

jeudi, 01 décembre 2016

@fhollande : "J’ai décidé de ne pas être candidat à l’élection présidentielle"

Mes chers compatriotes,

Je m’adresse à vous ce soir pour vous faire connaître la décision que j’ai prise, dans la perspective de la prochaine élection présidentielle.

Depuis mai 2012, c’est-à-dire la date à partir de laquelle je suis devenu Président de la République, j’ai agi avec les gouvernements de Jean-Marc AYRAULT et de Manuel VALLS pour redresser la France et la rendre plus juste.

Aujourd’hui, au moment où je m’exprime, les comptes publics sont assainis, la Sécurité sociale est à l’équilibre et la dette du pays a été préservée.

J’ai également voulu que notre modèle social puisse être conforté parce que c’est notre bien commun. Je l’ai même élargi pour permettre à ces travailleurs qui avaient commencé très tôt leur vie professionnelle de partir plus précocement à la retraite. J’ai fait en sorte qu’à chacune et à chacun, puisse être accordée une complémentaire santé.

Dans ce contexte, j’ai aussi voulu placer la France au premier rang. Au premier rang de la lutte contre le réchauffement climatique et c’est à Paris, oui, à Paris, que l’accord historique a pu être signé et qui a engagé le monde entier.

J’ai voulu aussi que l’école dispose des moyens indispensables, ceux-là même qui lui avaient été ôtés dans la période précédente parce que l’école, c’est le pilier de la République.

J’ai fait avancer les libertés : le mariage a été ouvert à tous les couples, l’égalité entre les femmes et les hommes a été renforcée et la lutte contre les discriminations, celles qui blessent, a été amplifiée.

J’ai également modernisé notre démocratie avec la réforme territoriale, celle dont on parlait régulièrement et qui n’était jamais faite, avec la fin du cumul des mandats et avec également la transparence que j’ai imposée à tous les élus, à commencer par moi-même, pour être dans l’exemplarité.

Mais l’engagement majeur que j’avais pris devant vous, c’était de faire baisser le chômage. J’y ai consacré, avec les gouvernements, toute mon énergie, j’ai pris tous les risques : j’ai allégé les charges des entreprises parce que c’est la condition pour qu’il y ait davantage d’emplois. J’ai également aidé les embauches, j’ai fait en sorte que la formation professionnelle puisse être une grande priorité, j’ai aussi soutenu l’innovation et l’industrie de demain et j’ai pris la responsabilité de réformer le marché du travail.

Les résultats arrivent plus tard que je ne les avais annoncés, j’en conviens, mais ils sont là : l’investissement, la consommation, la construction repartent et depuis le début de l’année, le chômage enfin diminue mais il reste à un niveau trop élevé et je mesure ce que cette situation peut avoir d’insupportable pour nos concitoyens qui vivent dans la précarité.

Mes chers compatriotes, le monde, l’Europe, la France ont traversé pendant tout mon mandat des épreuves particulièrement graves. J’ai engagé nos forces armées au Mali, en Centrafrique, en Irak, en Syrie pour défendre nos valeurs et pour combattre le terrorisme islamiste qui nous avait frappés et qui nous menace encore − frappés à Paris, à Saint-Denis, à Nice et dans tant d’autres lieux ensanglantés

Dans ces circonstances particulièrement éprouvantes, terribles même, j’ai voulu que soit maintenue la cohésion nationale, que nous puissions éviter les divisions, les surenchères, les stigmatisations et donc les amalgames.

Mais en même temps nous avons tenu bon et j’ai pris les mesures qui étaient nécessaires. Notre arsenal pénal a été durci sans mettre en cause à aucun moment nos libertés. J’ai également procédé à des recrutements massifs dans nos armées, dans la Gendarmerie, dans la Police parce que nous en avons besoin et qu’il y a encore beaucoup à faire. Sur les réfugiés j’ai tenu à ce que la France puisse prendre sa part parce que nous sommes la France, dans l’accueil de ceux qui fuyaient la guerre et qu’en même temps nous puissions toujours maîtriser nos frontières. Sur tous ces sujets, je n’ai qu’un seul regret, et je veux ici l’exprimer : c’est d’avoir proposé la déchéance de nationalité parce que je pensais qu’elle pouvait nous unir alors qu’elle nous a divisés.

Au niveau européen, j’ai agi en votre nom pour que l’austérité puisse être enfin terminée pour beaucoup de peuples et j’ai fait en sorte que la Grèce puisse rester dans la zone euro parce que sinon elle aurait éclaté cette zone euro, tellement elle était traversée de tensions et de crises. J’ai également régulé la finance, oui la finance, et le système bancaire, parce que ce que j’avais trouvé en 2012 était source de tous les risques.

Voilà ce que j’ai fait. Voilà ce que j’assume devant vous en revendiquant les avancées, en reconnaissant les retards et même en admettant certaines erreurs parce que je porte un bilan et j’en assume toute la responsabilité.

Dans cinq mois, vous aurez, mes chers compatriotes, à faire un choix pour notre pays. La droite vient de désigner son candidat après une large consultation. Je respecte la personne, le parcours de François FILLON, mais j’estime que le projet qu’il porte met en cause notre modèle social et nos services publics sans aucun bénéfice, au contraire, pour notre économie et avec un risque d’aggravation des inégalités.

Quant à l’extrême droite, elle nous appelle au repli, à la sortie de l’Europe et du monde. Elle prend comme référence ce qui vient de se produire aux Etats-Unis. Je vous le dis nettement, franchement : le plus grand danger, c’est le protectionnisme, c’est l’enfermement et ce serait d’abord un désastre pour les travailleurs français. Or, comme Président de la République, je tiens d’abord à ce que le travail en France puisse être soutenu et valorisé.

Plus que quiconque, mes chers compatriotes, je mesure l’enjeu de la période qui s’ouvre. Comme Président de la République, je dois diriger l’Etat, j’ai la responsabilité d’assurer le fonctionnement régulier de nos institutions jusqu’au terme de mon mandat et dans un contexte où la menace terroriste n’a jamais été aussi élevée.

Comme socialiste, parce que c’est l’engagement de toute ma vie, je ne peux accepter, je ne peux me résoudre même à la dispersion de la gauche, à son éclatement, parce qu’elle priverait de tout espoir de l’emporter face au conservatisme et pire encore, face à l’extrémisme.

Pour ma part, je ne suis animé que par l’intérêt supérieur du pays. Le pays, depuis plus de quatre ans et demi, je l’ai servi avec sincérité, avec honnêteté. L’expérience m’a apporté l’humilité qui est indispensable à l’action publique.

Face aux épreuves, j’ai pu avoir une capacité inépuisable de résistance devant l’adversité. Mais le pouvoir, l’exercice du pouvoir, les lieux du pouvoir et les rites du pouvoir ne m’ont jamais fait perdre ma lucidité, ni sur moi-même, ni sur la situation, car je dois agir. Aujourd’hui, je suis conscient des risques que ferait courir une démarche, la mienne, qui ne rassemblerait pas largement autour d’elle.

Aussi, j’ai décidé de ne pas être candidat à l’élection présidentielle, au renouvellement donc de mon mandat.

Je tenais ici à vous en faire part directement, comme je m’y étais engagé, au début du mois de décembre, tel que je l’avais moi-même annoncé. Je le fais en prenant toute ma responsabilité mais aussi en en appelant à un sursaut collectif et qui engage tous les progressistes qui doivent s’unir dans ces circonstances parce que ce qui est en cause, ce n’est pas une personne, c’est l’avenir du pays. Je ne veux pas que la France soit exposée à des aventures qui seraient coûteuses et même dangereuses pour son unité, pour sa cohésion, pour ses équilibres sociaux.

Voilà le message que j’étais venu ici vous adresser. Dans les mois qui viennent, mon devoir, mon seul devoir sera de continuer à diriger le pays, celui que vous m’avez confié en 2012, en m’y consacrant pleinement et dans le dévouement le plus total à la République.

Vive la République et vive la France

lundi, 21 novembre 2016

Béziers: une candidate inéligible?

Décidèment le PS est bien mal en point à Béziers. La présentation par Midi-Libre du duo investi pour les législatives ne laisse guère de doute:

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Cette circonscription étant féminisée, le premier fédéral poussait sa favorite, Dolorès Roqué, désormais seule élue socialiste du Biterrois. Celle-ci ayant décliné l'offre, les regards se tournaient alors vers Karine Chevalier, l'ex conseillère régionale, qui avait vu l'investiture lui échapper par des manoeuvres d'appareil en 2012. Mais l'inimitié bien connue entre elle et le premier fédéral constituait un obstacle, Karine Chevalier ne sollicitait donc pas cette investiture. De son coté, Hussein Bourgi poussait une nouvelle candidature, celle de la secrétaire de section de Vendres, Dominique Fouilhé. Peu connue, elle n'est pas élue et pour cause: elle est directrice au conseil départemental, quelques clics sur internet suffisent à découvrir sa fonction:

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Un détail? Presque, sauf que sa fonction la rend inéligible, l'article LO132 du code électoral est tout à fait explicite:

Sont inéligibles en France dans toute circonscription comprise en tout ou partie dans le ressort dans lequel ils exercent ou ont exercé leurs fonctions depuis moins d'un an à la date du scrutin les titulaires des fonctions suivantes :...

20° Les directeurs généraux, directeurs généraux adjoints, directeurs, directeurs adjoints et chefs de service du conseil régional, de la collectivité territoriale de Corse, du conseil départemental, des communes de plus de 20 000 habitants, des communautés de communes de plus de 20 000 habitants, des communautés d'agglomération, des communautés urbaines et des métropoles ;

Or l'inéligibilité, contrairement à l'incompatibilité, ne permet pas de se présenter. En clair, la fédération n'a plus qu'à rechercher une nouvelle candidate, sauf à persister dans la méconnaissance du code électoral, ce qui est pour le moins inquiétant.

A force de faire le vide, c'est le vertige qui menace.

 

mardi, 15 novembre 2016

Nous, Européens, vaincrons, le terrorisme islamiste @manuelvalls #13Novembre2015

Le soir du 13 novembre 2015, le terrorisme islamiste frappait la France, à Saint-Denis et à Paris, comme jamais elle ne l’avait été.

Après les attaques sanglantes et ciblées de janvier contre Charlie Hebdo, contre des policiers à Paris et Montrouge, contre le magasin casher de la Porte de Vincennes, les terroristes ont cette fois voulu tuer indistinctement, et le plus grand nombre. Leur but : saisir d’effroi la société dans son ensemble, en s’en prenant à notre jeunesse, à notre mode de vie. A ce moment, en France, et dans les pays d’Europe, nous avons compris que le djihadisme, ce nouveau totalitarisme, pouvait faire irruption n’importe où et n’importe quand.

Et il a frappé à nouveau lourdement, à Bruxelles, en mars 2016, puis à Nice, le 14 juillet dernier, jour de notre Fête nationale.

Pas un jour ne passe sans que je ne pense aux 130 victimes du 13 novembre, aux centaines de blessés, à toutes les autres victimes du terrorisme, à leurs familles. Demain, jour de commémorations, c’est d’abord vers elles que nous nous tournerons, pour les entourer de toute notre compassion, de toute notre fraternité. Demain, la France, unie dans le souvenir, se recueillera.

Cette unité, nous en avons plus que jamais besoin, car nous sommes entrés dans une nouvelle époque et sortis d’une période d’insouciance. Déjà, en 2012, alors ministre de l’Intérieur, j’avais alerté sur ce phénomène du djihadisme, voyant bien qu’il serait le défi majeur de notre temps.

La menace est bien là, pesante, permanente. Elle est intérieure et extérieure, se joue des frontières. Des individus – hommes, femmes, parfois mineurs – radicalisés, embrigadés, connaissant les techniques de combat – parce qu’ils reviennent des zones de guerre d’Irak et de Syrie – sont prêts à passer à l’acte. Rien que pour la France, près de 1700 individus ont quitté le territoire national pour rejoindre les terres djihadistes, au Levant. 700 y sont encore. Ce phénomène massif des filières terroristes concerne, à des degrés différents, tous les pays d’Europe. Nous l’avons encore vu récemment en Allemagne. La menace, ce sont aussi toutes celles et ceux qui, dans nos pays, se forment sur Internet et les réseaux sociaux aux techniques de mort les plus rudimentaires.

Face à cela, nous, Européens, devons plus encore nous prendre en main pour garantir notre sécurité. Et ce d’autant que les Etats-Unis s’impliquent de moins en moins dans les affaires du monde. L’Europe ne peut plus se dédouaner et se réfugier derrière son allié américain.

Nous prendre en main, c’est d’abord mieux protéger les frontières extérieures de l’Union avec des contrôles systématiques et obligatoires, y compris pour les ressortissants européens. Une agence des gardes-frontières et des gardes-côtes, mobilisant au moins 1500 personnes, a enfin été créée, avec la mission d’intervenir en renfort lorsqu’un Etat ne peut protéger seul ses frontières, notamment en cas d’afflux massifs de migrants dans lesquels, il faut le dire sans naïveté, des terroristes peuvent se glisser.

Les flux au sein de l’Union européenne doivent eux aussi être encadrés strictement. Qu’il s’agisse des individus – c’est le sens du dispositif Passenger Name Record (PNR), qui permet de tracer les déplacements, y compris sur les vols en Europe. Qu’il s’agisse, également, des capitaux ; car lutter contre le terrorisme, c’est lutter aussi contre tous les flux financiers illégaux qui l’alimentent. Qu’il s’agisse, enfin, des armes à feu, d’où l’importance de la directive visant à lutter contre les trafics.

Sur tous ces sujets, des progrès ont été réalisés, souvent à l’initiative de la France. Il faut aller plus loin en nous dotant, comme les Etats-Unis l’ont fait, d’un système européen d'autorisation de voyager (ESTA) pour effectuer tous les contrôles de sécurité en amont des voyages.

Se prendre en main, c’est aussi bâtir une armée européenne, des forces mobilisables immédiatement, avec une totale autonomie stratégique. C’est le sens du fonds européen dédié à la défense et à la sécurité, que la Commission va proposer prochainement. Et chaque pays doit augmenter son effort de défense en y consacrant au moins 2% de son PIB. Cette cible n’est pas un totem, c’est la condition pour faire face à tous les types de menaces et peser dans le concert des Nations.

En matière de Défense, il ne peut plus y avoir de « passager clandestin ». Nous sommes tous sur le même navire ! La France assume aujourd’hui une grosse part de l’effort, pour frapper Daesh dans ses bastions, en Irak et en Syrie, et combattre les groupes djihadistes en Afrique. Elle ne peut pas être la seule.

Il y a l’Europe. Il y a aussi ce que chaque pays doit faire à son niveau. En y mettant les moyens et les effectifs nécessaires. En adaptant ses textes de loi. C’est ce que nous avons fait en France. En développant, aussi, une nouvelle culture de sécurité, de nouveaux réflexes, pour intégrer pleinement la menace dans nos vies quotidiennes. Chaque citoyen doit devenir acteur de la sécurité, en étant formé aux premiers secours, en étant sensibilisé à l’attitude à adopter en cas d’attentat ou en consacrant une partie de son temps libre au service des forces de sécurité et de défense. C’est ce que nous mettons en place en France, avec un réel engouement – dont je me réjouis – de la part de mes compatriotes.

Chaque pays doit aussi coopérer pleinement en matière de lutte antiterroriste. Pas seulement par des déclarations de principe, mais par des actes, au-delà de ce qui existe déjà. Je pense notamment au « Système d’information Schengen » qui doit être mieux alimenté pour détecter et anticiper les déplacements des individus radicalisés. Toutes les polices européennes doivent avoir accès à ces informations.

Chaque pays doit enfin assécher le terreau sur lequel le terrorisme prospère, c’est-à-dire lutter avec la plus grande force contre le poison salafiste, ce carburant de la radicalisation.

Il faut partir d’un constat lucide : s’il y a un souvent un lien entre basculement dans le terrorisme et délinquance, les profils de milliers d’individus radicalisés sont très larges. Il n’y a pas, contrairement aux clichés, que des jeunes musulmans issus de l’immigration et résidant dans les quartiers populaires. On sait notamment que la proportion de jeunes convertis est importante. Il faut, en s’appuyant sur les experts, les universitaires, étudier ces phénomènes de radicalisation, en décortiquer tous les mécanismes, pour mieux les combattre.

Ce combat contre la radicalisation se mène sur Internet, contre les prêcheurs de haine, les imams auto-proclamés qui, dans de soi-disant lieux de culte, ou en prison, corrompent les esprits. C’est le rôle des pouvoirs publics. Mais il ne suffit pas d’interdire, il faut aussi contrer ces théories mortifères. Les instances musulmanes dans chacun de nos pays ont un immense rôle à jouer. Je ne veux pas une Europe où les musulmans sont montrés du doigt, victimes de tous les amalgames. Je veux une Europe où un Islam moderne, compatible avec nos valeurs démocratiques, brille aux yeux du monde. Quel revers cinglant pour l’islamisme politique qui veut nous diviser, nous jeter les uns contre les autres, en exploitant les failles qui existent.

Nos sociétés sont, en effet, travaillées par des tentations de rejet, d’enfermement dans des projets de contre-société, de rupture violente avec ce qui fait notre vie collective. Cette radicalité séduit de plus en plus, notamment nos jeunesses – c’est le grand défi de l’Europe. Face à cela, il faut bâtir un contre-discours puissant et mobilisateur, offrir de nouvelles possibilités d’engagement, rappeler en permanence ce qui nous unit. Il faut surtout continuer à lutter sans relâche contre le racisme, l’antisémitisme, les actes anti-musulmans ou anti-chrétiens, contre toutes les formes de haine et contre les discriminations.

Un an après le 13 novembre, je mesure les interrogations qui traversent nos sociétés. Elles sont inquiètes. Nous leur devons la vérité. Oui, le terrorisme nous frappera encore. Mais, oui, nous avons en nous toutes les ressources pour résister et toute la force pour vaincre. Nous, Européens, vaincrons, le terrorisme islamiste.

 
 
Manuel Valls
 

samedi, 12 novembre 2016

Ecole:sortons des faux débats

Le débat télévisé qui devait vous permettre d'exposer vos projets pour l'école a sacrifié le thème de l'éducation : c'est regrettable. Sur ce sujet plus encore que sur tous les autres, les Français ont droit à un débat de fond qui dépasse la surenchère démagogique sur l'autorité et les mensonges sur les réformes de ce quinquennat. L'école de la République mérite mieux que d'être l'éternelle victime des alternances politiques. Sommes-nous capables de nous mettre d'accord sur l'essentiel, et de lui garantir une politique publique stable dans la durée, ainsi que le préconise depuis si longtemps l'ensemble de la communauté éducative de notre pays ?

Si nous voulons bien admettre qu'il faut des enseignants devant les élèves dans les salles de classe, la question de leur recrutement se pose. Or, s'il est une orientation qui recueille votre assentiment enthousiaste et unanime, c'est la purge sans précédent à laquelle vous souhaitez soumettre les moyens que la Nation consacre à son école. Sur la durée du prochain quinquennat, Bruno Le  Maire et François Fillon entendent supprimer 500 000  postes de fonctionnaires, Nicolas Sarkozy 300 000 et Alain Juppé entre 200 000  et 250 000. Jean-François Copé propose un gel total des embauches et Nathalie Kosciusko-Morizet la suppression du statut de fonctionnaire pour tous les emplois " non régaliens ", dont les enseignants.

Si les effectifs consacrés à la sécurité et à la justice sont épargnés, c'est donc au bas mot 100 000  emplois que vous envisagez de supprimer dans l'éducation nationale. Bien plus que les 80 000  postes détruits entre 2007 et 2012. Alors que ce ministère compte environ 20 000  départs à la retraite par an, votre proposition signifie donc au minimum n'en remplacer aucun et fermer, faute de postes, les concours auxquels se destinent des milliers de jeunes qui se préparent à enseigner. Avec 100 000 fonctionnaires en moins, l'idée même de remplacer un professeur absent devient une chimère, l'abandon des écoles rurales une évidence, et l'explosion des effectifs en classe une certitude, au moment même où la démographie scolaire remontera dans le 2d degré.

 

Vous voulez faire des économies sur l'éducation ? Assumez alors ce qu'un tel saccage signifie demain pour les élèves, les familles, les enseignants. Assumez l'apparition de déserts éducatifs dans les territoires fragiles, urbains ou ruraux et la fin de toute ambition républicaine pour transmettre aux enfants de France une identité commune. Assumez, enfin, que tous ces adultes en moins dans les salles de classe et les cours de récréation, ce n'est pas vraiment l'idéal pour " rétablir l'autorité ".

Pour échapper à ce devoir de transparence dans vos engagements, vous évoquez les comparaisons internationales. Mais que montrent-elles ? Que la performance de notre système éducatif n'a cessé de se dégrader depuis 2003, et que le poids des déterminismes sociaux sur la réussite des élèves français, lui, n'a cessé d'augmenter sur la même période. Quand d'autres pays, dont l'Allemagne, réagissaient très tôt pour lutter contre ces inégalités de réussite, vous engagiez la France dans une décennie de déclin éducatif que les efforts historiques consentis au cours de ces cinq dernières années ne suffiront à enrayer que s'ils sont soutenus sur le long terme.

Au lieu de cela, vous proposez le tri précoce des élèves, toujours les mêmes. Dès le CP pour Nicolas Sarkozy, en créant des classes spéciales où reléguer les élèves en difficulté. En orientant dès la 6e vers une professionnalisation rapide pour Bruno Le Maire. Ou en développant l'apprentissage précoce à 15 ans, avant la fin de la scolarité obligatoire pour François Fillon. Comme si la démocratisation scolaire était allée trop loin. Comme si l'orientation subie et imposée n'était pas la source des frustrations et de l'échec. Comme si la relégation scolaire des élèves en difficulté permettait la revalorisation de la filière professionnelle que chacun appelle par ailleurs de ses vœux. L'école du libre choix, progressif, accompagné, réversible a déjà permis, elle, de diminuer de 30 000 en cinq ans le nombre de jeunes sortant sans qualification ? N'est-ce pas préférable ?

La priorité au primaire dites-vous ? Aux fondamentaux ? Alors pourquoi proposer, comme vous le faites, de supprimer la cinquième matinée de classe dont bénéficient les écoliers depuis la réforme des rythmes scolaires ? Pour revenir à un nombre de jours d'école parmi les plus faible des pays de l'OCDE ? Pourquoi vouloir mettre fin au " plus de maîtres que de classes " qui fait des merveilles sur le terrain pour compenser, dès qu'elles apparaissent, les difficultés scolaires ? Est-ce ainsi que nos enfants maîtriseront mieux ce précieux lire-écrire-compter qui nous tient tant à cœur ? Est-ce en sacrifiant à nouveau la scolarisation des moins de 3 ans, que vous avez déjà divisée par trois quand vous étiez aux responsabilités que nous réduirons les inégalités dans l'apprentissage du français ? Où est la cohérence à reconduire ce qui a échoué dans le passé ?

 

L'école de la République, ses enseignants, ses élèves, nos enfants, à tous, méritent mieux que le grand bond en arrière que vous leur promettez. Regardons devant nous, avec un autre état d'esprit que le clivage permanent.

Parce que la réforme du système éducatif ne produit ses effets qu'à l'échelle d'une génération d'élèves, il nous faut de la continuité républicaine dans les politiques publiques qui sont conduites.

Parce que le sens d'une politique éducative, c'est évidemment son niveau de performance sur le niveau des élèves et leur future insertion professionnelle, mais c'est aussi sa capacité à construire des citoyens confiants, des adultes heureux, libres, entreprenants et créatifs, nous devons débattre des questions de pédagogie, de transmission des savoirs et des valeurs.

Parce que nous vivons une époque mondialisée, numérisée, qui connaît des mutations économiques, technologiques, sociales, environnementales et culturelles plus rapides et profondes que jamais dans l'histoire, nous devons débattre maintenant de la place des langues vivantes, de l'apprentissage du code, des arts, ainsi que du numérique et de l'innovation à l'école.

Parce que personne ne sait aujourd'hui quels seront les métiers, emplois et compétences de demain, nous devons débattre de notre politique publique d'orientation, mais aussi de la reconsidération des filières techniques et professionnelles pour élever le niveau de qualification de tous nos élèves et élargir tous les viviers de l'excellence.

Parce que la société française traverse une crise grave, longue et profonde, qui remet en question sa démocratie, ses institutions, son modèle social, son rapport à l'immigration ou aux religions, nous devons débattre de la place de l'école de la République pour faire en sorte que nous réaffirmions, tous ensemble, la confiance que nous avons en elle, dans son personnel et les enseignants qui, malgré les difficultés, ont toujours répondu présent, et continuent de le faire avec compétence, engagement et courage en cette rentrée scolaire.

Ainsi, peut-être, je le souhaite et je l'espère, nous sortirons des faux débats, des polémiques minuscules ou des considérations grotesques sur les vertus comparées de la tablette numérique et de l'uniforme pour enfin aborder les vrais enjeux de l'école au XXIe  siècle.

Najat Vallaud-Belkacem

mardi, 08 novembre 2016

#Hollande en solitaire

A priori, rien de nouveau : si François Hollande décide de ne pas se porter candidat à  l'élection présidentielle, Manuel Valls apparaît le mieux placé. C'est ce que pense le chef de l'Etat, ce que croient ses fidèles et ce qu'a publiquement déclaré le ministre de la défense, dimanche 6  novembre, au micro d'Europe 1.

Et pourtant les propos de Jean-Yves Le Drian jettent le trouble, comme si un ressort avait cassé et que lui-même, qui accompagne François Hollande depuis le milieu des années 1980, ne souhaitait pas que son ami se représente.

Un indice ? Il reste à peine un mois au président de la République pour indiquer son choix aux Français. Or, pas plus que les élus, pas plus que le premier secrétaire du Parti socialiste, Jean-Christophe Cambadélis, pas plus que le premier ministre, Jean-Yves Le Drian ne fait monter le désir ni n'invoque un argument qui rendrait désirable ou irréfutable la candidature de François Hollande.

Cruelle désillusion

" Quand on voit la manière dont la gauche ressemble à une bombe à fragmentation… Il faut une boussole. Est-ce que la boussole sera le président de la République sortant ? C'est à lui de le dire ", a-t-il déclaré, laissant l'intéressé seul juge de sa décision.

Quelle solitude ! Et ce n'est pas la première fois qu'un très proche du chef de l'Etat exprime ainsi un doute. Récemment, sur France Info, le ministre de l'économie et des finances, Michel Sapin, avait lui aussi désigné Manuel Valls comme candidat de substitution si François Hollande déclarait forfait en invoquant " la légitimité institutionnelle du chef du gouvernement, deuxième personnage de l'Etat, pour rassembler la gauche ".

Le 21  octobre, dans Marianne, l'avocat Jean-Pierre Mignard, un autre intime du président, s'était montré encore plus direct en déclarant : " A titre personnel, et amical, je souhaite qu'il s'évite une humiliation. " Des mots forts pour exprimer une cruelle désillusion sur la façon dont le " président normal " a exercé le pouvoir. Jean-Pierre Mignard n'a pas digéré que, devant des journalistes, le chef de l'Etat ait pu disserter sur la " lâcheté des magistrats ".

Jean-Yves Le Drian, chargé de " la Grande Muette ", supporte mal de devoir voler au secours de François Hollande, accusé de " forfaiture " par Nicolas Sarkozy après que le chef de l'Etat eut, devant les mêmes journalistes, reconnu avoir autorisé quatre opérations dites " Homo " (assassinats ciblés contre des ennemis).

Donc, quand le ministre de la défense vante " la compétence, le courage, la volonté, la détermination " du premier ministre, alors qu'il n'a pas eu un mot de soutien pour le président, on a du mal à croire qu'il ne pousse pas en fait Manuel Valls vers l'Elysée, comme il l'avait, à la fin de l'hiver 2014, mis sur orbite pour Matignon. A l'époque, il s'agissait d'aider François Hollande à être président. Cette fois, il s'agit de lui éviter le naufrage.

par Françoise fressoz

jeudi, 27 octobre 2016

François Mitterrand, retour sur 2 septennats

mardi, 25 octobre 2016

François Hollande, à ses risques et périls

François Hollande est décidément un animal politique très singulier. A la fin de l’été, déjà, les Conversations privées avec le président, d’Antonin André et Karim Rissouli (Albin Michel), puis le « Ça n’a aucun sens », d’Elsa Freyssenet (Plon), avaient surpris : ces deux ouvrages de journalistes esquissaient la chronique du mandat en cours à partir de nombreuses rencontres avec le président de la République.

Gérard Davet et Fabrice Lhomme, deux confrères du Monde, ont poussé l’exercice beaucoup plus loin : les 660 pages de leur volumineux « Un président ne devrait pas dire ça… » (Stock), revisitent la plupart des événements qui ont marqué ce quinquennat et le font avec l’entière complicité du chef de l’Etat qui a reçu les deux auteurs une soixantaine de fois depuis le printemps 2012 jusqu’à l’été 2016, soit une centaine d’heures de conversations enregistrées.

Il s’agissait donc d’une entreprise délibérée, parfaitement assumée, ritualisée en quelque sorte. Qu’il pleuve ou qu’il grêle, et il n’a pas manqué de grêler depuis son entrée à l’Elysée, François Hollande a maintenu cette « séance » mensuelle d’entretien avec les deux journalistes.

Le résultat est saisissant, à plus d’un titre. C’est peu dire que cette avalanche de confidences, d’analyses et de commentaires délivrés par le président a jeté le trouble. D’abord, c’est inévitable, chez tous ceux – ministres, responsables politiques, collaborateurs – qui se trouvent bien souvent épinglés comme des papillons, au fil des événements auxquels ils ont participé et que décortique le chef de l’Etat.

Aucun d’entre eux ne pouvait ignorer que son amabilité naturelle et son humour n’effacent, en rien, un regard d’entomologiste, auscultant froidement les fonctionnements, les forces et les faiblesses des uns et des autres. Mais le constater, écrit noir sur blanc, entre guillemets et à ses dépens, est une expérience qui peut être cruelle, voire humiliante

Au-delà de ces blessures d’amour-propre, et l’on emploie l’expression dans son sens le plus dense, le trouble, à l’évidence, est beaucoup plus large, plus profond.

Pour l’observateur de la scène politique, l’analyse clinique de son action par le président de la République, au plus près de son déroulement, des obstacles rencontrés, des solutions échafaudées, des replis, des embardées, des erreurs, des réussites, du hasard et de la nécessité, est passionnante. Pourquoi le cacher ! Les mémoires des hommes politiques s’efforcent, a posteriori, de donner à l’histoire une cohérence gratifiante. François Hollande se livre, lui, à cet exercice à chaud, et sans filet.

Mais l’on peut facilement imaginer la perception qu’en auront bon nombre de lecteurs. Derrière cette volonté inlassable de s’expliquer et de plaider sa cause, l’aveu au moins implicite qu’il n’a pas su convaincre le pays. Derrière cette introspection de son pouvoir – et, tout autant, des accidents de parcours de sa vie privée dont il n’a pu empêcher la publicité –, une forme de narcissisme aux antipodes de la gravité, du secret même, dont les Français continuent à vouloir entourer la fonction. Derrière ces entretiens incessants avec les journalistes, une étrange solitude dont il ne se cache pas.

Les dégâts ont d’ailleurs été immédiats. Il y a peu, beaucoup, dans son camp, admettaient bon gré mal gré qu’il brigue un second mandat ; désormais, ils se posent la question de savoir si c’est encore possible et souhaitable.

De là à penser que ce livre serait une entreprise suicidaire, il n’y a qu’un pas souvent franchi ces derniers jours. A tort, nous semble-t-il. Car l’on ne connaît guère de responsable politique moins anxieux que lui, plus imperméable à l’adversité, plus assuré de sa bonne étoile.

Tout sauf suicidaire, donc. Pas davantage naïf, cela se saurait. Quand il s’inquiète, au cours de sa dernière conversation avec les auteurs, que son témoignage « puisse être exploité négativement », gageons que cela relève de la pirouette finale.

 

Il a donc pris ce risque, délibérément. Pourquoi ? La question intrigue, même si l’on est réduit aux conjectures – ou à la psychologie de comptoir ! La postérité ? Probablement. L’on sait François Hollande très soucieux de la trace qu’il laissera dans l’histoire, très attaché à mettre en valeur les quelques choix, gestes ou réformes qui signent une présidence. Après tout, en la matière, on n’est jamais si bien servi que par soi-même. Si Davet et Lhomme ont été à l’initiative, le président les a ensuite choisis comme mémorialistes.

La rationalité est une autre piste. Contre une perception dangereuse où tout ne serait que cynisme, manipulation, instrumentalisation ou complot, le professeur Hollande aurait voulu affirmer, preuves à l’appui, sa conception de la politique : un exercice rationnel, presque un art à ses yeux, où se conjuguent une capacité tenace d’arbitrage entre des contraintes, un plaisir véritable à surmonter les obstacles et un souci de l’efficacité sans cesse invoquée… sinon démontrée durant son mandat.

La liberté, enfin, qui est sans doute l’essentiel. Comme chez François Mitterrand, sa référence permanente, son seul modèle. Le hasard veut qu’aient été publiés, au même moment, le journal et la correspondance de Mitterrand adressés à sa compagne Anne Pingeot.

Or, au-delà de tout le reste, de la chronique d’une époque, du récit d’une passion, ces deux textes témoignent de l’extraordinaire détermination de l’ancien président à s’affranchir de toute contrainte, à imposer ses choix privés autant que publics, à affirmer son indépendance – jusqu’à la provocation ou la désinvolture. A sa manière, à son échelle, François Hollande a pris la liberté de dire sa vérité. Quoiqu’il lui en coûte. Quoiqu’il en coûte à autrui. A ses risques et périls.

 

 

 

 


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lundi, 24 octobre 2016

Requiem pour la gauche ?

Il y avait quelque chose d'assez désespéré dans l'appel au rassemblement lancé samedi 22  octobre, à Tours, par Manuel Valls à " Arnaud, Emmanuel, Benoît et Aurélie ", au terme de cette semaine tragique où les socialistes ont douté du chef de l'Etat.

On se demande bien en effet ce qui pourrait pousser vers le bercail les brebis égarées. L'une après l'autre, elles ont quitté le gouvernement au motif que François Hollande avait trahi ses engagements, que Manuel Valls était trop droitier ou que les deux n'avaient pas voulu voir le monde tel qu'il est.

La peur de perdre qui, d'ordinaire, pousse à serrer les rangs, ne jouera pas cette fois car, c'est terrible à dire, tout le monde, à gauche, a déjà intégré la défaite. L'humiliation de voir le candidat issu des rangs socialistes risquer de ne pas figurer au second tour de la présidentielle, comme l'indiquent au-jourd'hui les sondages, n'est pas non plus une arme efficace. Après tout, ce ne sera pas la première fois dans l'histoire de la Ve  République.

La honte de voir la fille de Jean-Marie Le Pen en mesure de rééditer le 23  avril 2017 le scénario du 21  avril 2002 est un argument plus sérieux. Mais même cette perspective ne fait plus réagir les socialistes. Face au risque FN, encé-phalogramme plat ! Le réflexe unitaire, actionné à chaque coup dur, ne fonctionne plus. Le PS est arrivé à épuisement de sa survie.

Par-delà les contingences, il y a à cela une raison très profonde : entre la qualification de Jean-Marie Le Pen pour le second tour de la présidentielle de 2002 et celle possible de sa fille pour le second tour de 2017, il s'est déroulé un cycle de quinze ans durant lequel le premier parti de gauche, entouré de ses alliés, a parfois sauvé la mise mais sans réussir à démontrer qu'il était capable d'incarner le changement ni remettre en marche l'ascenseur social.

Des pans entiers de l'électorat ont fui. L'alliance entre les classes moyennes et populaires, qui avait assuré la victoire de François Mitterrand en  1981, s'est brisée. L'addition se paie aujourd'hui cash : la gauche apparaît à la fois nue, rétrécie et impuissante, avec à son passif une courbe du chômage qui résiste aux injonctions.

La sanction électorale apparaît si inévitable que personne ne se bat plus pour l'enrayer. Il faut juste s'en protéger. Pour s'exonérer, l'aile gauche ne cesse de reprocher au gouvernement sa dérive libérale, tandis que la gauche gouvernementale déplore amèrement l'irresponsabilité de ceux qui ont frondé, sans cesser pour autant de leur tendre la main.

Une spirale mortifère est en marche, que rien ne semble pouvoir arrêter : ni l'impopularité record du chef de l'Etat ; ni la volte-face de son premier ministre qui, après avoir constaté l'existence de " deux gauches irréconciliables ", tente en vain de recoller les morceaux ; ni l'impasse dans laquelle semblent se fourvoyer ceux qui prétendent incarner l'alternative.

A ce stade, Arnaud Montebourg ne parvient, pas plus qu'Emmanuel Macron, à démontrer qu'il peut sauver la gauche. Le premier est bloqué par Jean-Luc Mélenchon, le second gêné par Alain Juppé, qui tente d'attirer à lui les déçus de François Hollande dans le cadre de la primaire de la droite et du centre. Tout ce qui se chante en ce moment est un requiem pour la gauche.

par Françoise Fressoz

dimanche, 23 octobre 2016

@manuelvalls : la gauche peut être pulvérisée



Intervention de Manuel Valls - Université de l... par PartiSocialiste

samedi, 22 octobre 2016

Oui, DES policiers manifestent

OUI les policiers manifestent. Ou plutôt DES policiers manifestent. Ce qui est différent. DES ce n'est pas LES. DES, ce sont quelques uns (certes nombreux, mais pas par milliers). C'est déjà beaucoup. OUI, les policiers (et les gendarmes) sont fatigués: trop de garde, trop de mobilisations, trop de blessures, trop de violences, trop "d'incivilités".

Deux revendications majeures :

- être plus nombreux : les manifestants devraient ... cibler la Droite, qui a supprimé 12000 postes en police ou gendarmerie (défaire c'est facile !) plutôt qu'attaquer le Gouvernement qui en a recrutés 9000 pour l'instant (faire c'est dur).

- être mieux équipés : à cet égard, le ministre de l'Intérieur Bernard Cazeneuve, a pris la décision, à la fin de l'an dernier, d'affecter une partie du budget à l'achat massif de gilets pare-balles performants (et protecteurs), et ce parce qu'un policier en tenue était venu lui en parler lors d'un de ses déplacements "sur le terrain" (et pas parce que la hiérarchie le demandait..., puisque, justement, elle ne l'avait pas demandé...). Comme quoi les "politiques" servent (aussi) à ... entendre. Et à sortir des routines institutionnelles...

Il serait bon aussi que quelques personnalités "politiques" (dite de rang 1) aient un peu de vergogne et un peu plus le sens de la Nation que le sens de l'Election à venir, la leur. Il serait bon que la Droite dite républicaine garde un peu son sang-froid et retrouve le sens de l'Etat et de la Chose Publique, plutôt que de hurler avec les loups et de sauter sur tout ce qui bouge avec des mots incorrects et méprisants. Et qu'elle arrête de mentir sur ce qu'elle a effectivement FAIT : supprimer massivement des policiers, des gendarmes, des profs et affaiblir l'hopital !

OUI les policiers et les gendarmes sont fatigués. OUI les français les aiment. OUI il faut continuer à en recruter. OUI il faut les équiper mieux. OUI ce ras-le-bol exprimé par quelques uns est le signe d'une fatigue certaine. OUI la violence à laquelle quelques uns d'entre eux ont eu à faire face tout récemment (coktails Molotov jetés dans leur voiture !) avec des blessé-e-s graves est le signe d'une escalade de la part de quelques salopards (et pas de quelques "sauvageons", le mot du ministre a été inadéquat, mais lui aussi est au four et au moulin en permanence et peut parfois ne pas disposer de la bonne information ou ne pas trouver les bons mots : oui, c'est un être humain, lui aussi). OUI, je partage le souhait des forces de police d'être informées des suites judiciaires données à leurs interpellations.

Mais NON il n'est pas nécessaire d'en rajouter : l'HONNEUR DE LA POLITIQUE est justement d'être honorable et donc de ne pas courir derrière tout ce qui bouge pour attiser les feux, mais DE SE METTRE DEVANT pour calmer les esprits de ceux qui, exaspérés, fatigués, tendus, n'en peuvent plus.

Le rôle du personnel politique est d'assurer la solidité de notre Nation commune. Point. Pas de se faire élire. Cela, c'est une condition pour assumer la fonction politique. Celle-ci est d'assumer la charge de la Nation. CHARGE est par nature un mot lourd à porter. Parce que la fonction est lourde. Il est donc temps que la Droite, et certains à gauche, retrouve leurs sang-froid et porte leur part de cette charge commune.

Les médias ont un rôle à jouer aussi et il est d'utiliser les mots et les images justes : j'ai apprécié que Laurent Neuman, hier matin sur #BFMTV , corrige sèchement un commentateur en rappelant justement que ce ne sont pas LES policiers qui manifestent mais DES policiers. Cette nuance est extrêmement importante: elle évite de tomber dans les pièges de l'affolement et de l'abattement, et de faire croire aux auditeurs, téléspecteurs et autres lecteurs .... que notre pays serait à feu et à sang, physiquement et moralement. Ce qui n'est pas vrai.

La responsabilité des médias, désormais le Premier Pouvoir, est considérable : il serait temps qu'ils l'assument. A cet égard, je suis lasse de leurs forcings permanents sur "tout ce qui va mal" ! L'actualité française n'est pas faite que d'émeutes il me semble et, après avoir avoir salué ci-dessus un éditorialiste de #BFMTV, je souhaite aussi dire que je suis choquée par la nouvelle bande annonce "News" de cette chaîne, qui ne montre QUE des images violentes...

Anne Yvonne Le Dain

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jeudi, 20 octobre 2016

Je rêve que Béziers ....

Je rêve que Béziers, notre Biterrois, notre magnifique territoire puisse être connu de la France entière, de l'Europe entière pour son patrimoine, sa qualité de vie, son histoire, celle de ses illustres ambassadeurs que furent Jean Moulin et Paul Riquet.

Je rêve que Béziers, notre Biterrois devienne ce pôle d'attractivité au cœur de la grande région.

Je rêve de sentir de nouveau l'esprit du "paratge" se diffuser, ressentir la ville où je travaille tous les jours depuis plus de 30 ans ouverte sur le monde, sur la différence, accueillante, vivante, peuplée de jeunes et de moins jeunes qui la font vivre, qui la font battre, une ville cosmopolite... C'est simplement et naturellement la raison d'être...d'une ville Méditerranéenne qui ne peut se résoudre à voir cette mer nourricière engloutir tant d'hommes, de femmes, et d'enfants.

Pour toutes ces raisons, je suis prêt à accompagner l'Etat et prendre ma part dans l'accueil de ces êtres humains qui ont fui la guerre et la misère. Il ne faut jamais oublier qui l'on est, d'où l'on vient, et personne sur terre ne se déracine volontairement pour aller vivre spontanément... dans la cité de Jean Moulin au regard de l'image actuelle nauséabonde qu'elle véhicule...

Alain Caralp

Maire de Colombiers

Président de la communauté de commune de la Domitienne

samedi, 08 octobre 2016

Biterrois: un PS décimé

 

agps.jpgHussein Bourgi a organisé une grande (sic) AG des militants du biterrois, c'est à dire les sections de l'agglo de Béziers et de la Domitienne ce vendredi à Servian. Cet AG rassemblait donc les militants des sections de Béziers (les 4), et des 9 communes comptant une section. Force est de constater que les rangs clairsemés dénotent la faiblesse du PS en général et de cet endroit en particulier. 38 militants en comptant Hussein et les Montpellièrains qui l'accompagnaient.

Comme d'habitude, Hussein se lançait dans un (trop) long monologue d'1h30 pour dépeindre la situation politique départementale et nationale: législatives et primaires au menu.

Aucun scoop, le premier fédéral soutient la reconduction des sortants, y compris le vert Roumégas, dans le cadre d'un accord local. Comme ici, il n'y a pas de sortant, Hussein ne soutient personne mais a sa préférée: suivez mon regard...Dolorès Roqué à la tribune eut le privilège de clore les débats, expliquant de façon alambiquée qu'elle n'était pas candidate mais qu'en quelque sorte, elle se mettait à la disposition du PS. Sans doute attendait-elle les acclamations d'une foule en délire, elle n'eut droit qu'à un silence juste poli.

On ne peut que rester perplexe devant cet exercice fastidieux qui n'a eu d'autre vertu que de démontrer la particulière faiblesse du PS en pays de Biterre.

Le premier fédéral a quelques soucis avec les sections de Béziers en particulier. Promettant beaucoup, trahissant autant, il a peu à peu écarté les figures locales. Des législatives 2012 aux régionales 2015 en passant par les municipales et départementales, beaucoup se sont retrouvés cocus et ne veulent plus payer la chambre. La seule qui trouve grâce à ses yeux, préemptant toutes les investitures, ne suscite guère l'enthousiasme des militants locaux.

L'accouchement laborieux d'un comité de ville n'a pas plus enclenché les vocations et les cotisations peinent à rentrer. Alors l'idée d'un couplage du vote pour le comité de ville avec l'investiture des législatives a été proposé. Ne reste plus qu'à espérer qu'une concurrente pointe son nez pour stimuler les adhésions...C'est loin d'être gagné, d'autant que certains pourraient bien se mettre En Marche et se lancer sous l'étiquette Macron.

Les temps sont durs mais les primaires se profilent. Il faut du militant!

Le premier fédéral voulait s'adresser directement aux militants. Il a pu ainsi mesurer l'accomplissement de son œuvre: 38 personnes.

 

 

mardi, 20 septembre 2016

La question de l'identité

Suite et fin de l'entretien avec François Hollande

Le pays demande à être rassuré sur son identité. Or la gauche est mal à l’aise avec cette question, qu’elle a laissée de fait à la droite et surtout à l’extrême droite. Ne doit-elle pas la réinvestir ?

Je n’écarte pas la question de l’identité au prétexte que d’autres s’en seraient emparés. S’ils s’en sont saisis, c’est parce qu’elle avait été délaissée. Faut-il encore avoir sa propre définition de l’identité. Il y a l’identité négative : « Je suis ce que je suis parce que je ne suis pas ce que vous êtes. » C’est la forme la plus primaire et, pour ses défenseurs, elle se détermine essentiellement par rapport à l’islam. C’est ce qui fédère toutes les extrêmes droites européennes et même au-delà : le rejet d’une religion qui voudrait imposer ses règles, ses façons de s’habiller ou de se nourrir. C’est en ce sens que les populistes sont dans une dynamique en Europe et aux Etats-Unis, la peur d’être dilué.

Pour la droite, l’identité est défensive. Au nom de l’héritage chrétien et du creuset français. Pour la gauche, elle doit être positive. Montrer que la France, c’est une idée. Une idée qui a permis de rassembler des citoyens venant d’origines multiples, de parcours différents, de métissages et qui ont formé une nation unie par des valeurs et un projet collectif. S’y ajoute l’exigence de sécurité face aux dangers fondamentalistes. Nous sommes un ancien empire, il y a des gens qui sont venus vers nous plus facilement qu’ailleurs. Mais qui tous ont admis la laïcité comme la condition de leur vie en commun et de leur intégration. Ce qui rend encore plus nécessaire de formuler une réponse ferme face au salafisme et à l’instrumentalisation de l’islam. La radicalisation est un danger majeur pour les individus et notamment les jeunes qui en sont victimes, mais aussi pour la société française qui pourrait se fracturer sur l’idée même de la coexistence. C’est bien le calcul effroyable des groupes fondamentalistes : créer la suspicion pour mieux en appeler à la solidarité des musulmans. Il revient aux Français de confession musulmane et à leurs représentants de réagir au nom de la République, car c’est elle qui les protège. L’islam ne cherche pas à conquérir la République, il n’a pas la prétention de soumettre la République en organisant des partis, mais l’islam, comme tous les cultes, doit être pleinement dans la République. La gauche a la capacité, par les valeurs qu’elle porte et la laïcité qu’elle a contribué historiquement à construire, de donner sa place à la question religieuse. Et de ne pas se faire emporter par elle. D’où le rôle de l’école dans la transmission des connaissances mais aussi le partage des valeurs communes et l’apprentissage de la citoyenneté.

Quoi qu’il en soit, le débat sur l’identité va être au centre de la prochaine campagne présidentielle. Comment comptez-vous l’aborder ?

Ce serait une grave erreur de l’esquiver. Il faut le prendre de face. Mais je ne voudrais pas non plus qu’il évacue tous les autres. Car ce sont les autres sujets (l’éducation, le logement, l’emploi, la démocratie) qui fournissent aussi la réponse à la question identitaire. Elle ne se résout pas de la même manière avec une économie plus forte, avec une éducation qui fonctionne mieux, avec des services publics plus efficaces, avec une Europe qui a du sens. La surenchère identitaire est un piège. Pour la gauche si elle la nie. Pour la droite qui voudrait y céder, car c’est l’extrême droite qui en portera la couleur. Je préfère avertir ceux qui se jetteront sur ce terrain-là.

En somme, le thème de l’identité a été accaparé par l’extrême droite sous la forme du nationalisme. Tout le problème de la gauche n’est-il pas d’arracher la nation au nationalisme ?

Ce qu’il faut arracher au nationalisme, c’est la patrie…

Mais la nation, c’est encore autre chose que la patrie. Ceux qui étaient dans la rue le 11 janvier 2015, c’est la nation.

Il y a un lien entre ces termes. Le 11 janvier, c’étaient les valeurs de la nation qui avaient été la cible de l’attaque. Avec les attentats du 13 novembre, c’est la France dans son ensemble qui était agressée, indifféremment. En janvier, certains pouvaient se dire : « Je suis solidaire, mais je ne suis pas caricaturiste, je ne suis pas policier, je ne suis pas juif, donc je ne suis pas directement concerné. » Le 13 novembre, ce sont tous les Français, indifféremment, juifs, musulmans, chrétiens ou athées, qui ont été visés parce que Français. A Nice, le jour de la Fête nationale et du rassemblement de toutes les générations, c’était l’idée de la France. Celle du bonheur. C’est ce bien commun que j’ai à défendre. La maison France. Dont la meilleure arme est la République.

Les présidents de la Ve République ont incarné chacun à leur façon une France. Il y a eu la France glorieuse de De Gaulle, la France industrielle et bourgeoise de Pompidou, la France tocquevillo-libérale de Giscard, il y a eu une France de Mitterrand. Comment définiriez-vous la vôtre ?

Ce mandat a un sens. Car mon obsession a été de ne pas aggraver les divisions, les blessures, les séparations que j’avais vu s’approfondir ces dernières années. Certaines de ces divisions sont réapparues, comme à l’occasion du mariage pour tous. D’autres lors des attentats et encore plus gravement après Nice. La France est un pays unitaire qui nourrit en son sein la division. Et puis surgit, dans des circonstances dramatiques, face à un danger, un sursaut patriotique. C’est ce ressort que nous avons vu à l’œuvre le 11 janvier. C’est lui qui permet de relier l’émotion et la raison. D’aller chercher ce qu’il y a de meilleur dans le citoyen. De réduire sa part d’ombre qui se nourrit du sentiment de ne pas être entendu. D’exorciser cette peur indicible de perdre ce qu’il lui reste, à savoir d’être français. Le patriotisme élève, il donne de la lumière et, à travers l’espérance, du dépassement et du lien. La France que je porte est la France fraternelle. La liberté, l’égalité, chacun en connaît le sens. La fraternité est une invention que l’on redécouvre sans cesse. La fraternité ce n’est pas la générosité, ce n’est pas la solidarité, c’est le sentiment d’être ensemble, frères de destin. C’est ce qu’il y a de plus fort dans la République.

 

Marcel Gauchet et Pierre Nora

 


En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/politique/article/2016/09/15/francois-hollande-la-gauche-est-toujours-belle-dans-l-opposition_4998058_823448.html#iKbxjFlAx03z5CS0.99

lundi, 19 septembre 2016

L'exercice du pouvoir

Qu’est-ce que l’exercice du pouvoir vous a appris sur la fonction présidentielle, vous qui vouliez être un « président normal » ?

La fonction présidentielle est doublement exceptionnelle. Elle exige de porter une politique et une parole à l’extérieur. Et de prendre des décisions de nature exceptionnelle, qui par définition ne peuvent être inscrites dans aucun programme. Je n’avais pas annoncé en mai 2012 que j’aurais à engager les forces françaises au Mali, face à la menace terroriste en Afrique de l’Ouest, pas plus que je n’avais pu prévoir que j’aurais à décréter l’état d’urgence face à des actes terroristes. La fonction est exceptionnelle par la place qu’occupe le chef de l’Etat dans nos institutions, sans relation directe avec le Parlement, de telle sorte que le seul interlocuteur du président est le pays. Or, aujourd’hui, les moyens d’information, les réseaux sociaux, font que les rapports des Français avec le pouvoir ont totalement changé. L’époque de la parole rare et jupitérienne, venant dénouer les conflits d’en haut, est révolue. Lors de chacun de mes déplacements, en France comme à l’étranger, je suis écouté, regardé, commenté en direct. De ce point de vue, le président est devenu un émetteur presque comme les autres.

Mais il y a des circonstances exceptionnelles où sa parole porte particulièrement…

Oui, ce sont les circonstances qui font que la parole prend une tout autre intensité. Les mots sont attendus. La tension et l’attention sont à leur point le plus haut. Quand se produit un massacre, une nuit, en plein Paris, ou un attentat à Nice et que le président s’exprime, tout s’arrête, même à 3 heures du matin. Il n’est plus alors dans le flux de l’actualité. Il est dans l’Histoire.

Comme la fonction est exceptionnelle, il faut que la femme ou l’homme qui l’exerce soit maître de lui-même. C’est cela que je voulais signifier en parlant d’un « président normal ». Il a à faire face à des événements extraordinaires, qui ne peuvent remonter qu’à lui seul, quels que soient les mérites et le rôle du premier ministre. Tout repose sur la maîtrise qu’il a de lui-même. Le président ne doit utiliser la fonction ni pour se protéger excessivement, ni pour se mêler de tout en rendant confus le fonctionnement des pouvoirs publics.

Un autre constat s’est imposé à moi : le temps de la décision politique est désormais décalé par rapport à celui des entreprises, des citoyens et des acteurs sociaux. Autant la durée est nécessaire pour avoir des débats approfondis et sereins et pour donner aux citoyens les moyens de suivre le processus de décision, autant elle n’est plus conforme aux nécessités de l’action dans la mondialisation. Ce qui pose un double problème. Le premier, c’est le risque de l’incompréhension qui nourrit le procès en impuissance. « Vous me dites qu’il y a urgence sur le chômage, vous annoncez une loi travail et, six mois après, le texte est toujours en discussion. Dans quelle démocratie sommes-nous ? » L’incompréhension s’ajoute à l’insatisfaction quand le citoyen pense, non sans raison, qu’il n’est associé à rien, ni à la préparation d’une loi, ni à l’élaboration d’une politique, ni à une décision engageant la nation. C’est le double dessaisissement : celui de l’autorité qui n’arrive pas à créditer sa parole et celui du citoyen qui considère n’être pas entendu.

Certains en tirent la conclusion qu’il faudrait recourir sur tout sujet au référendum. Ce qui vient de se produire au Royaume-Uni et la débandade qui a suivi devrait pourtant faire réfléchir.

Vous maintenez donc la formule du « président normal » ?

Oui. Je maintiens la nécessité d’un président maîtrisé parce que la fonction est exceptionnelle. Les caractéristiques personnelles sont très importantes. Au moment du choix, il s’agit bien sûr du choix d’une orientation, d’une politique, d’un chemin, mais il s’agit aussi du choix d’un caractère, d’une conception de l’Etat, d’une vision de la République, d’une vision de la France. Sinon, mieux vaut supprimer l’élection du président au suffrage universel.

Quelle est, pour vous, la part de votre responsabilité personnelle dans cette difficulté à convaincre et la part d’un facteur d’ordre institutionnel auquel vous faisiez allusion tout à l’heure et qui concerne l’évolution des démocraties ?

Il y a forcément ce qui relève de ma propre responsabilité. Ce serait trop simple de dire que je suis victime d’un système qui produit mécaniquement de la défiance. Peut-être est-ce dû à un défaut de pédagogie, à l’incompréhension liée à certaines décisions notamment fiscales en début de quinquennat, à la persistance d’un niveau élevé du chômage et aux divisions de la majorité. Mais je pense néanmoins que ces indices témoignent davantage d’une contestation globale du pouvoir que d’un jugement définitif sur les idées que je représente et sur mon action.

Il n’en reste pas moins que la radicalisation de l’opposition, quelle qu’elle soit, la présence d’une extrême droite autour de 25 %, créent nécessairement une situation périlleuse pour le prochain président. Surtout s’il est élu face à la candidate du Front national au second tour. Les électeurs qui auront voté pour lui ne l’auront fait que pour empêcher le pire. Donc par défaut et non par adhésion. La contestation de son action est inscrite d’avance dans les données du scrutin.

Comment faire face à ce risque ?

Il y a plusieurs réponses possibles. D’abord la coalition. Une large alliance dépassant les clivages. J’en mesure immédiatement les conséquences : ce serait donner à l’extrême droite la possibilité d’apparaître comme la seule alternative. Ce serait la conduire tôt ou tard au pouvoir. La meilleure réponse serait de remédier aux défauts de notre démocratie française en associant davantage les citoyens aux décisions. Les moyens technologiques permettent de les consulter, de les faire participer à l’élaboration des réformes et de surmonter la crise profonde de la représentation. J’en vois aussi le risque. Internet a rendu équivalentes la parole d’un chercheur qui a mis des années à parvenir à une conclusion et la réaction d’un commentateur, teintée d’humour dans le meilleur des cas et de violence dans le pire. J’estime néanmoins nécessaire de prendre en compte cette évolution en introduisant des mécanismes réguliers de consultation de citoyens (jurys, états généraux, débats participatifs, référendums locaux). Elaborer la loi en prenant le temps de sa consultation et en allant beaucoup plus vite dans son adoption. Je suis favorable à cette mutation institutionnelle.

Par ailleurs, un de mes regrets au cours de ce quinquennat a été la difficulté d’introduire des rapports de travail réguliers entre la gauche et la droite pour appréhender les grands sujets d’intérêt général – les réfugiés, l’immigration, la question de l’islam, la politique de défense. J’ai provoqué ces consultations. Elles se sont souvent réduites à un jeu de rôle. Regardez ce qui s’est produit à propos de la Syrie ou de l’Ukraine. Cette difficulté pour les forces républicaines à s’accorder sur des approches communes ne date pas d’hier, mais elle est un handicap majeur pour notre démocratie face au populisme et à l’extrémisme. C’est encore plus indispensable pour nous faire mieux entendre en Europe et dans le monde, et pour rassurer les Français. J’ai déploré les polémiques et les surenchères qui ont suivi la tragédie de Nice. Le fanatisme avait introduit son poison.

Notre pays est structurellement inquiet. Il doute de lui-même. Or il n’y a pas de pays au monde qui soit plus aimé que la France. Les articles les plus élogieux après le 13 novembre sont venus de nos contempteurs habituels, américains ou anglais, ceux-là mêmes qui avaient complaisamment entretenu le French bashing. Et cependant la France n’arrive pas à s’aimer. Elle est hantée par la crainte de son déclin, c’est une peur qui vient de très loin. C’est cette tentation qui dégénère en crispation identitaire. Nous devons la casser, non par la proclamation, mais par la démonstration. La France doit cesser d’interpréter ce qu’elle a été pour croire à ce qu’elle peut être. Cesser de se complaire dans ce qu’elle pense être son malheur alors qu’elle porte l’idée même du bonheur.

L’Europe est bloquée. Elle est à un moment où elle se pose même la question de savoir si son projet peut survivre. Vers qui se tourne-t‑on ? Vers l’Allemagne, puisqu’elle est le pays le plus solide du continent et, de surcroît, un pays central, géographiquement. Sans doute au regard de son économie. Mais c’est d’abord la France qui est attendue sur le plan politique.

 

dimanche, 18 septembre 2016

@fhollande : en France, le président est minoritaire par nature

 

Suite de l'entretien avec François Hollande publié dans leMonde

N’est-il pas temps de procéder à l’explicitation de ce changement imposé par la marche du monde ? La gauche française vit dans la confusion sur le but qui est le sien et, du même coup, sur le chemin pour y parvenir.

Si cette confusion existe, j’en appelle à la clarification. Une autre société, une autre Europe, un autre monde sont possibles, mais il faudra du temps, beaucoup de temps, et nous n’y parviendrons pas seuls. Mais est-ce un but dégradé, un optimum de second rang que de prôner le gradualisme ? Je ne le pense pas.

Pour la conduire, j’ai besoin de partenaires et d’alliés. C’est un point très important que j’avais déjà identifié avant de venir aux responsabilités, mais qui m’est apparu avec encore plus de netteté depuis quatre ans. Pour réformer un pays sur qui puis-je compter ? Un président est élu avec au minimum 51 % des voix, mais aussitôt élu il dispose déjà d’un peu moins de soutiens. Le parti qui l’a présenté ne rassemble que 25 % à 30 % du corps électoral. C’est un des vices de la Ve République. A la différence des pays parlementaires où les dirigeants, grâce à des coalitions, peuvent s’appuyer sur des majorités larges, le président français ne bénéficie en réalité que d’une assise étroite dans le pays. Le gouvernement d’Angela Merkel représente aujourd’hui près de 70 % des électeurs. Cette base solide lui a permis de tenir, sur un sujet comme les réfugiés, qui, ici, aurait pu provoquer une division profonde du pays. En France, le président, même avec une majorité absolue à l’Assemblée nationale, est minoritaire dans le pays, par la nature même du système politique et des clivages structurés par l’élection présidentielle. Sur qui peut-il s’appuyer ? Sur des forces sociales, économiques, culturelles, intellectuelles et pas seulement politiques. C’est ce qui a manqué.


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