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mardi, 20 septembre 2016

La question de l'identité

Suite et fin de l'entretien avec François Hollande

Le pays demande à être rassuré sur son identité. Or la gauche est mal à l’aise avec cette question, qu’elle a laissée de fait à la droite et surtout à l’extrême droite. Ne doit-elle pas la réinvestir ?

Je n’écarte pas la question de l’identité au prétexte que d’autres s’en seraient emparés. S’ils s’en sont saisis, c’est parce qu’elle avait été délaissée. Faut-il encore avoir sa propre définition de l’identité. Il y a l’identité négative : « Je suis ce que je suis parce que je ne suis pas ce que vous êtes. » C’est la forme la plus primaire et, pour ses défenseurs, elle se détermine essentiellement par rapport à l’islam. C’est ce qui fédère toutes les extrêmes droites européennes et même au-delà : le rejet d’une religion qui voudrait imposer ses règles, ses façons de s’habiller ou de se nourrir. C’est en ce sens que les populistes sont dans une dynamique en Europe et aux Etats-Unis, la peur d’être dilué.

Pour la droite, l’identité est défensive. Au nom de l’héritage chrétien et du creuset français. Pour la gauche, elle doit être positive. Montrer que la France, c’est une idée. Une idée qui a permis de rassembler des citoyens venant d’origines multiples, de parcours différents, de métissages et qui ont formé une nation unie par des valeurs et un projet collectif. S’y ajoute l’exigence de sécurité face aux dangers fondamentalistes. Nous sommes un ancien empire, il y a des gens qui sont venus vers nous plus facilement qu’ailleurs. Mais qui tous ont admis la laïcité comme la condition de leur vie en commun et de leur intégration. Ce qui rend encore plus nécessaire de formuler une réponse ferme face au salafisme et à l’instrumentalisation de l’islam. La radicalisation est un danger majeur pour les individus et notamment les jeunes qui en sont victimes, mais aussi pour la société française qui pourrait se fracturer sur l’idée même de la coexistence. C’est bien le calcul effroyable des groupes fondamentalistes : créer la suspicion pour mieux en appeler à la solidarité des musulmans. Il revient aux Français de confession musulmane et à leurs représentants de réagir au nom de la République, car c’est elle qui les protège. L’islam ne cherche pas à conquérir la République, il n’a pas la prétention de soumettre la République en organisant des partis, mais l’islam, comme tous les cultes, doit être pleinement dans la République. La gauche a la capacité, par les valeurs qu’elle porte et la laïcité qu’elle a contribué historiquement à construire, de donner sa place à la question religieuse. Et de ne pas se faire emporter par elle. D’où le rôle de l’école dans la transmission des connaissances mais aussi le partage des valeurs communes et l’apprentissage de la citoyenneté.

Quoi qu’il en soit, le débat sur l’identité va être au centre de la prochaine campagne présidentielle. Comment comptez-vous l’aborder ?

Ce serait une grave erreur de l’esquiver. Il faut le prendre de face. Mais je ne voudrais pas non plus qu’il évacue tous les autres. Car ce sont les autres sujets (l’éducation, le logement, l’emploi, la démocratie) qui fournissent aussi la réponse à la question identitaire. Elle ne se résout pas de la même manière avec une économie plus forte, avec une éducation qui fonctionne mieux, avec des services publics plus efficaces, avec une Europe qui a du sens. La surenchère identitaire est un piège. Pour la gauche si elle la nie. Pour la droite qui voudrait y céder, car c’est l’extrême droite qui en portera la couleur. Je préfère avertir ceux qui se jetteront sur ce terrain-là.

En somme, le thème de l’identité a été accaparé par l’extrême droite sous la forme du nationalisme. Tout le problème de la gauche n’est-il pas d’arracher la nation au nationalisme ?

Ce qu’il faut arracher au nationalisme, c’est la patrie…

Mais la nation, c’est encore autre chose que la patrie. Ceux qui étaient dans la rue le 11 janvier 2015, c’est la nation.

Il y a un lien entre ces termes. Le 11 janvier, c’étaient les valeurs de la nation qui avaient été la cible de l’attaque. Avec les attentats du 13 novembre, c’est la France dans son ensemble qui était agressée, indifféremment. En janvier, certains pouvaient se dire : « Je suis solidaire, mais je ne suis pas caricaturiste, je ne suis pas policier, je ne suis pas juif, donc je ne suis pas directement concerné. » Le 13 novembre, ce sont tous les Français, indifféremment, juifs, musulmans, chrétiens ou athées, qui ont été visés parce que Français. A Nice, le jour de la Fête nationale et du rassemblement de toutes les générations, c’était l’idée de la France. Celle du bonheur. C’est ce bien commun que j’ai à défendre. La maison France. Dont la meilleure arme est la République.

Les présidents de la Ve République ont incarné chacun à leur façon une France. Il y a eu la France glorieuse de De Gaulle, la France industrielle et bourgeoise de Pompidou, la France tocquevillo-libérale de Giscard, il y a eu une France de Mitterrand. Comment définiriez-vous la vôtre ?

Ce mandat a un sens. Car mon obsession a été de ne pas aggraver les divisions, les blessures, les séparations que j’avais vu s’approfondir ces dernières années. Certaines de ces divisions sont réapparues, comme à l’occasion du mariage pour tous. D’autres lors des attentats et encore plus gravement après Nice. La France est un pays unitaire qui nourrit en son sein la division. Et puis surgit, dans des circonstances dramatiques, face à un danger, un sursaut patriotique. C’est ce ressort que nous avons vu à l’œuvre le 11 janvier. C’est lui qui permet de relier l’émotion et la raison. D’aller chercher ce qu’il y a de meilleur dans le citoyen. De réduire sa part d’ombre qui se nourrit du sentiment de ne pas être entendu. D’exorciser cette peur indicible de perdre ce qu’il lui reste, à savoir d’être français. Le patriotisme élève, il donne de la lumière et, à travers l’espérance, du dépassement et du lien. La France que je porte est la France fraternelle. La liberté, l’égalité, chacun en connaît le sens. La fraternité est une invention que l’on redécouvre sans cesse. La fraternité ce n’est pas la générosité, ce n’est pas la solidarité, c’est le sentiment d’être ensemble, frères de destin. C’est ce qu’il y a de plus fort dans la République.

 

Marcel Gauchet et Pierre Nora

 


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lundi, 19 septembre 2016

L'exercice du pouvoir

Qu’est-ce que l’exercice du pouvoir vous a appris sur la fonction présidentielle, vous qui vouliez être un « président normal » ?

La fonction présidentielle est doublement exceptionnelle. Elle exige de porter une politique et une parole à l’extérieur. Et de prendre des décisions de nature exceptionnelle, qui par définition ne peuvent être inscrites dans aucun programme. Je n’avais pas annoncé en mai 2012 que j’aurais à engager les forces françaises au Mali, face à la menace terroriste en Afrique de l’Ouest, pas plus que je n’avais pu prévoir que j’aurais à décréter l’état d’urgence face à des actes terroristes. La fonction est exceptionnelle par la place qu’occupe le chef de l’Etat dans nos institutions, sans relation directe avec le Parlement, de telle sorte que le seul interlocuteur du président est le pays. Or, aujourd’hui, les moyens d’information, les réseaux sociaux, font que les rapports des Français avec le pouvoir ont totalement changé. L’époque de la parole rare et jupitérienne, venant dénouer les conflits d’en haut, est révolue. Lors de chacun de mes déplacements, en France comme à l’étranger, je suis écouté, regardé, commenté en direct. De ce point de vue, le président est devenu un émetteur presque comme les autres.

Mais il y a des circonstances exceptionnelles où sa parole porte particulièrement…

Oui, ce sont les circonstances qui font que la parole prend une tout autre intensité. Les mots sont attendus. La tension et l’attention sont à leur point le plus haut. Quand se produit un massacre, une nuit, en plein Paris, ou un attentat à Nice et que le président s’exprime, tout s’arrête, même à 3 heures du matin. Il n’est plus alors dans le flux de l’actualité. Il est dans l’Histoire.

Comme la fonction est exceptionnelle, il faut que la femme ou l’homme qui l’exerce soit maître de lui-même. C’est cela que je voulais signifier en parlant d’un « président normal ». Il a à faire face à des événements extraordinaires, qui ne peuvent remonter qu’à lui seul, quels que soient les mérites et le rôle du premier ministre. Tout repose sur la maîtrise qu’il a de lui-même. Le président ne doit utiliser la fonction ni pour se protéger excessivement, ni pour se mêler de tout en rendant confus le fonctionnement des pouvoirs publics.

Un autre constat s’est imposé à moi : le temps de la décision politique est désormais décalé par rapport à celui des entreprises, des citoyens et des acteurs sociaux. Autant la durée est nécessaire pour avoir des débats approfondis et sereins et pour donner aux citoyens les moyens de suivre le processus de décision, autant elle n’est plus conforme aux nécessités de l’action dans la mondialisation. Ce qui pose un double problème. Le premier, c’est le risque de l’incompréhension qui nourrit le procès en impuissance. « Vous me dites qu’il y a urgence sur le chômage, vous annoncez une loi travail et, six mois après, le texte est toujours en discussion. Dans quelle démocratie sommes-nous ? » L’incompréhension s’ajoute à l’insatisfaction quand le citoyen pense, non sans raison, qu’il n’est associé à rien, ni à la préparation d’une loi, ni à l’élaboration d’une politique, ni à une décision engageant la nation. C’est le double dessaisissement : celui de l’autorité qui n’arrive pas à créditer sa parole et celui du citoyen qui considère n’être pas entendu.

Certains en tirent la conclusion qu’il faudrait recourir sur tout sujet au référendum. Ce qui vient de se produire au Royaume-Uni et la débandade qui a suivi devrait pourtant faire réfléchir.

Vous maintenez donc la formule du « président normal » ?

Oui. Je maintiens la nécessité d’un président maîtrisé parce que la fonction est exceptionnelle. Les caractéristiques personnelles sont très importantes. Au moment du choix, il s’agit bien sûr du choix d’une orientation, d’une politique, d’un chemin, mais il s’agit aussi du choix d’un caractère, d’une conception de l’Etat, d’une vision de la République, d’une vision de la France. Sinon, mieux vaut supprimer l’élection du président au suffrage universel.

Quelle est, pour vous, la part de votre responsabilité personnelle dans cette difficulté à convaincre et la part d’un facteur d’ordre institutionnel auquel vous faisiez allusion tout à l’heure et qui concerne l’évolution des démocraties ?

Il y a forcément ce qui relève de ma propre responsabilité. Ce serait trop simple de dire que je suis victime d’un système qui produit mécaniquement de la défiance. Peut-être est-ce dû à un défaut de pédagogie, à l’incompréhension liée à certaines décisions notamment fiscales en début de quinquennat, à la persistance d’un niveau élevé du chômage et aux divisions de la majorité. Mais je pense néanmoins que ces indices témoignent davantage d’une contestation globale du pouvoir que d’un jugement définitif sur les idées que je représente et sur mon action.

Il n’en reste pas moins que la radicalisation de l’opposition, quelle qu’elle soit, la présence d’une extrême droite autour de 25 %, créent nécessairement une situation périlleuse pour le prochain président. Surtout s’il est élu face à la candidate du Front national au second tour. Les électeurs qui auront voté pour lui ne l’auront fait que pour empêcher le pire. Donc par défaut et non par adhésion. La contestation de son action est inscrite d’avance dans les données du scrutin.

Comment faire face à ce risque ?

Il y a plusieurs réponses possibles. D’abord la coalition. Une large alliance dépassant les clivages. J’en mesure immédiatement les conséquences : ce serait donner à l’extrême droite la possibilité d’apparaître comme la seule alternative. Ce serait la conduire tôt ou tard au pouvoir. La meilleure réponse serait de remédier aux défauts de notre démocratie française en associant davantage les citoyens aux décisions. Les moyens technologiques permettent de les consulter, de les faire participer à l’élaboration des réformes et de surmonter la crise profonde de la représentation. J’en vois aussi le risque. Internet a rendu équivalentes la parole d’un chercheur qui a mis des années à parvenir à une conclusion et la réaction d’un commentateur, teintée d’humour dans le meilleur des cas et de violence dans le pire. J’estime néanmoins nécessaire de prendre en compte cette évolution en introduisant des mécanismes réguliers de consultation de citoyens (jurys, états généraux, débats participatifs, référendums locaux). Elaborer la loi en prenant le temps de sa consultation et en allant beaucoup plus vite dans son adoption. Je suis favorable à cette mutation institutionnelle.

Par ailleurs, un de mes regrets au cours de ce quinquennat a été la difficulté d’introduire des rapports de travail réguliers entre la gauche et la droite pour appréhender les grands sujets d’intérêt général – les réfugiés, l’immigration, la question de l’islam, la politique de défense. J’ai provoqué ces consultations. Elles se sont souvent réduites à un jeu de rôle. Regardez ce qui s’est produit à propos de la Syrie ou de l’Ukraine. Cette difficulté pour les forces républicaines à s’accorder sur des approches communes ne date pas d’hier, mais elle est un handicap majeur pour notre démocratie face au populisme et à l’extrémisme. C’est encore plus indispensable pour nous faire mieux entendre en Europe et dans le monde, et pour rassurer les Français. J’ai déploré les polémiques et les surenchères qui ont suivi la tragédie de Nice. Le fanatisme avait introduit son poison.

Notre pays est structurellement inquiet. Il doute de lui-même. Or il n’y a pas de pays au monde qui soit plus aimé que la France. Les articles les plus élogieux après le 13 novembre sont venus de nos contempteurs habituels, américains ou anglais, ceux-là mêmes qui avaient complaisamment entretenu le French bashing. Et cependant la France n’arrive pas à s’aimer. Elle est hantée par la crainte de son déclin, c’est une peur qui vient de très loin. C’est cette tentation qui dégénère en crispation identitaire. Nous devons la casser, non par la proclamation, mais par la démonstration. La France doit cesser d’interpréter ce qu’elle a été pour croire à ce qu’elle peut être. Cesser de se complaire dans ce qu’elle pense être son malheur alors qu’elle porte l’idée même du bonheur.

L’Europe est bloquée. Elle est à un moment où elle se pose même la question de savoir si son projet peut survivre. Vers qui se tourne-t‑on ? Vers l’Allemagne, puisqu’elle est le pays le plus solide du continent et, de surcroît, un pays central, géographiquement. Sans doute au regard de son économie. Mais c’est d’abord la France qui est attendue sur le plan politique.

 

dimanche, 18 septembre 2016

@fhollande : en France, le président est minoritaire par nature

 

Suite de l'entretien avec François Hollande publié dans leMonde

N’est-il pas temps de procéder à l’explicitation de ce changement imposé par la marche du monde ? La gauche française vit dans la confusion sur le but qui est le sien et, du même coup, sur le chemin pour y parvenir.

Si cette confusion existe, j’en appelle à la clarification. Une autre société, une autre Europe, un autre monde sont possibles, mais il faudra du temps, beaucoup de temps, et nous n’y parviendrons pas seuls. Mais est-ce un but dégradé, un optimum de second rang que de prôner le gradualisme ? Je ne le pense pas.

Pour la conduire, j’ai besoin de partenaires et d’alliés. C’est un point très important que j’avais déjà identifié avant de venir aux responsabilités, mais qui m’est apparu avec encore plus de netteté depuis quatre ans. Pour réformer un pays sur qui puis-je compter ? Un président est élu avec au minimum 51 % des voix, mais aussitôt élu il dispose déjà d’un peu moins de soutiens. Le parti qui l’a présenté ne rassemble que 25 % à 30 % du corps électoral. C’est un des vices de la Ve République. A la différence des pays parlementaires où les dirigeants, grâce à des coalitions, peuvent s’appuyer sur des majorités larges, le président français ne bénéficie en réalité que d’une assise étroite dans le pays. Le gouvernement d’Angela Merkel représente aujourd’hui près de 70 % des électeurs. Cette base solide lui a permis de tenir, sur un sujet comme les réfugiés, qui, ici, aurait pu provoquer une division profonde du pays. En France, le président, même avec une majorité absolue à l’Assemblée nationale, est minoritaire dans le pays, par la nature même du système politique et des clivages structurés par l’élection présidentielle. Sur qui peut-il s’appuyer ? Sur des forces sociales, économiques, culturelles, intellectuelles et pas seulement politiques. C’est ce qui a manqué.


En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/politique/article/2016/09/15/francois-hollande-la-gauche-est-toujours-belle-dans-l-opposition_4998058_823448.html#iKbxjFlAx03z5CS0.99

samedi, 17 septembre 2016

@fhollande: je suis social démocrate

Suite de l'entretien avec François Hollande , publié dans le MondeMais du côté de la gauche de gouvernement, ne conviendrait-il pas d’autant plus d’afficher la couleur en assumant le « social-libéralisme » qu’elle met en pratique, voire en abandonnant le mot même de « socialisme » ?

Le socialisme est une idée qui a la vie dure. La question est de savoir ce que l’on met derrière ce mot. Il ne se résume pas à des instruments, une organisation ni à une doctrine économique. En revanche, il porte le mouvement de réduction des inégalités à l’échelle de la planète. Il s’incarne dans les partis qui, pour y concourir, acceptent la réforme afin d’assurer le progrès dans la durée.

Si être social-démocrate, c’est accepter le compromis, je suis social-démocrate. Donner toute leur place aux partenaires sociaux c’est l’objet de la loi travail si décriée par ceux qui craignent la négociation collective au niveau le plus pertinent. Tout au long du quinquennat, j’ai cherché à mettre en dialogue un patronat moderne et un syndicalisme réformiste. C’est difficile. Il y a des résistances. Et à droite comme à gauche il y en a qui pensent encore que tout doit passer par l’Etat et la loi. Mais, depuis 2012, des accords importants ont été négociés. Et le syndicalisme réformiste s’est renforcé.

Le social-libéralisme ? C’est le libéralisme sans la brutalité. Je ne suis pas un libéral, dans le sens où la logique du marché devrait tout emporter. En revanche, j’admets dans certaines circonstances une politique de l’offre. En 2012, l’état du pays justifiait d’aider les entreprises pour redresser leur compétitivité. Ce fut le sens du pacte de responsabilité.

Etait-ce de droite, était-ce de gauche ? C’était nécessaire, et je l’ai fait. L’offre doit forcément rencontrer la demande. C’est le rétablissement des marges qui permet de procéder à une redistribution. Il faut produire avant de répartir. Et sans consommateurs, il n’y a guère d’avenir pour les entrepreneurs. Le libéralisme, c’est l’idée que seul le marché fournit les bons signaux, que l’Etat n’a plus sa place, que la régulation est contre-productive. Or tout ce que j’ai fait, que ce soit dans le domaine environnemental ou sur le plan fiscal ou dans la maîtrise de la finance, contredit cette vision de l’économie. Refuser le dirigisme ce n’est pas se rallier au libéralisme ! Il faut que l’Etat joue son rôle et l’exerce avec autorité pour que le marché puisse être plus efficace. Et que l’économie intègre le progrès social, le temps long et les impératifs de la lutte contre le réchauffement climatique. Le social ne s’ajoute pas à l’écologie. Ils sont désormais confondus.

 

 

vendredi, 16 septembre 2016

F . Hollande : la gauche est toujours belle dans l'opposition

Alors que son image s’effondre dans l’opinion et que l’opposition – de droite comme de gauche – critique vivement le bilan de son quinquennat, le président de la République revient, dans un entretien réalisé par le philosophe Marcel Gauchet et l’historien Pierre Nora pour la revue Le Débat (septembre-octobre, n°191, 20 euros), et dont Le Monde publie des extraits, sur sa politique « sociale-démocrate » et le sens de son action.

Le mot « socialisme » vous paraît-il encore vouloir dire quelque chose aujourd’hui ? Dès les années 1980, vous avez constaté vous-même que les vieilles recettes keynésio-sociales-démocrates ne marchaient plus. Vous envisagiez alors l’absorption du PS dans un grand parti démocrate à l’américaine. Serez-vous le président de la fin de l’idée socialiste ?

Le socialisme est un héritage qui plonge loin dans notre histoire, et c’est une idée beaucoup plus qu’une organisation. Je suis socialiste mais je ne suis pas pour la socialisation des moyens de production. Je ne l’ai jamais été. Le socialisme est une philosophie beaucoup plus qu’une doctrine. Quand Léon Blum évoque ce qui l’a rendu socialiste, il dit que c’est l’idée de justice qui l’a déterminé. Aujourd’hui, je poursuis cette idée de justice tout en assurant le destin d’une nation, pas n’importe laquelle, la France, dans le monde. C’est la question majeure. Elle était déjà présente dans le mouvement socialiste au début du XXe siècle. Peut-on construire le socialisme dans un seul pays ? La réponse a été apportée par l’Histoire et par les faits. Tout l’enjeu est de savoir si la gauche, plutôt que le socialisme, d’ailleurs, a un avenir dans le monde, ou bien si la mondialisation a réduit, voire anéanti, cette espérance, cette ambition, cette prétention, de telle sorte qu’il n’y aurait plus qu’un seul modèle et que les marges entre la droite et la gauche seraient tellement faibles que le vote des citoyens n’obéirait plus qu’à des logiques d’adhésion à des personnalités.

Je ne le crois pas. Je continue de penser que le clivage gauche-droite reste fondateur de la démocratie. Je pense que la gauche de gouvernement est aujourd’hui devant une vraie difficulté, parce qu’elle est contestée non seulement par la droite, mais aussi maintenant par l’extrême droite autour des thèmes identitaires. En plus, elle est défiée, comme elle l’a toujours été, par une autre gauche qui s’est écartée de la gouvernance du monde. La gauche de gouvernement est en recul en Europe. Le camp des progressistes latino-américains n’est plus aussi glorieux qu’il a pu l’être il y a seulement vingt ans, sans remonter plus loin.

Les socialistes français n’ont pas dit les choses très clairement sur ce point, tout en l’enregistrant dans leur pratique. Ne pensez-vous pas que cela aggrave la difficulté ? Mitterrand s’est bien gardé de dire ce qu’il faisait quand il a changé de cap en 1983, puis en présentant le choix de l’Europe comme la poursuite de son programme initial. Depuis, la clarification n’a jamais vraiment été opérée.

Je n’ai pas eu à me situer dans ce type de débat parce que j’avais déjà fait mon aggiornamento personnel. J’ai été particulièrement clair dans la campagne des primaires. J’ai parlé de changement, pas de rupture. Le discours du Bourget qui dénonçait la finance, celle qui étreignait les Etats avec la crise des subprimes, a été emblématique, parce qu’une campagne se résume à une formule et quelques mots. Je ne les renie pas.

La gauche de gouvernement devient suspecte dès qu’elle accède aux responsabilités et son destin est de toujours être accusé de trahison. Il n’y a pas d’exemple d’une gauche au pouvoir qui n’ait été sous la pression des procureurs de l’alternative.

Face à cette perpétuelle suspicion, la gauche de gouvernement ne doit pas baisser les yeux et être davantage fière de ce qu’elle fait. Elle doit se définir comme une force de gestion et de transformation dont les mérites ne peuvent être salués simplement quand elle a quitté le pouvoir. La gauche est toujours belle dans l’opposition, non pas simplement parce qu’elle retrouve la blancheur de ses mains, mais aussi parce qu’elle mythifie ses réformes passées, en oubliant combien il était dur de convaincre de leur bien-fondé quand elle était aux responsabilités. Ce réenchantement a posteriori n’est pas sain. Elle doit être beaucoup plus sûre de son fait en se présentant franchement devant les Français quand elle agit.

« Aujourd’hui, c’est l’idée même d’exercer le pouvoir qui est contestée. L’objectif est d’entraver l’Etat, par tout moyen »

Mais, justement, la voie n’est-elle pas libre pour mettre les paroles en accord avec les actes, maintenant que le surmoi que représentait le Parti communiste par rapport à la gauche de gouvernement n’existe plus ? Car c’est lui qui portait principalement cette accusation de trahison à propos de toutes les expériences que vous avez évoquées.

Ce surmoi est toujours très fort. Il ne s’appelle plus communisme, mais « alternative », « autre gauche » ou « insoumis ». Il est influent dans certains milieux universitaires ou militants qui considèrent que nous nous sommes perdus et que, de toute façon, l’enjeu n’est plus le pouvoir. Le but est l’empêchement. C’est très différent comme démarche, surtout par rapport à ce qu’était la position du Parti communiste. Aujourd’hui, c’est l’idée même d’exercer le pouvoir qui est contestée. L’objectif est d’entraver l’Etat, par tout moyen, selon la théorie du grain de sable. Non plus de contester ses réformes, mais de paralyser l’Etat. Et de le défier, jusque sur le terrain du maintien de l’ordre. D’où les violences contre les policiers. Qu’on ait pu s’en prendre aux forces de sécurité lors des manifestations du printemps, alors qu’il y a un an elles étaient plébiscitées après les attentats qui nous avaient frappés, en dit long sur les confusions qui ont pu resurgir. Ce qui est nouveau, c’est le renoncement. Puisque le monde est devenu global, puisque les frontières entre droite et gauche s’effacent, alors changeons de terrain et recourons à l’obstruction. Cette tentation peut se retrouver sur le terrain syndical. Plutôt que de passer par la négociation pour chercher un compromis, mieux vaut bloquer, sans qu’il soit d’ailleurs besoin de mobiliser de gros effectifs pour parvenir à ce résultat.


En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/politique/article/2016/09/15/francois-hollande-la-gauche-est-toujours-belle-dans-l-opposition_4998058_823448.html#iKbxjFlAx03z5CS0.99

mardi, 30 août 2016

Ce que Laurent Wauquiez ne veut pas qu’on rappelle

Laurent Wauquiez n’a pas du tout apprécié, et je le comprends, que je pointe du doigt les incohérences entre le discours qu’il tient, les actes posés par Nicolas Sarkozy, et ce qu’il propose concrètement.

C’est pourtant le rôle des observateurs engagés dans la lutte contre le radicalisme. Ne pas laisser les hommes politiques s’en tirer par des formules creuses, de les ramener aux faits, et à leurs conséquences.

On ne peut pas prétendre défendre soudainement les droits des femmes, se réclamer de la laïcité de combat, quand on a été le principal soutien politique de La Manif pour tous, l’un des opposants aux ABCD de l’égalité, qu’on soutient les associations catholiques et musulmanes intégristes  refusant qu’on enseigne  l’égalité des sexes et des genres à l’école laïque. Eduquer contre le sexisme, c’est quand même le meilleur moyen d’éviter le burkini sur les plages !

On ne peut pas prétendre lutter efficacement contre le radicalisme sans reconnaître, d’abord, qu’on a institutionnalisé l’UOIF et ses écoles, facilité l’emprise du Qatar, saigné les effectifs de la police, démantelé les Renseignements Généraux (qui nous manquent aujourd’hui cruellement dans la lutte contre le terrorisme) et affaibli l’école publique laïque  (en baissant le nombre d’enseignants et en supprimant leur formation).

On ne peut pas prétendre vouloir refuser le modèle anglo-saxon quand on a voulu « toiletter » la laïcité pour financer des Mosquées, importer une laïcité plus « positive » à l’américaine, ainsi que les statistiques ethniques et la discrimination positive.

On ne peut commencer cette émission en refusant — à juste titre — les procès d’intention en « islamophobie » et  m’accuser, à la première occasion, d’être catholicophobe… Simplement parce je défends, contrairement à Laurent Wauquiez, une laïcité de combat contre TOUS les intégrismes.

On ne peut accuser de « démission » ceux qui veulent justement gagner la bataille culturelle contre l’islamisme, de façon efficace… Simplement parce qu’ils refusent d’applaudir à ce que François Fillon lui-même qualifie de « concours Lépine des solutions les plus stupides contre le terrorisme ».

Je souhaite que nous ayons des débats calmes, plus constructifs et plus approfondis, sur ces sujets, trop sérieux pour être survolés ou caricaturés. Cela demande beaucoup de patience, j’en ai conscience, mais surtout que la démagogie baisse pas d’un cran.

La période que nous traversons est trop grave pour accepter que les mots n’aient plus aucun sens et qu’on méprise à ce point la vérité des faits, les libertés fondamentales et la Constitution. Ce n’est pas de la naïveté ni de la démission. C’est tout le contraire.

Caroline Fourest

lundi, 29 août 2016

Non à la prolifération de symboles politiques prônant l'inégalité des femmes

Depuis que le Conseil d'Etat a donné son avis sur l'arrêté municipal de Villeneuve-Loubet, le nombre de juristes flambe sur Facebook.

Il y ceux qui ricanent en disant qu'il est embêtant qu'un Premier ministre et un candidat à la Présidence de la république se retrouvent en porte-à-faux devant une décision du Conseil d'Etat. Ils oublient au passage la séparation des pouvoirs qui existe entre le judiciaire et le politique et le fait que cette décision ne résout rien quant aux attaques que notre modèle social et politique subit de la part d'une idéologie qui veut hiérarchiser les êtres humains, leur ôter l'égalité des droits et le libre arbitre au nom de la soumission à une autorité divine.

La nécessité de lutter contre la prolifération de symboles, non pas religieux mais politique, prônant l'inégalité de droit des femmes à raison de leur sexe n'est pas invalidée par la suspension d'un arrêté. Cela veut juste dire que ce n'est pas le bon chemin.

On passera aussi sur ceux qui voudraient que le combat contre une idéologie obscurantiste et liberticide, infiltrée dans les milieux politiques, associatifs, financés abondamment par l'étranger et pratiquant l'entrisme depuis des années, ne soit pas un long fleuve tranquille où les républicains volent de victoires en victoires... Dans chaque combat il peut y avoir des erreurs de stratégie et des échecs, mais au moins certains politiques se sont réveillés et la question de la montée des provocations islamistes est posée sur la table.

Enfin et surtout, le Conseil d'Etat n'est ni l'arbitre des élégances politiques ni le détenteur de la vérité absolue. Il peut se tromper. Et ne se substitue pas à l'action politique.

Souvenez-vous qu'il s'était montré pour le moins pusillanime sur la question du voile à l'école. Il a donc fallu faire une loi pour protéger la laïcité et l'égalité à l'école. C'est la loi qui a alors rappelé ce qui était acceptable ou non dans notre contrat social et qui a fixé une limite, là où le juge avait refusé d'agir. Aujourd'hui la loi sur l'interdiction des signes religieux ostentatoire fait l'unanimité et nous a protégé!

En effet, saisi en novembre 1989 par le ministre de l'éducation nationale, Lionel Jospin, le Conseil d'Etat avait affirmé que le port du voile islamique, en tant qu’expression religieuse, dans un établissement scolaire public, était compatible avec la laïcité.

Le symbole de l'impureté consubstantielle de la femme et de son inégalité était jugé comme parfaitement acceptable alors que les psychologues expliquent les ravages psychologiques que font chez les petites filles le fait de devoir grandir dans le rejet et la honte de son corps. C'est dire s'il ne faut pas faire du Conseil d'Etat ce qu'il n'est pas: un repère politique et le juge de ce qui est acceptable ou non dans notre société.

Ne nous interdisons pas de réfléchir au recours à la loi face à des personnes qui arborent des symboles sexistes, ou qui se baladeraient en soldats de l'Etat islamique par exemple. Cela n'empêche ni l'éducation, ni l'expression politique, mais la loi ne se crée pas ex-nihilo, elle exprime les principes et idéaux d'une société, c'est un outil incarné qui dépend aussi d'un contexte.

Quoi qu'il en soit, ne baissons pas les bras. Ce combat est politique et mérite d'être mené, pour l'avenir de nos enfants et le respect de la dignité humaine.

Celine Pina

samedi, 27 août 2016

Assumons le débat sur le burkini

Le Conseil d’Etat s’est prononcé sur l’arrêté du maire de Villeneuve-Loubet interdisant les tenues qui manifestent, de manière ostensible, une appartenance religieuse. Il a jugé que la mairie n’avait pas établi le risque de trouble à l’ordre public et qu’elle avait par conséquent excédé ses pouvoirs.
Toute décision d’interdiction doit effectivement établir le risque d’atteinte à l’ordre public et être appliquée avec discernement – j’ai déjà eu l’occasion de le dire à plusieurs reprises. Mais, comme vient de le rappeler le ministre de l’Intérieur, le Conseil d’Etat « ne prive pas les maires de ce pouvoir ; il en rappelle à nouveau les conditions de son exercice, dans un cadre juridique conforme aux principes constitutionnels. »
Cependant, cette ordonnance du Conseil d’Etat n’épuise pas le débat qui s’est ouvert dans notre société sur la question du burkini. Ce débat n’est pas anodin. C’est un débat de fond, qui vient après d’autres : il y a trente ans, la question du foulard dans les écoles, puis la loi de 2004 sur le port de signes religieux, et celle de 2010 sur le voile intégral dans l’espace public.
Bien sûr, il ne faut pas être dupe de ceux, à droite et à l’extrême-droite, qui exploitent ce débat pour pointer du doigt les musulmans. Mais au-delà, une question fondamentale se pose : dénoncer cette tenue, est-ce stigmatiser les musulmans, ou bien est-ce justement le port de signes prosélytes de cette nature qui est un risque pour tous les musulmans de France, alors assimilés à l’islamisme politique militant ?
Je veux répondre clairement : dénoncer le burkini, ce n’est en aucun cas mettre en cause une liberté individuelle. Il n’y a pas de liberté qui enferme les femmes ! C’est dénoncer un islamisme mortifère, rétrograde. Une vision que je n’accepte pas au nom même de la place que l’Islam doit trouver dans notre société.
Car il faut faire une distinction très claire. C’est, je crois, la clé du débat.
Il y a, d’une part, cet islamisme politique, qui instrumentalise une religion, qui est le fait d’une minorité. Le burkini n’est pas un signe religieux, c’est l’affirmation dans l’espace public d’un islamisme politique.
Il y a, d’autre part, la très grande majorité des musulmans, qui savent bien que le burkini est l’alliance improbable entre le mot bikini et le mot burqa – un mot qui dit bien ce qu’il veut dire !
Ces Français musulmans savent qu’ils sont une part de la culture française. Qu’ils soient pratiquants ou non, ils forment une composante essentielle de la France. Cette composante s’est diversifiée, profondément mêlée à toutes les autres composantes de notre société, à la suite de mariages mixtes, de combats politiques, sociaux, à la suite d’engagements pour la France, dans la guerre et dans la vie quotidienne. C’est une chance, il faut le redire.
Une fois cette distinction faite, la question se pose de ce qu’il faut faire, face au burkini, face aux manifestations d’un islamisme politique.
Le combat est juridique, chaque fois qu’un risque de trouble à l’ordre public sera établi. Mais le combat est d’abord, et avant tout, politique, au sens le plus profond du mot, culturel, pour dire ce que nous n’acceptons pas, car cela met en danger la cohésion de la Nation.
Le silence serait sans doute plus confortable, pour ne pas risquer les généralisations, pour ne pas aviver des plaies ouvertes au sein de la société française. Mais rester silencieux, comme par le passé, c’est un petit renoncement. Une démission de plus. Petit à petit, c’est alors notre pacte républicain qui se fissure sous le poids des communautarismes et des réflexes xénophobes qu’ils engendrent.
Les Français, tous les Français, et les musulmans eux-mêmes, attendent un regard lucide, des réponses claires.
Ils attendent qu’un Islam de son temps, revendiquant pleinement les valeurs de la République, l’emporte. Et c’est en premier lieu aux musulmans de France de le construire, de mener ce combat culturel. Ils sont les premiers confrontés à la violence du message salafiste, radical.
L’Etat est là pour accompagner et protéger les musulmans de France. Il doit être implacable face aux actes anti-musulmans, comme il doit être implacable face aux actes antisémites, anti-chrétiens ou racistes.
Avec le ministre de l’Intérieur, nous avons voulu relancer la construction d’un Islam de France, apaisé, indépendant des influences étrangères. Bernard Cazeneuve fera des propositions ce lundi.
L’Etat est là pour réaffirmer ce qui fait, depuis plus d’un siècle, la condition de notre vie en société : la laïcité. Elle n’est pas la négation du fait religieux. Elle n’est pas un instrument pour viser ou exclure une religion en particulier. Je n’accepte pas ceux qui utilisent l’argument de la laïcité pour pointer du doigt les Français musulmans. Elle est ce socle républicain qui accueille chacun en son sein, quelle que soit sa culture, quelle que soit son histoire. Elle est cette liberté moderne, émancipatrice, qui consiste à tirer une ligne nette entre ce qui relève du temporel et des choix spirituels de chacun. La laïcité, c’est la liberté de croire ou de ne pas croire. Mais c’est l’exigence, aussi, de ne jamais imposer ses croyances ou ses pratiques à l’autre. Cet équilibre, la France a su le construire. C’est sa singularité. C’est pour cela, d’ailleurs, qu’elle est visée. Cet équilibre, c’est une part de notre identité. Nous devons tous le défendre.
 
Manuel Valls

jeudi, 18 août 2016

Benoit Hamon ou l'ambition d'un apparatchick

  

Au suivant! Sur ce qu’il est convenu d’appeler l’aile gauche ou l’aile frondeuse du PS, Marie-Noëlle Lienemann est partie la première, avant l’été, suivie bientôt par Gérard Filoche. Pour ceux qui s’intéressent plus au mercato de la Ligue 1 de football qu’aux méandres de la vie politique, il convient de rappeler que la première est, à 65 ans, sénatrice de Paris, qu’elle a été deux fois ministre –de Pierre Bérégovoy puis de Lionel Jospin– dans des gouvernements qui ont mal fini à force de pencher à droite. Elle a par ailleurs suivi une carrière erratique d’élue locale entre l’Essonne et le Pas-de-Calais où elle fut un temps l’héritière présomptive de Jacques Mellick. Et qu’avant d’animer un courant du PS avec Jean-Luc Mélenchon et Julien Dray, elle avait été l’une des chefs de file de ce qu’on appelait, au début des années quatre-vingt, "les néo-rocardiens", lesquels plaidaient alors pour une réponse libérale aux défis de la crise.

Marie-Noëlle Lienemann affiche aujourd’hui un mitterrandisme de stricte obédience. Certains de ses camarades se souviennent pourtant qu’elle déconseillait à l’ancien Président de se représenter en 1988, au motif que sa candidature serait "anesthésiante". Ce qui prouve qu’en politique, on peut, tel le saumon, remonter tous les courants à la seule condition de savoir prendre le bon, au moment opportun. De ce point de vue, on ne peut pas dire que Marie-Noëlle Lienemann ait été, au cours de sa longue carrière, d’une particulière perspicacité.

A côté de sa camarade sénatrice, Gérard Filoche est un modèle de rectitude politique. Né trotskiste, il l’est resté, façon vieille taupe. Il est membre du Bureau national du PS où sa spécialité est voter avec la minorité, quelle qu’elle soit, puis de s’en expliquer avec de grands moulinets sur les chaînes d’infos en continu où il a son rond de serviette. Son originalité est de n’avoir jamais exercé la moindre responsabilité élective. Même à la proportionnelle, il a toujours échoué. C’est sans doute ce qui lui permet, à plus de soixante-dix ans, de se lancer dans une aventure présidentielle en expliquant qu’à la différence de tant d’autres, il n’a jamais trahi le moindre de ses engagements. Gérard Filoche considère "qu’une chèvre l’emporterait en 2017 face à François Hollande". Vu comme ça, on comprend mieux ses ambitions.

 

Qu’apporte Benoît Hamon à ce combat de titan? Récemment, sur le plateau du JT France 2, il a été incapable de le dire. Son programme, tel qu’il l’a esquissé, ne se différencie en rien de celui de ses camarades. Lui aussi estime que François Hollande n’est plus digne de représenter la gauche. Lui aussi veut relancer le processus de réduction du temps de travail, lui aussi veut défendre mordicus le code du travail, lui aussi veut réorienter la construction européenne, lui aussi veut rénover la démocratie française, lui aussi veut porter une sixième République sur les fonts baptismaux. 

Pour se distinguer, Benoît Hamon aurait pu jouer à son tour la carte du renouvellement, chère à Bruno Le Maire ou Emmanuel Macron. A bientôt cinquante ans, il en avait les moyens. Il ne l’a pas fait, sans doute pour ne pas souligner davantage la minceur de son expérience et la sinuosité de son parcours. Ministre délégué à l’Economie Sociale et Solidaire dans le gouvernement Ayrault, il a fait preuve, à ce modeste poste, d’un sens de la discipline parfaitement remarquable.

Entre 2012 et 2014, Benoit Hamon a tout avalé –et tout négocié– en silence: le pacte budgétaire européen et même le virage libéral du pacte de responsabilité. Sans lui, Manuel Valls n’aurait pas été Premier ministre. Sans la cuvée du redressement de Frangy servie trop généreusement par son complice de l’époque, Arnaud Montebourg, il n’aurait pas été le ministre de l’Education le plus bref de la Cinquième République –cinq mois à peine. 

Frondeur tardif, Benoît Hamon n’a conservé du rocardisme de ses jeunes années qu’un sens très relatif du bon tempo en politique. Le contretemps est sa spécialité. Quand il lui arrive, comme par mégarde, de tendre l’élastique plus que de raison, celui-ci finit toujours par lui revenir dans le nez. C’est d’ailleurs ce qui explique que François Hollande l’ait si longtemps ménagé. Benoît Hamon a ceci de pratique qu’il est un rebelle qui revient toujours, un jour ou l’autre, dans le chemin de l’orthodoxie qui est celui de son ambition d’apparatchik.

 

 

Il gère, par ailleurs, un petit réseau qui a grandi au MJS avant de prospérer à l’UNEF. Il est le député d’une circonscription des Yvelines, acquise en 2012 après des tentatives infructueuses dans le Morbihan et l’Essonne et qu’il aura d’ailleurs du mal à conserver l’année prochaine. C’est là le vrai paradoxe de sa candidature. Benoît Hamon est un parlementaire en sursis qui rêve d’être un jour premier secrétaire du PS.

Or, le seul poste qu’il prétend vouloir briguer aujourd’hui à visage découvert l’éloigne de cette ambition, sauf à croire qu’en se lançant dans la bataille de la primaire socialiste, il n’aspire qu’à négocier ses maigres forces, le moment venu, avec l’un ou l’autre de ses compétiteurs.
Comme Marie-Noëlle Lienemann et comme Gérard Filoche, Benoît Hamon n’a strictement aucune chance d’être désigné, en janvier prochain, candidat à la présidentielle. Il joue la primaire contre autrefois un congrès. Avant de déposer une motion, il vient de proposer ce qu’on appelle une contribution, dans la novlangue socialiste. Pour voir!

Tout cela, bien sûr, s’adresse moins à François Hollande qu’à Arnaud Montebourg. Le calendrier choisi le démontre à l’envie.
Benoît Hamon s’invite une fois encore à Frangy à ceci près que cette année, il n’y était pas invité. Autre cuvée dont on se demande parfois pourquoi ils ne sont pas plus nombreux à vouloir la goûter. Au point où on en est, au nom de quoi Emmanuel Maurel, Christian Paul, Laurent Baumel, Pouria Amirshahi, Pascal Cherki, Caroline de Haas ou Jean-Jacques Germain ne s’inviteraient-ils pas à ce festin en faisant acte de candidature à leur tour?

 

Y compris au PS, deux gauches désormais se font face. François Hollandeest le leader naturel de son aile réformiste. Pour qu’il en soit autrement, il faudrait qu’Emmanuel Macron prenne part à cette compétition, ce qui n’est pas son intention même s’il devait se décider à se lancer demain dans la bagarre. Son aile frondeuse, en revanche, n’a pas de champion qui sache la rassembler. Martine Aubry aurait été en mesure de le faire. Oui mais voilà, elle ne le veut pas. La maire de Lille avait tous les atouts en main pour être une candidate crédible et performante. La seule différence entre elle et son père est qu’elle n’a jamais entretenu le moindre suspense sur ce point. 

Dans pareil contexte, l’encombrement des ambitions face au Président sortant est à la fois logique et suicidaire. Vu l’état où est aujourd’hui la gauche, cela ne changera rien au destin d’une présidentielle dont on voit mal comment elle pourrait ne pas la perdre avec fracas. La primaire du PSne règle d’aucune façon la question de la dispersion du camp progressiste dès lors que les écolos de Cécile Duflot n’ont pas renoncé à faire entendre leur petite musique et que Jean-Luc Mélenchon poursuit avec méthode son œuvre de destruction massive. 

Si on lève le nez en regardant plus loin que 2017, on constatera simplement, à l’épreuve des faits, que pendant que les uns réinventent la SFIO et les autres le Parti communiste d’autrefois, certains, comme par réflexe, rejouent les grandes heures du PSU, de ses querelles d’apothicaire et de ses multiples tendances, toutes plus radicales les unes que les autres. C’est seulement en ce sens que la candidature Hamon dépasse l’anecdote. Elle relève de la mise en scène dans ce remake que la gauche est en train de rejouer.

Challenge

 

dimanche, 31 juillet 2016

Ces "arguties juridiques" qui sont notre force

La France ne peut pas concevoir le combat contre le terrorisme, contre la radicalisation, autrement qu’avec les armes du droit. Le droit n’est pas une faiblesse. Il est notre force. La démocratie ne nous lie pas les mains. C’est pour sa préservation que nous nous battons.

Assassiner un prêtre est le dernier acte monstrueux d’une liste désormais tragiquement remplie. La détermination totale dans cette guerre – car c’en est une – ne devrait jamais se traduire par la renaissance des lettres de cachet ou la réhabilitation de la loi des suspects… Autrement dit, par la légalisation de la tyrannie de l’arbitraire.

Emportés par l’émotion et l’inquiétude, la tentation est grande d’en appeler à la « pensée magique », quitte à sortir de notre Constitution, quitte à sortir de la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH), quitte à sortir de ce qui fait la France.

C’est ainsi que l’ancien président de la République, Nicolas Sarkozy, qui a supprimé des dizaines de milliers d’emplois de magistrats, de policiers et de gendarmes, propose de réduire notre droit à un système d’exception, dont nous savons, pour le voir en œuvre dans d’autres pays, qu’il est inefficace et ne saurait nous garantir contre les impulsions meurtrières des terroristes.

Suggérer que « toutes les personnes qui sont aujourd’hui sous contrôle judiciaire pour des faits de terrorisme doivent être placées en détention provisoire et non plus laissées en liberté »revient à demander d’effacer l’article 9 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789… Conseiller « la rétention administrative pour les individus fichés les plus dangereux »est méconnaître l’article 66 de la Constitution, qui prévoit que la privation de liberté ne peut être prononcée que par un juge judiciaire. Remettre en cause « la présomption d’innocence » pour« ceux qui ne sont pas encore passés à l’acte », c’est bafouer la très ancienne et constante jurisprudence du Conseil constitutionnel.

La détermination ne justifie pas l’aveuglement. Et croire que les imprécations décourageront nos ennemis est un leurre. Aussi, si des adaptations sont légitimes, elles ne peuvent s’émanciper de nos valeurs fondamentales.

C’est ainsi que, dans bien des domaines, nous avons été au plus loin des possibilités permises par la Constitution et nos engagements internationaux. Ainsi l’article 7 de la récente loi du 3 juin 2016 renforçant la lutte contre le terrorisme a-t-il allongé à six mois renouvelable la durée du mandat de dépôt en matière délictuelle pour le terrorisme, en conservant les durées maximales actuelles de détention provisoire, qui étaient déjà les plus élevées de notre code de procédure pénale.

De même, l’article 12 de la loi du 21 juillet 2016 sur l’état d’urgence a prévu que la durée totale de détention provisoire applicable aux mineurs âgés de 16 à 18 ans soit portée à deux ans pour l’instruction du délit d’association de malfaiteurs en lien avec une entreprise terroriste (contre un an auparavant) et à trois ans pour l’instruction des crimes terroristes d’atteintes volontaires à la vie (contre deux ans auparavant).

Parallèlement, la peine obligatoire d’interdiction de territoire français pour des étrangers ayant des activités en lien avec le terrorisme est désormais applicable, à titre définitif ou temporaire, aux personnes condamnées pour acte de terrorisme, sauf décision contraire du juge.

Faut-il souligner que le maintien de la fermeture des lieux de culte et la suppression des crédits de réductions de peine automatique pour les condamnés pour terrorisme font déjà partie de notre arsenal législatif ? Que la retenue pour vérification de la situation de la personne dont le comportement peut être lié à des activités terroristes est maintenant dans la loi du 3 juin ?

Ces adaptations sont conformes à nos règles constitutionnelles et européennes, qui ne peuvent être considérées comme des « arguties juridiques » faisant obstacle à la mise en œuvre de moyens adaptés aux défis du terrorisme.

Le mirage d’une fuite en avant législative, voire constitutionnelle, ne gommera pas les défis auxquels nous faisons face et qui devraient rendre modestes les plus fanfarons.

Car la réalité doit être dite : d’autres attentats auront lieu et leurs auteurs ne seront pas tous, loin s’en faut, connus de nos services de police ou de renseignement ou passés par nos prisons.

Faut-il avoir déjà oublié les attentats qui ont endeuillé notre pays depuis 2012, pour oser dire que l’on a trouvé la solution à ces drames en se focalisant sur les seules personnes inscrites sur nos radars ? Faut-il être aveugle à ce point aux évolutions de nos sociétés occidentales qui produisent, de manière autonome, indépendante de tout réseau terroriste et parfois de tout parcours délinquant, des soldats obéissants de l’organisation Etat islamique ? Le combat sera long et son volet sécuritaire ne sera pas le moins difficile.

Notre Constitution garantit les libertés publiques pour qu’en France on ne puisse pas enfermer sans preuves. L’arbitraire n’est pas acceptable et, au nom de l’efficacité, je refuse cette volonté de « guantanamoïsation » de notre droit.

La Déclaration des droits de l’homme et du citoyen est notre boussole. Les règles qu’elle pose sont ce que le philosophe Ludwig Wittgenstein appelait la « roche dure ». L’indubitable. Et on ne s’attaque pas à la roche dure sans risquer de nous perdre.

Jean Jacques Urvoas

 
 


En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/idees/article/2016/07/28/jean-jacques-urvoas-ces-arguties-juridiques-qui-sont-notre-force_4975616_3232.html#K9Zm3SxTxV2geLYf.99

samedi, 30 juillet 2016

Face au terrorisme,affûter les armes du droit et de la démocratie

Daesh est-il en passe de l’emporter? La question brûle les lèvres. Car si l’État islamique perd du terrain au Levant, son plan répugnant fonctionne à plein, ici, en France.

La multiplication des attaques et des victimes innocentes le confirme, portée par son pouvoir d’attraction morbide auprès d’une partie de la jeunesse issue de l’immigration.

Mais le plus vif succès de l’État islamique est ailleurs: dans le raidissement – sans précédent depuis l’entre-deux-guerres – d’une partie de la classe politique française. Celle qui se livre, depuis le terrible attentat de Nice, à une vertigineuse surenchère sécuritaire et verse dans le discours nationaliste.

 

Celle qui assume de vouloir concurrencer l’extrême droite sur son terrain identitaire et populiste, et qui plaidait, avant même que le monstre Daesh ne surgisse du chaos proche-oriental, pour un rapprochement avec les thèses marino-lepenistes.

Celle qui, cyniquement, voit dans la terrible période traversée par notre pays une occasion historique de gagner le pouvoir et de remporter, dans un même élan, une bataille idéologique aussi ancienne que la République.

En France, en Europe, dans les grandes démocraties occidentales, le but de guerre de l’État islamique est rudimentaire: que la haine réponde à la haine, que la violence pure finisse par répondre à la violence pure, que l’exaltation et la frénésie répliquent au fanatisme et au nihilisme.

La raison d’être du terrorisme islamique est de créer les conditions d’une radicalisation de nos sociétés de droits et de libertés pour démontrer – d’abord aux musulmans – que leur vision manichéenne du monde est juste.

Un monde que Daesh rêve de partager en deux : les supposés oppresseurs des civilisations occidentales sécularisées face aux tenants d’une interprétation de l’islam totalement dépravée.

Aussi grossier soit ce piège, aussi tristement prévisible soit-il, beaucoup, parmi les responsables politiques français, s’y laissent prendre… par aveuglement ou par complaisance.

À voir le déferlement de haine et les propos xénophobes ou plus simplement accusateurs qui s’emparent des réseaux sociaux, à analyser avec lucidité les propositions produites par plusieurs responsables politiques de premier rang, oui, Daesh vient de remporter une victoire malheureusement éclatante. Moins par l’horreur des assassinats de masse perpétrés en son nom que par la radicalisation qu’elle est parvenue à susciter dans la classe politique et une partie de l’opinion publique.

Avec les attentats de Paris, de Nice, de Saint-Étienne-du-Rouvray, Daesh a commencé de gagner les esprits: celui des terroristes, têtes faibles ou fanatisées, isolés ou en réseau, qui diffusent la peur par le crime; celui, aussi, des responsables politiques lorsqu’ils parient sur la colère, le désarroi, la peur et la haine pour faire entrer le peuple en fusion. Et rompre toutes les digues, à commencer par cet État de droit si difficilement construit, fruit d’une longue histoire, qui préserve notre espace démocratique et républicain.

Face au terrorisme, il faut affûter, autant que possible, toutes les armes du droit et de notre démocratie.

C’est le cas lorsque nos règles permettent déjà la fermeture des lieux de culte radicalisés.

C’est le cas lorsque l’État rattrape, à marche forcée, la saignée pratiquée par le passé dans nos effectifs militaires et de maintien de l’ordre.

Renforçons notre système de renseignement, si profondément déstabilisé par la réforme lancée en 2008, 3 ans avant les tueries de mars 2012 à Toulouse et Montauban.

Imaginons un suivi plus resserré des personnes radicalisées ou susceptibles de passer à l’acte.

Obligeons l’islam de France, avec ses instances religieuses et sans angélisme, à respecter toutes les lois de la République et à éradiquer les sources de fanatisme en son sein.

Débattons – enfin ! – de l’échec si cuisant, si douloureux, et bien souvent naïf, de la politique d’intégration menée dans notre pays depuis 30 ans, par la gauche comme par la droite.

Mais plaider pour la création d’un Guantanamo à la française ou l’enfermement systématique de tous les suspects, c’est ouvrir le champ à l’arbitraire.

Ce serait donner au terrorisme islamique une raison supplémentaire d’exister et de se déployer. Sans aucun gain pour notre protection. 15 ans après le 11 septembre 2001, il n’est qu’à voir l’échec de la politique hyper-sécuritaire conduite par les États-Unis et le carburant fourni par la liturgie bushiste aux islamistes de tous poils.

Faire le procès des seuls gouvernants du jour, sans avoir l’humilité de reconnaître la part d’échecs collectifs, c’est répondre à une crise majeure par une sombre instrumentalisation politique.

De grâce, n’ajoutons pas au drame abject des victimes innocentes de la barbarie, le but profond recherché par Daesh: gagner nos têtes, forger nos mots, et précipiter notre pays dans l’inconnu. À l’image des périodes les plus noires de notre histoire.

 Florent Boudié, député PS

mercredi, 27 juillet 2016

Indigne!

Quelle mouche a donc piqué le Premier Fédéral du PS héraultais, conseiller régional et accessoirement  attaché parlementaire de la députée Fanny Dombres Coste ?

C'est avec stupeur qu'on a découvert ses propositions : instauration de la loi martiale, enfermement des "suspects "dans des camps de rétention sous 8 jours,  ,perpétuité réelle..... Cambadélis avait appelé le PS à se dépasser : il n'imaginait  certainement pas que le premier responsable de la fédération de l'Hérault allait dépasser Wauquier, Le Pen et consorts sur leur droite extrême.

Oui, l'effroi provoqué par ces attentats est immense. 

Oui, nous sommes tous choqués par ces attentats qui, de Charlie à aujourd'hui,  attaquent notre République démocratique et laïque.

Oui, il nous faut protéger tous nos concitoyens.

Oui, il nous faut faire face au totalitarisme islamique. 

Mais pas en reniant ce que nous sommes. Pas en reniant les valeurs fondamentales de notre République. Pas en mettant à bas l'état de droit. 

A Wauquier, qui n'était pas allé aussi loin que Bourgi, voici ce que le Premier Ministre, Manuel Valls , répliquait il y a quelques jours:« La France dont je dirige le gouvernement ne sera pas celle où seront instaurés des centres où l'on enferme de manière indéterminée pour un temps indéterminé des individus qu'on suspecte, pour reprendre votre mot. Je ne me laisserai jamais entraîner par un opportuniste ».

 

Karine Chevalier


 

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Face à une idéologie fanatique, nous devons réenchanter la nation républicaine

L’islamisme radical, avec l’Etat califal islamique (dit Daech) comme fer de lance, mène une guerre implacable au peuple français. Dans ce contexte grave, il convient de se ressouder autour des mots, valeurs et symboles de la Nation et de la République en évitant les accusations faciles et autres inepties argumentaires. Hélas, trois d’entre elles se sont récemment exprimées.

La première est provenue des rangs de la droite dans la foulée du massacre de Nice, via des formules à l’emporte-pièce du style « si tous les moyens avaient été pris, le drame n’aurait pas eu lieu » (Alain Juppé). Quels moyens ? L’expulsion des Maghrébins, l’enfermement à vie des maris violents, l’interdiction de louer des camions pour les repris de justice ? Absurde. Face à la vague terroriste, le gouvernement Valls va aussi loin que l’y autorise l’État de droit, même s’il sera sûrement amené à renforcer en quantité et en qualité le dispositif général ; en attendant, que le premier ministre soit attaqué est d’autant plus injuste qu’il fut parmi les tout premiers à gauche à nommer courageusement et dès le 11 janvier 2015 l’ennemi, à savoir « le terrorisme, le djihadisme et l’islamisme radical », impulsant de nouvelles mesures relayées par un Bernard Cazeneuve dont tous les responsables politiques s’accordent à reconnaître le même sérieux.

La seconde ineptie provient justement de cette gauche angélique ou complaisante qui stigmatise la prorogation de l’état d’urgence sous le double prétexte fallacieux qu’il serait à la fois inefficace et liberticide. Or non seulement celui-ci a déjà permis aux forces de l’ordre et à la justice de gêner ou d’entraver la perpétration d’actes délictueux ou criminels liés au terrorisme, mais encore il n’a manifestement dérangé ni le mouvement Nuit debout des mois durant, ni des dizaines de manifestations syndicales, ni la tenue de l’Euro, et moins encore la libre expression de positions contestataires dans les médias et en place publique. Décidément, on aura connu sous d’autres latitudes ou en d’autres temps nationaux des états d’urgence plus contraignants…

La troisième erreur grave consiste à critiquer comme inutile voire contre-productive l’action militaire de la France en Syrie, en Irak, au Mali et ailleurs contre l’État islamique et ses avatars. Les géopolitologues que nous sommes affirmons que si Daech ne subissait pas les coups de la coalition et notamment de nos Rafale, il conquerrait d’autres espaces, d’autres populations et d’autres ressources, jusqu’à devenir une vraie puissance plus menaçante et déstabilisatrice encore qu’aujourd’hui. En outre, infliger des défaites objectives et visibles sur son terrain originel mais aussi au Sahel, c’est ôter à cette organisation terroriste l’aura conférée par ses premières victoires que des esprits manipulables ou déjà fanatisés avaient interprétée ces dernières années comme un soutien divin. À juste titre, le ministre de la défense Jean-Yves Le Drian écrivait récemment que nous étions « en guerre » ; elle nous a été imposée et nous devons la mener jusqu’à la victoire.

 

Cependant, face à une idéologie fanatique, il est vrai que l’emploi du RAID, des régiments de parachutistes et des forces spéciales, absolument nécessaire, ne suffit pas. L’islamisme radical incarne une forme de romantisme révolutionnaire morbide, opposons-lui pour paraphraser Max Weber, le ré-enchantement de la nation républicaine à travers plus de civisme, de solidarité, d’apprentissage de nos symboles, de revalorisation de notre récit national commun, et tout cela dès l’école. Autrefois perçue à gauche comme ringarde ou apanage de l’extrême droite – un non-sens historique absolu ! – la nation en tant que représentation collective est aujourd’hui plus précieuse que jamais, pour deux raisons.

D’abord c’est bien toute la nation française qui est haïe et frappée par les islamistes pour ce qu’elle est – depuis des siècles et du fait de ses valeurs républicaines et démocratiques assumées –, et non pour ce qu’elle fait – à savoir telle politique intérieure ou étrangère à un instant T. Seuls les « idiots utiles » de l’islamisme pouvaient encore prétendre que ce phénomène était encouragé par le conflit israélo-palestinien, la loi de 2004 protectrice de l’école sur les signes religieux ostentatoires (improprement appelée loi sur le voile), des caricatures de Mahomet ou encore « l’islamophobie », cette imposture si bien flétrie par Charb le directeur de Charlie-Hebdo avant son lâche assassinat par les frères Kouachi. Et à présent, suite aux tueries effectives du Bataclan, de Magnanville et de Nice et après celles ratées du Thalys et de Villejuif, qu’est-ce que les « Je ne suis pas Charlie » de janvier 2015 vont encore nous inventer pour stigmatiser la république et éluder la gravité du fléau islamiste ?

Ensuite, au sein de notre nation républicaine, chacun dispose des mêmes droits et devoirs devant la Loi, « l’expression de la volonté générale » selon l’article 6 de la Déclaration universelle des Droits de l’Homme et du Citoyen de 1789, quels que soient ses origines, convictions, profession, choix spirituels et orientations sexuelles. Précisément tout ce qu’abhorrent nos ennemis fanatiquement racistes, antisémites, misogynes, contempteurs de la culture et des libertés, sur les plans idéologiques mais aussi tactiques ; plusieurs millions de musulmanes et de musulmans participent en effet loyalement de notre modèle et échappent ainsi à leur férule ; on rappellera que trente d’entre eux ont été assassinés sur la Promenade des Anglais le… 14 juillet. Ces citoyens français musulmans ont naturellement toute leur place au sein de la nation et sous l’aile protectrice de la république. Les islamistes, aucune.

Prenons garde de ne pas défendre avec suffisamment de force et de vigueur notre ordre républicain laïc et démocratique ; sous les effets d’une légitime exaspération des Français face au terrorisme, c’est un ordre fascisant et réellement xénophobe qui pourrait bien à terme s’y substituer…

Frédéric Encel et Yves Lacoste publient à la rentrée aux Presses universitaires de France un livre intitulé Géopolitique de la Nation France.

 

mercredi, 20 juillet 2016

#Turquie: Sommes-nous à une "Fin de l'Histoire" de la laïcité?

Sommes-nous à une "Fin de l'Histoire" de la laïcité à Ankara et Istambul ? Je le crains. L'arrestation en cours de près de 3000 juges et magistrats - suspectés d'être proches de ceux qui ont orchestré le putsch raté de ce week-end - ... en est juste une illustration.

Depuis plusieurs années, il y a un combat larvé entre une partie de la société civile et le pouvoir en place, les progressistes ayant très vite suspecté Recip Erdogan de se transformer progressivement en dictateur, et en dictateur islamiste. Ayant annoncé il y a quelques années qu'il souhaitait faire évoluer la constitution turque - celle mise en place avant-guerre par Mustafa Kemal Atatürk - il s'est heurté à une opposition plutôt forte, déterminée au point de perdre un scrutin important au printemps l'an dernier. Mais, Président de la Turquie, il riposte et organise des élections législatives à l'automne et, en bon populiste arrangueur de foule, il mobilise. Et gagne.

Cette droite religieuse affirmée avait déjà voulu imposer le foulard aux filles et aux femmes à l'école et à l'université, et cette tentative avait échoué grâce à une forte mobilisation des villes, et à un appui sur la Constitution turque.

Les images propagées depuis hier , montrant quelques centaines de pro-Erdogan brandissant des fannions, ont fait l'échec de ce coup d'état militaire : Erdogan, qui a communiqué via son Iphone depuis 3 jours, mobilisait en fait dans quelques banlieues et dans les campagnes pour faire venir ces personnes. Jusque là, le peuple turc n'avait pas trop bougé...

Bref, la situation est grave en Turquie, très manipulée et par les uns et par les autres. L'échec du putsch d'hier illustre que les partisans de Recip Erdogan avaient aussi infiltré l'armée, socle pendant près d'un siècle de la laïcité et de la république turque.

Un pas est donc franchi aujourd'hui en Turquie, jusqu'à l'annonce de l'arrestation d'un tiers des magistrats .... La mise en circulation d'images montrant des militaires putchistes torse nu assis dans des camions découverts est une volonté d'humilier l'armée et ressort de la même logique : mépris des institutions et propagande en marche.

Les vieilles recettes marchent et c'est d'une tristesse infinie..

mardi, 19 juillet 2016

La Peste #Nice #13novembre #Charlie

Le terrorisme est comme la peste : il révèle la vraie nature des hommes. Il y a les grands, qui se taisent et les petits, qui polémiquent, critiquent, jugent, condamnent. Les réactions politiques des dernières 24 heures, en ont fait le triste partage.

La peste rouge du terrorisme vient de frapper la France pour la 3 ème fois en 18 mois. C’est une inquiétude plus profonde que la peur qui nous saisit : devrons-nous accepter de voir sacrifiés plusieurs dizaines d’entre nous à rythme régulier comme s’il s’agissait d’une dette à expier sur la folie humaine? Outre « la Peste », toute la mythologie porte cette interrogation : quelle faute avons-nous commise de devoir éternellement accepter de nourrir le monstre d’offrandes sacrificielles ?

Cette faute, c’est la barbarie, la cruauté sous toutes ses formes et degrés, qui telle l’ogre Cronos, se nourrit de ses enfants. Berlin, où je suis aujourd’hui, Moscou, Pnom Penh, Kigali… Tant de lieux qui furent des lieux d’où la folie est née comme un feu que personne n’arrivera à éteindre et qui se sont déclinés en massacres et en camps. Aujourd’hui Daesh, cet état sans visages et presque sans noms autres que ceux de ces crimes.

Ces folies totalitaires ne cherchent pas tant à convertir qu’à contaminer. La radicalisation n’est pas un enseignement que l’on cherche à partage c’est un poison que l’on inocule aux siens. Les autres ne méritant que de périr. Après l’attentat de Breivik, la roi de Norvège avait demandé que son pays réponde par toujours plus de tolérance et d’amour. Cela est-il aujourd’hui possible ? Dire non est terrible, dire oui n’est pas dans le moment actuel, crédible.

La peste, après des siècles, des millions de morts, des centaines de pages, nous avons plus ou moins appris la traiter quand elle est limitée et qu’elle reste sporadique, mais le vaccin qui nous débarrasserait  de toutes ses formes et de ses foyers multiples, nous le cherchons toujours.

 

Michèle Delaunay

lundi, 18 juillet 2016

Communiqué de Manuel Valls , premier ministre et Bernard Cazeneuve , ministre de l'Interieur

Face au terrorisme qui nous a frappés à nouveau le 14 juillet au soir à Nice, le Président de la République a rappelé la nécessité de l’unité nationale et la détermination de notre pays à vaincre la barbarie djihadiste.

M. Manuel Valls, Premier ministre, et M. Bernard Cazeneuve, ministre de l’Intérieur, souhaitent apporter les précisions suivantes sur l’action que mène le Gouvernement depuis 2012 pour lutter contre ce fléau.

Contrairement à ce que le président du parti les Républicains a affirmé ce soir, aucun Gouvernement n’a fait autant jusqu’à présent pour lutter contre le terrorisme.

Nous répondons d’abord par une mobilisation totale de nos forces, dont nous rehaussons les effectifs – 9 000 emplois de policiers et de gendarmes recréés sur l’ensemble du quinquennat, dont 1900 pour renforcer le renseignement intérieur, quand 12 500 avaient été supprimés entre 2007 et 2012. Le Ministre de l’Intérieur a également mis en œuvre un nouveau schéma national d’intervention des forces sur l’ensemble du territoire et a modernisé l’équipement et l’armement des primo-intervenants, policiers des BAC et gendarmes des PSIG. Cela a été rendu possible par une augmentation de 17% des crédits de fonctionnement des forces de sécurité intérieure, là où ils avaient diminué d’autant lors du précédent quinquennat. Les services de renseignement ont été réformés par la création de la DGSI, du SCRT et d’un Etat-Major opérationnel de Prévention du Terrorisme qui coordonne la politique de prévention de la radicalisation et contrôle la qualité du suivi des individus radicalisés. Le Fichier de Signalement des Personnes Radicalisées à caractère Terroriste, créé en 2015, permet d’assurer un suivi permanent de 12 000 individus.

Nous répondons ensuite par l’adaptation de nos outils juridiques. Trois lois antiterroristes et une loi renseignement ont été adoptées au cours du quinquennat. Une première loi antiterroriste adoptée dès décembre 2012 permet de juger des ressortissants Français pour leur participation à des infractions terroristes commises à l’étranger. Cette loi, conjuguée à l’action de nos services de police et de renseignement, a déjà permis d’ouvrir près de 300 procédures judiciaires à l’encontre de plus de 1200 de nos ressortissants impliqués dans des filières djihadistes. Une deuxième loi antiterroriste, adoptée le 13 novembre 2014, a créé l’interdiction de sortie du territoire (IST), l’interdiction d’accès au territoire (IAT), la fermeture et le déréférencement de sites faisant la propagande terroriste sur la toile. La loi du 3 juin 2016 renforçant la lutte contre le crime organisé, le terrorisme et leur financement permet désormais l’utilisation, dès le stade de l’enquête préliminaire, de moyens spéciaux d’enquête jusqu’alors réservés à l’information judiciaire, comme la sonorisation de lieux privés, l’utilisation d’imsi-catcher, le recours élargi aux perquisitions de nuit. La loi instaure en outre la perpétuité réelle pour les auteurs de crimes terroristes et durcit les conditions de la détention provisoire et des aménagements de peine. Toutes ces dispositions sont applicables depuis la promulgation de la loi. Enfin, la loi Savary du 22 mars 2016 a également renforcé le niveau de sécurité dans les transports.

Nous y répondons également par une action déterminée pour la prévention de la radicalisation. Dès avril 2014, un plan global de lutte contre les filières djihadistes a été lancé, avec notamment la création d’un numéro vert pour les familles qui a déjà permis de signaler plus de 5 000 individus, et d’empêcher de nombreux départs. La lutte contre la radicalisation est une priorité parfaitement identifiée et le Gouvernement a annoncé le 9 mai dernier un plan très complet de 80 mesures pour lutter contre la radicalisation et contre le terrorisme, avec notamment la création d’un centre de réinsertion et de citoyenneté  par région d’ici fin 2017. Le premier Centre de réinsertion et de citoyenneté ouvrira le 1er septembre en Indre et Loire.

Nous y répondons au plan européen. Sous l’impulsion de la France, les instances européennes ont adopté des mesures indispensables : une modification de l’article 7-2 du code Schengen permettant un renforcement des contrôles aux frontières extérieures de l’Union, la création d’un corps de garde-frontières et de garde-côtes européen, la révision de la directive sur les armes à feu, et l’adoption du PNR.

Contre le discours radical islamiste, le Gouvernement est extrêmement ferme : depuis 2012, 80 mesures d’expulsion ont été prononcées à l’encontre de prêcheurs de haine ou de pseudo-imams autoproclamés. Dix mosquées ou salles de prières radicalisées ont été fermées. Aucune ne l’avait été au cours du précédent quinquennat. Quant à la mosquée En Nour de Nice, son ouverture a été décidée non par le Préfet mais par la justice, sanctionnant les manquements de la municipalité de Nice au respect des règles de droit. Nous sommes, en effet, un Etat de droit.

La question de la « rétention administrative » a été examinée avec la plus grande attention par le Gouvernement. Soit un individu isolé conçoit un projet de passage à l’acte dans un registre collectif ou individuel, et il ne relève pas d’une rétention administrative mais de la prison au titre des infractions pénales à caractère terroriste ; soit il n’existe pas d’éléments de preuve justifiant d’un risque terroriste (et la fiche S constitue un élément de mise en attention, un outil de renseignement mais pas un élément de preuve) et par conséquent la mesure de restriction de liberté au titre de l’article 66 de la Constitution ne peut être mise en œuvre, car elle est non conforme aux règles constitutionnelles et européennes. Du reste, le Conseil d’Etat, dans l’avis qu’il a rendu sur cette question le 17 décembre 2015, à la demande du Gouvernement, s’est exprimé sans appel : « en dehors de toute procédure pénale, la détention de personnes présentant des risques de radicalisation est exclue sur le plan constitutionnel et conventionnel. » Notre Constitution garantit les libertés publiques : l’arbitraire n’est pas constitutionnel. Surtout, il n’est ni acceptable, ni efficace. 

Par ailleurs, la consultation habituelle des sites djihadistes est un délit passible de deux ans d’emprisonnement et 30 000 euros d’amende depuis le 3 juin dernier. Ces dispositions complètent la législation existante et sont d’ores et déjà applicables.

Enfin, l’isolement des détenus radicalisés est testé depuis janvier 2015 dans cinq établissements pénitentiaires. Les détenus radicalisés sont séparés des autres et incarcérés individuellement. Ils suivent en outre un programme spécifique.

Cette action résolue donne des résultats : 16 attentats ont été déjoués sur notre sol depuis 2013. 160 individus en lien avec des activités terroristes ont été arrêtés depuis le début de l’année en France, grâce à l’action de nos services. Depuis le rétablissement des contrôles aux frontières au soir du 13 novembre, 48 millions de personnes ont été contrôlées à l’ensemble de nos frontières terrestres, aériennes et maritimes, et 28 000 individus ont été empêchés d’entrer sur notre territoire.

Le Gouvernement est totalement déterminé à poursuivre et à amplifier cette action, dans le respect de nos règles démocratiques, de la cohésion nationale, au seul service de la sécurité des Français et de la défense de la France.

vendredi, 15 juillet 2016

L'horreur #Nice


samedi, 09 juillet 2016

Feu le rocardisme !

Pauvre Michel Rocard ! Ils l’encensent tous sur son lit de mort pour mieux repartir à la castagne comme si de rien n’était. Les socialistes contre les socialistes, emmurés dans l’arène qu’ils ont eux-mêmes construite. Le projet de loi El Khomri est devenu leur cercueil. La droite l’a senti. Elle s’est retirée du combat, n’a pas déposé de motion de censure, s’est installée dans les gradins pour mieux contempler le massacre. Sont-ils devenus fous ?

D’un côté, le premier ministre Manuel Valls qui bombe le torse, revendique l’usage du 49.3, se targue de gouverner désormais avec « une majorité relative », ce qui est une façon de revendiquer toutes les pertes en ligne qui ont émaillé le quinquennat de François Hollande : les Duflot, Montebourg, Taubira, Hamon, Filippetti partis s’égailler ou s’enliser ailleurs, c’est selon.

 

De l’autre, les frondeurs qui restent minoritaires, n’ont pas recueilli les 58 signatures nécessaires au dépôt d’une motion de censure, n’ont pas eu « la peau » du chef du gouvernement mais ont réussi autre chose de plus toxique encore : inoculer ce poison dans l’opinion que le dernier grand texte du quinquennat d’un président issu des rangs socialistes est une loi antisociale qui réduit les protections et joue contre le pouvoir d’achat.

 

Pourquoi ? Parce que l’ultime amendement que 123 députés socialistes voulaient faire accepter portait sur la rémunération des heures supplémentaires et qu’il a été rejeté par Manuel Valls.

Le procès est instruit : le premier ministre qui s’est imposé à François Hollande aux heures noires du quinquennat n’est pas de gauche. Il n’est pas social, il est même antisocial. C’est facile et injuste car le projet de loi El Khomri est un texte de gauche, soutenu par les syndicats réformistes, au premier rang desquels la CFDT.

Outre la réorganisation du code du travail et le développement de la négociation en entreprise, il comporte un nouveau droit – « le compte personnel d’activité », que la CGT défendait au côté des autres organisations syndicales sous le nom de « sécurité sociale professionnelle ». Mais qui aujourd’hui pour le dire ?

A force de se haïr, la gauche se suicide. Elle piétine par la même occasion l’héritage rocardien qu’elle a eu tant de mal à faire sien.

 

Lorsque, à la fin des années 1970, Michel Rocard théorisait l’existence au sein du Parti socialiste de deux sensibilités, la deuxième bien plus réaliste que la première, ce n’était pas pour que l’une tue l’autre mais pour que les deux s’apprivoisent. Il voulait que l’idéal colle au réel.

Et ce fut un peu le cas dix ans plus tard lorsqu’il devint premier ministre de François Mitterrand et que, de cette cohabitation difficile, naquirent au moins deux réformes qui continuent de marquer les esprits : l’instauration du revenu minimum d’insertion (RMI) et celle de la contribution sociale généralisée (CSG), mais aujourd’hui, basta !

Ceux qui l’encensent et se revendiquent de lui, les Valls, les Hamon notamment, ne cherchent plus ni à se comprendre ni à pactiser. Ils guerroient, creusent le fossé, texte après texte, au point d’imposer au président de la République l’ultime « clarification », cette primaire que la gauche avait inventée en 2011 pour gagner et qui, aujourd’hui, est faite pour trancher les désaccords aussi sûrement que la guillotine.

 

 

 

 


En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/idees/article/2016/07/07/feu-le-rocardisme_4965209_3232.html#0tREd6yOzHxeOYb0.99

vendredi, 08 juillet 2016

Hommage à Michel #Rocard


jeudi, 07 juillet 2016

Nous sommes si nombreux à avoir été rocardiens

La mort de Michel Rocard nous fait comprendre tout le poids de nos erreurs pendant un demi-siècle parce qu’il fut un des seuls hommes politiques de premier plan à comprendre et à combattre ces erreurs. Il fut mis en marge du pouvoir politique parce que la France a presque constamment tourné le dos aux exigences du présent et de l’avenir, parce qu’il avait compris le sens précurseur de 1968 et surtout à l’emprise croissante des marchés internationaux sur les politiques nationales de reconstruction. Alors que l’Europe choisissait la social-démocratie, Allemagne en tête, la France resta longtemps enfermée dans le rêve d’une politique « révolutionnaire » pourtant rendue impossible par la division de l’Europe à Yalta.

Une génération plus tard, alors que nous sommes déjà engagés dans la globalisation économique et dans une société de communication qui transforme profondément aussi bien les acteurs dirigeants que les populations dominées, la France continue à accuser de ses échecs la politique « d’austérité » de Bruxelles, au lieu de corriger ses propres erreurs. Nous abordons les prochaines élections avec un Front national qui court en tête, une reprise économique encore insuffisante pour faire reculer le chômage et une politique de la recherche et des universités qui nous laisse encore loin derrière les Américains et les Britanniques. Les jeunes français partent par dizaine de milliers en Angleterre, aux États-Unis, au Canada et en Australie pour trouver un emploi.

 

Si Michel Rocard est si populaire parmi les Français, c’est parce que la majorité de ceux-ci se sent coupables de ne pas avoir suivi le chemin qu’il nous montrait. Même beaucoup de ceux et de celles qui ont refusé de choisir la pensée et l’action qu’il nous proposait se sentent aujourd’hui mauvaise conscience et reconnaissent que c’est lui qui avait raison dans ses choix les plus généraux et aussi dans les situations les plus dramatiques, comme celle de la Nouvelle-Calédonie où il a évité un massacre de masse.

Si nous sommes si nombreux à avoir été rocardiens, même parmi ceux qui ont refusé de lui confier l’avenir de la France, ce n’est pas parce qu’il savait convaincre et démontrer, c’est pour deux raisons bien différentes : la première est que nous n’avons jamais douté qu’il cherchait à servir seulement l’intérêt général. La seconde est plus importante encore : cet homme, qui avait un goût si exigent pour la compétence et donc pour la connaissance, était guidé, dans le monde obscur de la politique, par la passion de la dignité de chaque être humain, quel que soit son mode de vie, de penser et de croire.

Michel Rocard a mieux compris ce que nous continuons à attendre de la politique : non pas de la grandeur mais de l’espoir.

On peut comprendre qu’après de grandes illusions et tant de fausses prophéties des sages nous engagent à nous contenter d’une politique bien faite, transparente et honnête. Mais Michel Rocard a mieux compris ce que nous continuons à attendre de la politique : non pas de la grandeur mais de l’espoir ; non pas de solides équilibres mais de la solidarité ; non pas une gestion rassurante mais des découvertes exaltantes et auxquelles chacun de nous soit conscient d’avoir contribué par ses efforts et par son plaisir de la partie bien jouée. Pour lui-même il n’a demandé à la politique que la joie de l’obstacle surmonté et de l’ascension réussie par tous.

Ce que nous lui devrons encore quand nous sentirons que sous nos pieds la route à nouveau monte, ce sera de nous souvenir que son but principal a toujours été de nous maintenir à la hauteur de ceux et de celles qui ont marché avant nous et de ceux et de celles qui chercheront après nous le bonheur de vivre plus libres.

Alain Touraine