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lundi, 29 août 2016

Non à la prolifération de symboles politiques prônant l'inégalité des femmes

Depuis que le Conseil d'Etat a donné son avis sur l'arrêté municipal de Villeneuve-Loubet, le nombre de juristes flambe sur Facebook.

Il y ceux qui ricanent en disant qu'il est embêtant qu'un Premier ministre et un candidat à la Présidence de la république se retrouvent en porte-à-faux devant une décision du Conseil d'Etat. Ils oublient au passage la séparation des pouvoirs qui existe entre le judiciaire et le politique et le fait que cette décision ne résout rien quant aux attaques que notre modèle social et politique subit de la part d'une idéologie qui veut hiérarchiser les êtres humains, leur ôter l'égalité des droits et le libre arbitre au nom de la soumission à une autorité divine.

La nécessité de lutter contre la prolifération de symboles, non pas religieux mais politique, prônant l'inégalité de droit des femmes à raison de leur sexe n'est pas invalidée par la suspension d'un arrêté. Cela veut juste dire que ce n'est pas le bon chemin.

On passera aussi sur ceux qui voudraient que le combat contre une idéologie obscurantiste et liberticide, infiltrée dans les milieux politiques, associatifs, financés abondamment par l'étranger et pratiquant l'entrisme depuis des années, ne soit pas un long fleuve tranquille où les républicains volent de victoires en victoires... Dans chaque combat il peut y avoir des erreurs de stratégie et des échecs, mais au moins certains politiques se sont réveillés et la question de la montée des provocations islamistes est posée sur la table.

Enfin et surtout, le Conseil d'Etat n'est ni l'arbitre des élégances politiques ni le détenteur de la vérité absolue. Il peut se tromper. Et ne se substitue pas à l'action politique.

Souvenez-vous qu'il s'était montré pour le moins pusillanime sur la question du voile à l'école. Il a donc fallu faire une loi pour protéger la laïcité et l'égalité à l'école. C'est la loi qui a alors rappelé ce qui était acceptable ou non dans notre contrat social et qui a fixé une limite, là où le juge avait refusé d'agir. Aujourd'hui la loi sur l'interdiction des signes religieux ostentatoire fait l'unanimité et nous a protégé!

En effet, saisi en novembre 1989 par le ministre de l'éducation nationale, Lionel Jospin, le Conseil d'Etat avait affirmé que le port du voile islamique, en tant qu’expression religieuse, dans un établissement scolaire public, était compatible avec la laïcité.

Le symbole de l'impureté consubstantielle de la femme et de son inégalité était jugé comme parfaitement acceptable alors que les psychologues expliquent les ravages psychologiques que font chez les petites filles le fait de devoir grandir dans le rejet et la honte de son corps. C'est dire s'il ne faut pas faire du Conseil d'Etat ce qu'il n'est pas: un repère politique et le juge de ce qui est acceptable ou non dans notre société.

Ne nous interdisons pas de réfléchir au recours à la loi face à des personnes qui arborent des symboles sexistes, ou qui se baladeraient en soldats de l'Etat islamique par exemple. Cela n'empêche ni l'éducation, ni l'expression politique, mais la loi ne se crée pas ex-nihilo, elle exprime les principes et idéaux d'une société, c'est un outil incarné qui dépend aussi d'un contexte.

Quoi qu'il en soit, ne baissons pas les bras. Ce combat est politique et mérite d'être mené, pour l'avenir de nos enfants et le respect de la dignité humaine.

Celine Pina

samedi, 27 août 2016

Assumons le débat sur le burkini

Le Conseil d’Etat s’est prononcé sur l’arrêté du maire de Villeneuve-Loubet interdisant les tenues qui manifestent, de manière ostensible, une appartenance religieuse. Il a jugé que la mairie n’avait pas établi le risque de trouble à l’ordre public et qu’elle avait par conséquent excédé ses pouvoirs.
Toute décision d’interdiction doit effectivement établir le risque d’atteinte à l’ordre public et être appliquée avec discernement – j’ai déjà eu l’occasion de le dire à plusieurs reprises. Mais, comme vient de le rappeler le ministre de l’Intérieur, le Conseil d’Etat « ne prive pas les maires de ce pouvoir ; il en rappelle à nouveau les conditions de son exercice, dans un cadre juridique conforme aux principes constitutionnels. »
Cependant, cette ordonnance du Conseil d’Etat n’épuise pas le débat qui s’est ouvert dans notre société sur la question du burkini. Ce débat n’est pas anodin. C’est un débat de fond, qui vient après d’autres : il y a trente ans, la question du foulard dans les écoles, puis la loi de 2004 sur le port de signes religieux, et celle de 2010 sur le voile intégral dans l’espace public.
Bien sûr, il ne faut pas être dupe de ceux, à droite et à l’extrême-droite, qui exploitent ce débat pour pointer du doigt les musulmans. Mais au-delà, une question fondamentale se pose : dénoncer cette tenue, est-ce stigmatiser les musulmans, ou bien est-ce justement le port de signes prosélytes de cette nature qui est un risque pour tous les musulmans de France, alors assimilés à l’islamisme politique militant ?
Je veux répondre clairement : dénoncer le burkini, ce n’est en aucun cas mettre en cause une liberté individuelle. Il n’y a pas de liberté qui enferme les femmes ! C’est dénoncer un islamisme mortifère, rétrograde. Une vision que je n’accepte pas au nom même de la place que l’Islam doit trouver dans notre société.
Car il faut faire une distinction très claire. C’est, je crois, la clé du débat.
Il y a, d’une part, cet islamisme politique, qui instrumentalise une religion, qui est le fait d’une minorité. Le burkini n’est pas un signe religieux, c’est l’affirmation dans l’espace public d’un islamisme politique.
Il y a, d’autre part, la très grande majorité des musulmans, qui savent bien que le burkini est l’alliance improbable entre le mot bikini et le mot burqa – un mot qui dit bien ce qu’il veut dire !
Ces Français musulmans savent qu’ils sont une part de la culture française. Qu’ils soient pratiquants ou non, ils forment une composante essentielle de la France. Cette composante s’est diversifiée, profondément mêlée à toutes les autres composantes de notre société, à la suite de mariages mixtes, de combats politiques, sociaux, à la suite d’engagements pour la France, dans la guerre et dans la vie quotidienne. C’est une chance, il faut le redire.
Une fois cette distinction faite, la question se pose de ce qu’il faut faire, face au burkini, face aux manifestations d’un islamisme politique.
Le combat est juridique, chaque fois qu’un risque de trouble à l’ordre public sera établi. Mais le combat est d’abord, et avant tout, politique, au sens le plus profond du mot, culturel, pour dire ce que nous n’acceptons pas, car cela met en danger la cohésion de la Nation.
Le silence serait sans doute plus confortable, pour ne pas risquer les généralisations, pour ne pas aviver des plaies ouvertes au sein de la société française. Mais rester silencieux, comme par le passé, c’est un petit renoncement. Une démission de plus. Petit à petit, c’est alors notre pacte républicain qui se fissure sous le poids des communautarismes et des réflexes xénophobes qu’ils engendrent.
Les Français, tous les Français, et les musulmans eux-mêmes, attendent un regard lucide, des réponses claires.
Ils attendent qu’un Islam de son temps, revendiquant pleinement les valeurs de la République, l’emporte. Et c’est en premier lieu aux musulmans de France de le construire, de mener ce combat culturel. Ils sont les premiers confrontés à la violence du message salafiste, radical.
L’Etat est là pour accompagner et protéger les musulmans de France. Il doit être implacable face aux actes anti-musulmans, comme il doit être implacable face aux actes antisémites, anti-chrétiens ou racistes.
Avec le ministre de l’Intérieur, nous avons voulu relancer la construction d’un Islam de France, apaisé, indépendant des influences étrangères. Bernard Cazeneuve fera des propositions ce lundi.
L’Etat est là pour réaffirmer ce qui fait, depuis plus d’un siècle, la condition de notre vie en société : la laïcité. Elle n’est pas la négation du fait religieux. Elle n’est pas un instrument pour viser ou exclure une religion en particulier. Je n’accepte pas ceux qui utilisent l’argument de la laïcité pour pointer du doigt les Français musulmans. Elle est ce socle républicain qui accueille chacun en son sein, quelle que soit sa culture, quelle que soit son histoire. Elle est cette liberté moderne, émancipatrice, qui consiste à tirer une ligne nette entre ce qui relève du temporel et des choix spirituels de chacun. La laïcité, c’est la liberté de croire ou de ne pas croire. Mais c’est l’exigence, aussi, de ne jamais imposer ses croyances ou ses pratiques à l’autre. Cet équilibre, la France a su le construire. C’est sa singularité. C’est pour cela, d’ailleurs, qu’elle est visée. Cet équilibre, c’est une part de notre identité. Nous devons tous le défendre.
 
Manuel Valls

jeudi, 18 août 2016

Benoit Hamon ou l'ambition d'un apparatchick

  

Au suivant! Sur ce qu’il est convenu d’appeler l’aile gauche ou l’aile frondeuse du PS, Marie-Noëlle Lienemann est partie la première, avant l’été, suivie bientôt par Gérard Filoche. Pour ceux qui s’intéressent plus au mercato de la Ligue 1 de football qu’aux méandres de la vie politique, il convient de rappeler que la première est, à 65 ans, sénatrice de Paris, qu’elle a été deux fois ministre –de Pierre Bérégovoy puis de Lionel Jospin– dans des gouvernements qui ont mal fini à force de pencher à droite. Elle a par ailleurs suivi une carrière erratique d’élue locale entre l’Essonne et le Pas-de-Calais où elle fut un temps l’héritière présomptive de Jacques Mellick. Et qu’avant d’animer un courant du PS avec Jean-Luc Mélenchon et Julien Dray, elle avait été l’une des chefs de file de ce qu’on appelait, au début des années quatre-vingt, "les néo-rocardiens", lesquels plaidaient alors pour une réponse libérale aux défis de la crise.

Marie-Noëlle Lienemann affiche aujourd’hui un mitterrandisme de stricte obédience. Certains de ses camarades se souviennent pourtant qu’elle déconseillait à l’ancien Président de se représenter en 1988, au motif que sa candidature serait "anesthésiante". Ce qui prouve qu’en politique, on peut, tel le saumon, remonter tous les courants à la seule condition de savoir prendre le bon, au moment opportun. De ce point de vue, on ne peut pas dire que Marie-Noëlle Lienemann ait été, au cours de sa longue carrière, d’une particulière perspicacité.

A côté de sa camarade sénatrice, Gérard Filoche est un modèle de rectitude politique. Né trotskiste, il l’est resté, façon vieille taupe. Il est membre du Bureau national du PS où sa spécialité est voter avec la minorité, quelle qu’elle soit, puis de s’en expliquer avec de grands moulinets sur les chaînes d’infos en continu où il a son rond de serviette. Son originalité est de n’avoir jamais exercé la moindre responsabilité élective. Même à la proportionnelle, il a toujours échoué. C’est sans doute ce qui lui permet, à plus de soixante-dix ans, de se lancer dans une aventure présidentielle en expliquant qu’à la différence de tant d’autres, il n’a jamais trahi le moindre de ses engagements. Gérard Filoche considère "qu’une chèvre l’emporterait en 2017 face à François Hollande". Vu comme ça, on comprend mieux ses ambitions.

 

Qu’apporte Benoît Hamon à ce combat de titan? Récemment, sur le plateau du JT France 2, il a été incapable de le dire. Son programme, tel qu’il l’a esquissé, ne se différencie en rien de celui de ses camarades. Lui aussi estime que François Hollande n’est plus digne de représenter la gauche. Lui aussi veut relancer le processus de réduction du temps de travail, lui aussi veut défendre mordicus le code du travail, lui aussi veut réorienter la construction européenne, lui aussi veut rénover la démocratie française, lui aussi veut porter une sixième République sur les fonts baptismaux. 

Pour se distinguer, Benoît Hamon aurait pu jouer à son tour la carte du renouvellement, chère à Bruno Le Maire ou Emmanuel Macron. A bientôt cinquante ans, il en avait les moyens. Il ne l’a pas fait, sans doute pour ne pas souligner davantage la minceur de son expérience et la sinuosité de son parcours. Ministre délégué à l’Economie Sociale et Solidaire dans le gouvernement Ayrault, il a fait preuve, à ce modeste poste, d’un sens de la discipline parfaitement remarquable.

Entre 2012 et 2014, Benoit Hamon a tout avalé –et tout négocié– en silence: le pacte budgétaire européen et même le virage libéral du pacte de responsabilité. Sans lui, Manuel Valls n’aurait pas été Premier ministre. Sans la cuvée du redressement de Frangy servie trop généreusement par son complice de l’époque, Arnaud Montebourg, il n’aurait pas été le ministre de l’Education le plus bref de la Cinquième République –cinq mois à peine. 

Frondeur tardif, Benoît Hamon n’a conservé du rocardisme de ses jeunes années qu’un sens très relatif du bon tempo en politique. Le contretemps est sa spécialité. Quand il lui arrive, comme par mégarde, de tendre l’élastique plus que de raison, celui-ci finit toujours par lui revenir dans le nez. C’est d’ailleurs ce qui explique que François Hollande l’ait si longtemps ménagé. Benoît Hamon a ceci de pratique qu’il est un rebelle qui revient toujours, un jour ou l’autre, dans le chemin de l’orthodoxie qui est celui de son ambition d’apparatchik.

 

 

Il gère, par ailleurs, un petit réseau qui a grandi au MJS avant de prospérer à l’UNEF. Il est le député d’une circonscription des Yvelines, acquise en 2012 après des tentatives infructueuses dans le Morbihan et l’Essonne et qu’il aura d’ailleurs du mal à conserver l’année prochaine. C’est là le vrai paradoxe de sa candidature. Benoît Hamon est un parlementaire en sursis qui rêve d’être un jour premier secrétaire du PS.

Or, le seul poste qu’il prétend vouloir briguer aujourd’hui à visage découvert l’éloigne de cette ambition, sauf à croire qu’en se lançant dans la bataille de la primaire socialiste, il n’aspire qu’à négocier ses maigres forces, le moment venu, avec l’un ou l’autre de ses compétiteurs.
Comme Marie-Noëlle Lienemann et comme Gérard Filoche, Benoît Hamon n’a strictement aucune chance d’être désigné, en janvier prochain, candidat à la présidentielle. Il joue la primaire contre autrefois un congrès. Avant de déposer une motion, il vient de proposer ce qu’on appelle une contribution, dans la novlangue socialiste. Pour voir!

Tout cela, bien sûr, s’adresse moins à François Hollande qu’à Arnaud Montebourg. Le calendrier choisi le démontre à l’envie.
Benoît Hamon s’invite une fois encore à Frangy à ceci près que cette année, il n’y était pas invité. Autre cuvée dont on se demande parfois pourquoi ils ne sont pas plus nombreux à vouloir la goûter. Au point où on en est, au nom de quoi Emmanuel Maurel, Christian Paul, Laurent Baumel, Pouria Amirshahi, Pascal Cherki, Caroline de Haas ou Jean-Jacques Germain ne s’inviteraient-ils pas à ce festin en faisant acte de candidature à leur tour?

 

Y compris au PS, deux gauches désormais se font face. François Hollandeest le leader naturel de son aile réformiste. Pour qu’il en soit autrement, il faudrait qu’Emmanuel Macron prenne part à cette compétition, ce qui n’est pas son intention même s’il devait se décider à se lancer demain dans la bagarre. Son aile frondeuse, en revanche, n’a pas de champion qui sache la rassembler. Martine Aubry aurait été en mesure de le faire. Oui mais voilà, elle ne le veut pas. La maire de Lille avait tous les atouts en main pour être une candidate crédible et performante. La seule différence entre elle et son père est qu’elle n’a jamais entretenu le moindre suspense sur ce point. 

Dans pareil contexte, l’encombrement des ambitions face au Président sortant est à la fois logique et suicidaire. Vu l’état où est aujourd’hui la gauche, cela ne changera rien au destin d’une présidentielle dont on voit mal comment elle pourrait ne pas la perdre avec fracas. La primaire du PSne règle d’aucune façon la question de la dispersion du camp progressiste dès lors que les écolos de Cécile Duflot n’ont pas renoncé à faire entendre leur petite musique et que Jean-Luc Mélenchon poursuit avec méthode son œuvre de destruction massive. 

Si on lève le nez en regardant plus loin que 2017, on constatera simplement, à l’épreuve des faits, que pendant que les uns réinventent la SFIO et les autres le Parti communiste d’autrefois, certains, comme par réflexe, rejouent les grandes heures du PSU, de ses querelles d’apothicaire et de ses multiples tendances, toutes plus radicales les unes que les autres. C’est seulement en ce sens que la candidature Hamon dépasse l’anecdote. Elle relève de la mise en scène dans ce remake que la gauche est en train de rejouer.

Challenge

 

dimanche, 31 juillet 2016

Ces "arguties juridiques" qui sont notre force

La France ne peut pas concevoir le combat contre le terrorisme, contre la radicalisation, autrement qu’avec les armes du droit. Le droit n’est pas une faiblesse. Il est notre force. La démocratie ne nous lie pas les mains. C’est pour sa préservation que nous nous battons.

Assassiner un prêtre est le dernier acte monstrueux d’une liste désormais tragiquement remplie. La détermination totale dans cette guerre – car c’en est une – ne devrait jamais se traduire par la renaissance des lettres de cachet ou la réhabilitation de la loi des suspects… Autrement dit, par la légalisation de la tyrannie de l’arbitraire.

Emportés par l’émotion et l’inquiétude, la tentation est grande d’en appeler à la « pensée magique », quitte à sortir de notre Constitution, quitte à sortir de la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH), quitte à sortir de ce qui fait la France.

C’est ainsi que l’ancien président de la République, Nicolas Sarkozy, qui a supprimé des dizaines de milliers d’emplois de magistrats, de policiers et de gendarmes, propose de réduire notre droit à un système d’exception, dont nous savons, pour le voir en œuvre dans d’autres pays, qu’il est inefficace et ne saurait nous garantir contre les impulsions meurtrières des terroristes.

Suggérer que « toutes les personnes qui sont aujourd’hui sous contrôle judiciaire pour des faits de terrorisme doivent être placées en détention provisoire et non plus laissées en liberté »revient à demander d’effacer l’article 9 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789… Conseiller « la rétention administrative pour les individus fichés les plus dangereux »est méconnaître l’article 66 de la Constitution, qui prévoit que la privation de liberté ne peut être prononcée que par un juge judiciaire. Remettre en cause « la présomption d’innocence » pour« ceux qui ne sont pas encore passés à l’acte », c’est bafouer la très ancienne et constante jurisprudence du Conseil constitutionnel.

La détermination ne justifie pas l’aveuglement. Et croire que les imprécations décourageront nos ennemis est un leurre. Aussi, si des adaptations sont légitimes, elles ne peuvent s’émanciper de nos valeurs fondamentales.

C’est ainsi que, dans bien des domaines, nous avons été au plus loin des possibilités permises par la Constitution et nos engagements internationaux. Ainsi l’article 7 de la récente loi du 3 juin 2016 renforçant la lutte contre le terrorisme a-t-il allongé à six mois renouvelable la durée du mandat de dépôt en matière délictuelle pour le terrorisme, en conservant les durées maximales actuelles de détention provisoire, qui étaient déjà les plus élevées de notre code de procédure pénale.

De même, l’article 12 de la loi du 21 juillet 2016 sur l’état d’urgence a prévu que la durée totale de détention provisoire applicable aux mineurs âgés de 16 à 18 ans soit portée à deux ans pour l’instruction du délit d’association de malfaiteurs en lien avec une entreprise terroriste (contre un an auparavant) et à trois ans pour l’instruction des crimes terroristes d’atteintes volontaires à la vie (contre deux ans auparavant).

Parallèlement, la peine obligatoire d’interdiction de territoire français pour des étrangers ayant des activités en lien avec le terrorisme est désormais applicable, à titre définitif ou temporaire, aux personnes condamnées pour acte de terrorisme, sauf décision contraire du juge.

Faut-il souligner que le maintien de la fermeture des lieux de culte et la suppression des crédits de réductions de peine automatique pour les condamnés pour terrorisme font déjà partie de notre arsenal législatif ? Que la retenue pour vérification de la situation de la personne dont le comportement peut être lié à des activités terroristes est maintenant dans la loi du 3 juin ?

Ces adaptations sont conformes à nos règles constitutionnelles et européennes, qui ne peuvent être considérées comme des « arguties juridiques » faisant obstacle à la mise en œuvre de moyens adaptés aux défis du terrorisme.

Le mirage d’une fuite en avant législative, voire constitutionnelle, ne gommera pas les défis auxquels nous faisons face et qui devraient rendre modestes les plus fanfarons.

Car la réalité doit être dite : d’autres attentats auront lieu et leurs auteurs ne seront pas tous, loin s’en faut, connus de nos services de police ou de renseignement ou passés par nos prisons.

Faut-il avoir déjà oublié les attentats qui ont endeuillé notre pays depuis 2012, pour oser dire que l’on a trouvé la solution à ces drames en se focalisant sur les seules personnes inscrites sur nos radars ? Faut-il être aveugle à ce point aux évolutions de nos sociétés occidentales qui produisent, de manière autonome, indépendante de tout réseau terroriste et parfois de tout parcours délinquant, des soldats obéissants de l’organisation Etat islamique ? Le combat sera long et son volet sécuritaire ne sera pas le moins difficile.

Notre Constitution garantit les libertés publiques pour qu’en France on ne puisse pas enfermer sans preuves. L’arbitraire n’est pas acceptable et, au nom de l’efficacité, je refuse cette volonté de « guantanamoïsation » de notre droit.

La Déclaration des droits de l’homme et du citoyen est notre boussole. Les règles qu’elle pose sont ce que le philosophe Ludwig Wittgenstein appelait la « roche dure ». L’indubitable. Et on ne s’attaque pas à la roche dure sans risquer de nous perdre.

Jean Jacques Urvoas

 
 


En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/idees/article/2016/07/28/jean-jacques-urvoas-ces-arguties-juridiques-qui-sont-notre-force_4975616_3232.html#K9Zm3SxTxV2geLYf.99

samedi, 30 juillet 2016

Face au terrorisme,affûter les armes du droit et de la démocratie

Daesh est-il en passe de l’emporter? La question brûle les lèvres. Car si l’État islamique perd du terrain au Levant, son plan répugnant fonctionne à plein, ici, en France.

La multiplication des attaques et des victimes innocentes le confirme, portée par son pouvoir d’attraction morbide auprès d’une partie de la jeunesse issue de l’immigration.

Mais le plus vif succès de l’État islamique est ailleurs: dans le raidissement – sans précédent depuis l’entre-deux-guerres – d’une partie de la classe politique française. Celle qui se livre, depuis le terrible attentat de Nice, à une vertigineuse surenchère sécuritaire et verse dans le discours nationaliste.

 

Celle qui assume de vouloir concurrencer l’extrême droite sur son terrain identitaire et populiste, et qui plaidait, avant même que le monstre Daesh ne surgisse du chaos proche-oriental, pour un rapprochement avec les thèses marino-lepenistes.

Celle qui, cyniquement, voit dans la terrible période traversée par notre pays une occasion historique de gagner le pouvoir et de remporter, dans un même élan, une bataille idéologique aussi ancienne que la République.

En France, en Europe, dans les grandes démocraties occidentales, le but de guerre de l’État islamique est rudimentaire: que la haine réponde à la haine, que la violence pure finisse par répondre à la violence pure, que l’exaltation et la frénésie répliquent au fanatisme et au nihilisme.

La raison d’être du terrorisme islamique est de créer les conditions d’une radicalisation de nos sociétés de droits et de libertés pour démontrer – d’abord aux musulmans – que leur vision manichéenne du monde est juste.

Un monde que Daesh rêve de partager en deux : les supposés oppresseurs des civilisations occidentales sécularisées face aux tenants d’une interprétation de l’islam totalement dépravée.

Aussi grossier soit ce piège, aussi tristement prévisible soit-il, beaucoup, parmi les responsables politiques français, s’y laissent prendre… par aveuglement ou par complaisance.

À voir le déferlement de haine et les propos xénophobes ou plus simplement accusateurs qui s’emparent des réseaux sociaux, à analyser avec lucidité les propositions produites par plusieurs responsables politiques de premier rang, oui, Daesh vient de remporter une victoire malheureusement éclatante. Moins par l’horreur des assassinats de masse perpétrés en son nom que par la radicalisation qu’elle est parvenue à susciter dans la classe politique et une partie de l’opinion publique.

Avec les attentats de Paris, de Nice, de Saint-Étienne-du-Rouvray, Daesh a commencé de gagner les esprits: celui des terroristes, têtes faibles ou fanatisées, isolés ou en réseau, qui diffusent la peur par le crime; celui, aussi, des responsables politiques lorsqu’ils parient sur la colère, le désarroi, la peur et la haine pour faire entrer le peuple en fusion. Et rompre toutes les digues, à commencer par cet État de droit si difficilement construit, fruit d’une longue histoire, qui préserve notre espace démocratique et républicain.

Face au terrorisme, il faut affûter, autant que possible, toutes les armes du droit et de notre démocratie.

C’est le cas lorsque nos règles permettent déjà la fermeture des lieux de culte radicalisés.

C’est le cas lorsque l’État rattrape, à marche forcée, la saignée pratiquée par le passé dans nos effectifs militaires et de maintien de l’ordre.

Renforçons notre système de renseignement, si profondément déstabilisé par la réforme lancée en 2008, 3 ans avant les tueries de mars 2012 à Toulouse et Montauban.

Imaginons un suivi plus resserré des personnes radicalisées ou susceptibles de passer à l’acte.

Obligeons l’islam de France, avec ses instances religieuses et sans angélisme, à respecter toutes les lois de la République et à éradiquer les sources de fanatisme en son sein.

Débattons – enfin ! – de l’échec si cuisant, si douloureux, et bien souvent naïf, de la politique d’intégration menée dans notre pays depuis 30 ans, par la gauche comme par la droite.

Mais plaider pour la création d’un Guantanamo à la française ou l’enfermement systématique de tous les suspects, c’est ouvrir le champ à l’arbitraire.

Ce serait donner au terrorisme islamique une raison supplémentaire d’exister et de se déployer. Sans aucun gain pour notre protection. 15 ans après le 11 septembre 2001, il n’est qu’à voir l’échec de la politique hyper-sécuritaire conduite par les États-Unis et le carburant fourni par la liturgie bushiste aux islamistes de tous poils.

Faire le procès des seuls gouvernants du jour, sans avoir l’humilité de reconnaître la part d’échecs collectifs, c’est répondre à une crise majeure par une sombre instrumentalisation politique.

De grâce, n’ajoutons pas au drame abject des victimes innocentes de la barbarie, le but profond recherché par Daesh: gagner nos têtes, forger nos mots, et précipiter notre pays dans l’inconnu. À l’image des périodes les plus noires de notre histoire.

 Florent Boudié, député PS

mercredi, 27 juillet 2016

Indigne!

Quelle mouche a donc piqué le Premier Fédéral du PS héraultais, conseiller régional et accessoirement  attaché parlementaire de la députée Fanny Dombres Coste ?

C'est avec stupeur qu'on a découvert ses propositions : instauration de la loi martiale, enfermement des "suspects "dans des camps de rétention sous 8 jours,  ,perpétuité réelle..... Cambadélis avait appelé le PS à se dépasser : il n'imaginait  certainement pas que le premier responsable de la fédération de l'Hérault allait dépasser Wauquier, Le Pen et consorts sur leur droite extrême.

Oui, l'effroi provoqué par ces attentats est immense. 

Oui, nous sommes tous choqués par ces attentats qui, de Charlie à aujourd'hui,  attaquent notre République démocratique et laïque.

Oui, il nous faut protéger tous nos concitoyens.

Oui, il nous faut faire face au totalitarisme islamique. 

Mais pas en reniant ce que nous sommes. Pas en reniant les valeurs fondamentales de notre République. Pas en mettant à bas l'état de droit. 

A Wauquier, qui n'était pas allé aussi loin que Bourgi, voici ce que le Premier Ministre, Manuel Valls , répliquait il y a quelques jours:« La France dont je dirige le gouvernement ne sera pas celle où seront instaurés des centres où l'on enferme de manière indéterminée pour un temps indéterminé des individus qu'on suspecte, pour reprendre votre mot. Je ne me laisserai jamais entraîner par un opportuniste ».

 

Karine Chevalier


 

bourgi.PNG

Face à une idéologie fanatique, nous devons réenchanter la nation républicaine

L’islamisme radical, avec l’Etat califal islamique (dit Daech) comme fer de lance, mène une guerre implacable au peuple français. Dans ce contexte grave, il convient de se ressouder autour des mots, valeurs et symboles de la Nation et de la République en évitant les accusations faciles et autres inepties argumentaires. Hélas, trois d’entre elles se sont récemment exprimées.

La première est provenue des rangs de la droite dans la foulée du massacre de Nice, via des formules à l’emporte-pièce du style « si tous les moyens avaient été pris, le drame n’aurait pas eu lieu » (Alain Juppé). Quels moyens ? L’expulsion des Maghrébins, l’enfermement à vie des maris violents, l’interdiction de louer des camions pour les repris de justice ? Absurde. Face à la vague terroriste, le gouvernement Valls va aussi loin que l’y autorise l’État de droit, même s’il sera sûrement amené à renforcer en quantité et en qualité le dispositif général ; en attendant, que le premier ministre soit attaqué est d’autant plus injuste qu’il fut parmi les tout premiers à gauche à nommer courageusement et dès le 11 janvier 2015 l’ennemi, à savoir « le terrorisme, le djihadisme et l’islamisme radical », impulsant de nouvelles mesures relayées par un Bernard Cazeneuve dont tous les responsables politiques s’accordent à reconnaître le même sérieux.

La seconde ineptie provient justement de cette gauche angélique ou complaisante qui stigmatise la prorogation de l’état d’urgence sous le double prétexte fallacieux qu’il serait à la fois inefficace et liberticide. Or non seulement celui-ci a déjà permis aux forces de l’ordre et à la justice de gêner ou d’entraver la perpétration d’actes délictueux ou criminels liés au terrorisme, mais encore il n’a manifestement dérangé ni le mouvement Nuit debout des mois durant, ni des dizaines de manifestations syndicales, ni la tenue de l’Euro, et moins encore la libre expression de positions contestataires dans les médias et en place publique. Décidément, on aura connu sous d’autres latitudes ou en d’autres temps nationaux des états d’urgence plus contraignants…

La troisième erreur grave consiste à critiquer comme inutile voire contre-productive l’action militaire de la France en Syrie, en Irak, au Mali et ailleurs contre l’État islamique et ses avatars. Les géopolitologues que nous sommes affirmons que si Daech ne subissait pas les coups de la coalition et notamment de nos Rafale, il conquerrait d’autres espaces, d’autres populations et d’autres ressources, jusqu’à devenir une vraie puissance plus menaçante et déstabilisatrice encore qu’aujourd’hui. En outre, infliger des défaites objectives et visibles sur son terrain originel mais aussi au Sahel, c’est ôter à cette organisation terroriste l’aura conférée par ses premières victoires que des esprits manipulables ou déjà fanatisés avaient interprétée ces dernières années comme un soutien divin. À juste titre, le ministre de la défense Jean-Yves Le Drian écrivait récemment que nous étions « en guerre » ; elle nous a été imposée et nous devons la mener jusqu’à la victoire.

 

Cependant, face à une idéologie fanatique, il est vrai que l’emploi du RAID, des régiments de parachutistes et des forces spéciales, absolument nécessaire, ne suffit pas. L’islamisme radical incarne une forme de romantisme révolutionnaire morbide, opposons-lui pour paraphraser Max Weber, le ré-enchantement de la nation républicaine à travers plus de civisme, de solidarité, d’apprentissage de nos symboles, de revalorisation de notre récit national commun, et tout cela dès l’école. Autrefois perçue à gauche comme ringarde ou apanage de l’extrême droite – un non-sens historique absolu ! – la nation en tant que représentation collective est aujourd’hui plus précieuse que jamais, pour deux raisons.

D’abord c’est bien toute la nation française qui est haïe et frappée par les islamistes pour ce qu’elle est – depuis des siècles et du fait de ses valeurs républicaines et démocratiques assumées –, et non pour ce qu’elle fait – à savoir telle politique intérieure ou étrangère à un instant T. Seuls les « idiots utiles » de l’islamisme pouvaient encore prétendre que ce phénomène était encouragé par le conflit israélo-palestinien, la loi de 2004 protectrice de l’école sur les signes religieux ostentatoires (improprement appelée loi sur le voile), des caricatures de Mahomet ou encore « l’islamophobie », cette imposture si bien flétrie par Charb le directeur de Charlie-Hebdo avant son lâche assassinat par les frères Kouachi. Et à présent, suite aux tueries effectives du Bataclan, de Magnanville et de Nice et après celles ratées du Thalys et de Villejuif, qu’est-ce que les « Je ne suis pas Charlie » de janvier 2015 vont encore nous inventer pour stigmatiser la république et éluder la gravité du fléau islamiste ?

Ensuite, au sein de notre nation républicaine, chacun dispose des mêmes droits et devoirs devant la Loi, « l’expression de la volonté générale » selon l’article 6 de la Déclaration universelle des Droits de l’Homme et du Citoyen de 1789, quels que soient ses origines, convictions, profession, choix spirituels et orientations sexuelles. Précisément tout ce qu’abhorrent nos ennemis fanatiquement racistes, antisémites, misogynes, contempteurs de la culture et des libertés, sur les plans idéologiques mais aussi tactiques ; plusieurs millions de musulmanes et de musulmans participent en effet loyalement de notre modèle et échappent ainsi à leur férule ; on rappellera que trente d’entre eux ont été assassinés sur la Promenade des Anglais le… 14 juillet. Ces citoyens français musulmans ont naturellement toute leur place au sein de la nation et sous l’aile protectrice de la république. Les islamistes, aucune.

Prenons garde de ne pas défendre avec suffisamment de force et de vigueur notre ordre républicain laïc et démocratique ; sous les effets d’une légitime exaspération des Français face au terrorisme, c’est un ordre fascisant et réellement xénophobe qui pourrait bien à terme s’y substituer…

Frédéric Encel et Yves Lacoste publient à la rentrée aux Presses universitaires de France un livre intitulé Géopolitique de la Nation France.

 

mercredi, 20 juillet 2016

#Turquie: Sommes-nous à une "Fin de l'Histoire" de la laïcité?

Sommes-nous à une "Fin de l'Histoire" de la laïcité à Ankara et Istambul ? Je le crains. L'arrestation en cours de près de 3000 juges et magistrats - suspectés d'être proches de ceux qui ont orchestré le putsch raté de ce week-end - ... en est juste une illustration.

Depuis plusieurs années, il y a un combat larvé entre une partie de la société civile et le pouvoir en place, les progressistes ayant très vite suspecté Recip Erdogan de se transformer progressivement en dictateur, et en dictateur islamiste. Ayant annoncé il y a quelques années qu'il souhaitait faire évoluer la constitution turque - celle mise en place avant-guerre par Mustafa Kemal Atatürk - il s'est heurté à une opposition plutôt forte, déterminée au point de perdre un scrutin important au printemps l'an dernier. Mais, Président de la Turquie, il riposte et organise des élections législatives à l'automne et, en bon populiste arrangueur de foule, il mobilise. Et gagne.

Cette droite religieuse affirmée avait déjà voulu imposer le foulard aux filles et aux femmes à l'école et à l'université, et cette tentative avait échoué grâce à une forte mobilisation des villes, et à un appui sur la Constitution turque.

Les images propagées depuis hier , montrant quelques centaines de pro-Erdogan brandissant des fannions, ont fait l'échec de ce coup d'état militaire : Erdogan, qui a communiqué via son Iphone depuis 3 jours, mobilisait en fait dans quelques banlieues et dans les campagnes pour faire venir ces personnes. Jusque là, le peuple turc n'avait pas trop bougé...

Bref, la situation est grave en Turquie, très manipulée et par les uns et par les autres. L'échec du putsch d'hier illustre que les partisans de Recip Erdogan avaient aussi infiltré l'armée, socle pendant près d'un siècle de la laïcité et de la république turque.

Un pas est donc franchi aujourd'hui en Turquie, jusqu'à l'annonce de l'arrestation d'un tiers des magistrats .... La mise en circulation d'images montrant des militaires putchistes torse nu assis dans des camions découverts est une volonté d'humilier l'armée et ressort de la même logique : mépris des institutions et propagande en marche.

Les vieilles recettes marchent et c'est d'une tristesse infinie..

mardi, 19 juillet 2016

La Peste #Nice #13novembre #Charlie

Le terrorisme est comme la peste : il révèle la vraie nature des hommes. Il y a les grands, qui se taisent et les petits, qui polémiquent, critiquent, jugent, condamnent. Les réactions politiques des dernières 24 heures, en ont fait le triste partage.

La peste rouge du terrorisme vient de frapper la France pour la 3 ème fois en 18 mois. C’est une inquiétude plus profonde que la peur qui nous saisit : devrons-nous accepter de voir sacrifiés plusieurs dizaines d’entre nous à rythme régulier comme s’il s’agissait d’une dette à expier sur la folie humaine? Outre « la Peste », toute la mythologie porte cette interrogation : quelle faute avons-nous commise de devoir éternellement accepter de nourrir le monstre d’offrandes sacrificielles ?

Cette faute, c’est la barbarie, la cruauté sous toutes ses formes et degrés, qui telle l’ogre Cronos, se nourrit de ses enfants. Berlin, où je suis aujourd’hui, Moscou, Pnom Penh, Kigali… Tant de lieux qui furent des lieux d’où la folie est née comme un feu que personne n’arrivera à éteindre et qui se sont déclinés en massacres et en camps. Aujourd’hui Daesh, cet état sans visages et presque sans noms autres que ceux de ces crimes.

Ces folies totalitaires ne cherchent pas tant à convertir qu’à contaminer. La radicalisation n’est pas un enseignement que l’on cherche à partage c’est un poison que l’on inocule aux siens. Les autres ne méritant que de périr. Après l’attentat de Breivik, la roi de Norvège avait demandé que son pays réponde par toujours plus de tolérance et d’amour. Cela est-il aujourd’hui possible ? Dire non est terrible, dire oui n’est pas dans le moment actuel, crédible.

La peste, après des siècles, des millions de morts, des centaines de pages, nous avons plus ou moins appris la traiter quand elle est limitée et qu’elle reste sporadique, mais le vaccin qui nous débarrasserait  de toutes ses formes et de ses foyers multiples, nous le cherchons toujours.

 

Michèle Delaunay

lundi, 18 juillet 2016

Communiqué de Manuel Valls , premier ministre et Bernard Cazeneuve , ministre de l'Interieur

Face au terrorisme qui nous a frappés à nouveau le 14 juillet au soir à Nice, le Président de la République a rappelé la nécessité de l’unité nationale et la détermination de notre pays à vaincre la barbarie djihadiste.

M. Manuel Valls, Premier ministre, et M. Bernard Cazeneuve, ministre de l’Intérieur, souhaitent apporter les précisions suivantes sur l’action que mène le Gouvernement depuis 2012 pour lutter contre ce fléau.

Contrairement à ce que le président du parti les Républicains a affirmé ce soir, aucun Gouvernement n’a fait autant jusqu’à présent pour lutter contre le terrorisme.

Nous répondons d’abord par une mobilisation totale de nos forces, dont nous rehaussons les effectifs – 9 000 emplois de policiers et de gendarmes recréés sur l’ensemble du quinquennat, dont 1900 pour renforcer le renseignement intérieur, quand 12 500 avaient été supprimés entre 2007 et 2012. Le Ministre de l’Intérieur a également mis en œuvre un nouveau schéma national d’intervention des forces sur l’ensemble du territoire et a modernisé l’équipement et l’armement des primo-intervenants, policiers des BAC et gendarmes des PSIG. Cela a été rendu possible par une augmentation de 17% des crédits de fonctionnement des forces de sécurité intérieure, là où ils avaient diminué d’autant lors du précédent quinquennat. Les services de renseignement ont été réformés par la création de la DGSI, du SCRT et d’un Etat-Major opérationnel de Prévention du Terrorisme qui coordonne la politique de prévention de la radicalisation et contrôle la qualité du suivi des individus radicalisés. Le Fichier de Signalement des Personnes Radicalisées à caractère Terroriste, créé en 2015, permet d’assurer un suivi permanent de 12 000 individus.

Nous répondons ensuite par l’adaptation de nos outils juridiques. Trois lois antiterroristes et une loi renseignement ont été adoptées au cours du quinquennat. Une première loi antiterroriste adoptée dès décembre 2012 permet de juger des ressortissants Français pour leur participation à des infractions terroristes commises à l’étranger. Cette loi, conjuguée à l’action de nos services de police et de renseignement, a déjà permis d’ouvrir près de 300 procédures judiciaires à l’encontre de plus de 1200 de nos ressortissants impliqués dans des filières djihadistes. Une deuxième loi antiterroriste, adoptée le 13 novembre 2014, a créé l’interdiction de sortie du territoire (IST), l’interdiction d’accès au territoire (IAT), la fermeture et le déréférencement de sites faisant la propagande terroriste sur la toile. La loi du 3 juin 2016 renforçant la lutte contre le crime organisé, le terrorisme et leur financement permet désormais l’utilisation, dès le stade de l’enquête préliminaire, de moyens spéciaux d’enquête jusqu’alors réservés à l’information judiciaire, comme la sonorisation de lieux privés, l’utilisation d’imsi-catcher, le recours élargi aux perquisitions de nuit. La loi instaure en outre la perpétuité réelle pour les auteurs de crimes terroristes et durcit les conditions de la détention provisoire et des aménagements de peine. Toutes ces dispositions sont applicables depuis la promulgation de la loi. Enfin, la loi Savary du 22 mars 2016 a également renforcé le niveau de sécurité dans les transports.

Nous y répondons également par une action déterminée pour la prévention de la radicalisation. Dès avril 2014, un plan global de lutte contre les filières djihadistes a été lancé, avec notamment la création d’un numéro vert pour les familles qui a déjà permis de signaler plus de 5 000 individus, et d’empêcher de nombreux départs. La lutte contre la radicalisation est une priorité parfaitement identifiée et le Gouvernement a annoncé le 9 mai dernier un plan très complet de 80 mesures pour lutter contre la radicalisation et contre le terrorisme, avec notamment la création d’un centre de réinsertion et de citoyenneté  par région d’ici fin 2017. Le premier Centre de réinsertion et de citoyenneté ouvrira le 1er septembre en Indre et Loire.

Nous y répondons au plan européen. Sous l’impulsion de la France, les instances européennes ont adopté des mesures indispensables : une modification de l’article 7-2 du code Schengen permettant un renforcement des contrôles aux frontières extérieures de l’Union, la création d’un corps de garde-frontières et de garde-côtes européen, la révision de la directive sur les armes à feu, et l’adoption du PNR.

Contre le discours radical islamiste, le Gouvernement est extrêmement ferme : depuis 2012, 80 mesures d’expulsion ont été prononcées à l’encontre de prêcheurs de haine ou de pseudo-imams autoproclamés. Dix mosquées ou salles de prières radicalisées ont été fermées. Aucune ne l’avait été au cours du précédent quinquennat. Quant à la mosquée En Nour de Nice, son ouverture a été décidée non par le Préfet mais par la justice, sanctionnant les manquements de la municipalité de Nice au respect des règles de droit. Nous sommes, en effet, un Etat de droit.

La question de la « rétention administrative » a été examinée avec la plus grande attention par le Gouvernement. Soit un individu isolé conçoit un projet de passage à l’acte dans un registre collectif ou individuel, et il ne relève pas d’une rétention administrative mais de la prison au titre des infractions pénales à caractère terroriste ; soit il n’existe pas d’éléments de preuve justifiant d’un risque terroriste (et la fiche S constitue un élément de mise en attention, un outil de renseignement mais pas un élément de preuve) et par conséquent la mesure de restriction de liberté au titre de l’article 66 de la Constitution ne peut être mise en œuvre, car elle est non conforme aux règles constitutionnelles et européennes. Du reste, le Conseil d’Etat, dans l’avis qu’il a rendu sur cette question le 17 décembre 2015, à la demande du Gouvernement, s’est exprimé sans appel : « en dehors de toute procédure pénale, la détention de personnes présentant des risques de radicalisation est exclue sur le plan constitutionnel et conventionnel. » Notre Constitution garantit les libertés publiques : l’arbitraire n’est pas constitutionnel. Surtout, il n’est ni acceptable, ni efficace. 

Par ailleurs, la consultation habituelle des sites djihadistes est un délit passible de deux ans d’emprisonnement et 30 000 euros d’amende depuis le 3 juin dernier. Ces dispositions complètent la législation existante et sont d’ores et déjà applicables.

Enfin, l’isolement des détenus radicalisés est testé depuis janvier 2015 dans cinq établissements pénitentiaires. Les détenus radicalisés sont séparés des autres et incarcérés individuellement. Ils suivent en outre un programme spécifique.

Cette action résolue donne des résultats : 16 attentats ont été déjoués sur notre sol depuis 2013. 160 individus en lien avec des activités terroristes ont été arrêtés depuis le début de l’année en France, grâce à l’action de nos services. Depuis le rétablissement des contrôles aux frontières au soir du 13 novembre, 48 millions de personnes ont été contrôlées à l’ensemble de nos frontières terrestres, aériennes et maritimes, et 28 000 individus ont été empêchés d’entrer sur notre territoire.

Le Gouvernement est totalement déterminé à poursuivre et à amplifier cette action, dans le respect de nos règles démocratiques, de la cohésion nationale, au seul service de la sécurité des Français et de la défense de la France.

vendredi, 15 juillet 2016

L'horreur #Nice


samedi, 09 juillet 2016

Feu le rocardisme !

Pauvre Michel Rocard ! Ils l’encensent tous sur son lit de mort pour mieux repartir à la castagne comme si de rien n’était. Les socialistes contre les socialistes, emmurés dans l’arène qu’ils ont eux-mêmes construite. Le projet de loi El Khomri est devenu leur cercueil. La droite l’a senti. Elle s’est retirée du combat, n’a pas déposé de motion de censure, s’est installée dans les gradins pour mieux contempler le massacre. Sont-ils devenus fous ?

D’un côté, le premier ministre Manuel Valls qui bombe le torse, revendique l’usage du 49.3, se targue de gouverner désormais avec « une majorité relative », ce qui est une façon de revendiquer toutes les pertes en ligne qui ont émaillé le quinquennat de François Hollande : les Duflot, Montebourg, Taubira, Hamon, Filippetti partis s’égailler ou s’enliser ailleurs, c’est selon.

 

De l’autre, les frondeurs qui restent minoritaires, n’ont pas recueilli les 58 signatures nécessaires au dépôt d’une motion de censure, n’ont pas eu « la peau » du chef du gouvernement mais ont réussi autre chose de plus toxique encore : inoculer ce poison dans l’opinion que le dernier grand texte du quinquennat d’un président issu des rangs socialistes est une loi antisociale qui réduit les protections et joue contre le pouvoir d’achat.

 

Pourquoi ? Parce que l’ultime amendement que 123 députés socialistes voulaient faire accepter portait sur la rémunération des heures supplémentaires et qu’il a été rejeté par Manuel Valls.

Le procès est instruit : le premier ministre qui s’est imposé à François Hollande aux heures noires du quinquennat n’est pas de gauche. Il n’est pas social, il est même antisocial. C’est facile et injuste car le projet de loi El Khomri est un texte de gauche, soutenu par les syndicats réformistes, au premier rang desquels la CFDT.

Outre la réorganisation du code du travail et le développement de la négociation en entreprise, il comporte un nouveau droit – « le compte personnel d’activité », que la CGT défendait au côté des autres organisations syndicales sous le nom de « sécurité sociale professionnelle ». Mais qui aujourd’hui pour le dire ?

A force de se haïr, la gauche se suicide. Elle piétine par la même occasion l’héritage rocardien qu’elle a eu tant de mal à faire sien.

 

Lorsque, à la fin des années 1970, Michel Rocard théorisait l’existence au sein du Parti socialiste de deux sensibilités, la deuxième bien plus réaliste que la première, ce n’était pas pour que l’une tue l’autre mais pour que les deux s’apprivoisent. Il voulait que l’idéal colle au réel.

Et ce fut un peu le cas dix ans plus tard lorsqu’il devint premier ministre de François Mitterrand et que, de cette cohabitation difficile, naquirent au moins deux réformes qui continuent de marquer les esprits : l’instauration du revenu minimum d’insertion (RMI) et celle de la contribution sociale généralisée (CSG), mais aujourd’hui, basta !

Ceux qui l’encensent et se revendiquent de lui, les Valls, les Hamon notamment, ne cherchent plus ni à se comprendre ni à pactiser. Ils guerroient, creusent le fossé, texte après texte, au point d’imposer au président de la République l’ultime « clarification », cette primaire que la gauche avait inventée en 2011 pour gagner et qui, aujourd’hui, est faite pour trancher les désaccords aussi sûrement que la guillotine.

 

 

 

 


En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/idees/article/2016/07/07/feu-le-rocardisme_4965209_3232.html#0tREd6yOzHxeOYb0.99

vendredi, 08 juillet 2016

Hommage à Michel #Rocard


jeudi, 07 juillet 2016

Nous sommes si nombreux à avoir été rocardiens

La mort de Michel Rocard nous fait comprendre tout le poids de nos erreurs pendant un demi-siècle parce qu’il fut un des seuls hommes politiques de premier plan à comprendre et à combattre ces erreurs. Il fut mis en marge du pouvoir politique parce que la France a presque constamment tourné le dos aux exigences du présent et de l’avenir, parce qu’il avait compris le sens précurseur de 1968 et surtout à l’emprise croissante des marchés internationaux sur les politiques nationales de reconstruction. Alors que l’Europe choisissait la social-démocratie, Allemagne en tête, la France resta longtemps enfermée dans le rêve d’une politique « révolutionnaire » pourtant rendue impossible par la division de l’Europe à Yalta.

Une génération plus tard, alors que nous sommes déjà engagés dans la globalisation économique et dans une société de communication qui transforme profondément aussi bien les acteurs dirigeants que les populations dominées, la France continue à accuser de ses échecs la politique « d’austérité » de Bruxelles, au lieu de corriger ses propres erreurs. Nous abordons les prochaines élections avec un Front national qui court en tête, une reprise économique encore insuffisante pour faire reculer le chômage et une politique de la recherche et des universités qui nous laisse encore loin derrière les Américains et les Britanniques. Les jeunes français partent par dizaine de milliers en Angleterre, aux États-Unis, au Canada et en Australie pour trouver un emploi.

 

Si Michel Rocard est si populaire parmi les Français, c’est parce que la majorité de ceux-ci se sent coupables de ne pas avoir suivi le chemin qu’il nous montrait. Même beaucoup de ceux et de celles qui ont refusé de choisir la pensée et l’action qu’il nous proposait se sentent aujourd’hui mauvaise conscience et reconnaissent que c’est lui qui avait raison dans ses choix les plus généraux et aussi dans les situations les plus dramatiques, comme celle de la Nouvelle-Calédonie où il a évité un massacre de masse.

Si nous sommes si nombreux à avoir été rocardiens, même parmi ceux qui ont refusé de lui confier l’avenir de la France, ce n’est pas parce qu’il savait convaincre et démontrer, c’est pour deux raisons bien différentes : la première est que nous n’avons jamais douté qu’il cherchait à servir seulement l’intérêt général. La seconde est plus importante encore : cet homme, qui avait un goût si exigent pour la compétence et donc pour la connaissance, était guidé, dans le monde obscur de la politique, par la passion de la dignité de chaque être humain, quel que soit son mode de vie, de penser et de croire.

Michel Rocard a mieux compris ce que nous continuons à attendre de la politique : non pas de la grandeur mais de l’espoir.

On peut comprendre qu’après de grandes illusions et tant de fausses prophéties des sages nous engagent à nous contenter d’une politique bien faite, transparente et honnête. Mais Michel Rocard a mieux compris ce que nous continuons à attendre de la politique : non pas de la grandeur mais de l’espoir ; non pas de solides équilibres mais de la solidarité ; non pas une gestion rassurante mais des découvertes exaltantes et auxquelles chacun de nous soit conscient d’avoir contribué par ses efforts et par son plaisir de la partie bien jouée. Pour lui-même il n’a demandé à la politique que la joie de l’obstacle surmonté et de l’ascension réussie par tous.

Ce que nous lui devrons encore quand nous sentirons que sous nos pieds la route à nouveau monte, ce sera de nous souvenir que son but principal a toujours été de nous maintenir à la hauteur de ceux et de celles qui ont marché avant nous et de ceux et de celles qui chercheront après nous le bonheur de vivre plus libres.

Alain Touraine 

 

mardi, 05 juillet 2016

Michel #Rocard , le contre exemple

Michel Rocard, le 7 janvier 2010 à Paris.

Editorial du « Monde ». Michel Rocard avait le « parler-vrai », la dent dure et le jugement acéré. Nul doute qu’il se serait gaussé de l’avalanche d’hommages qui lui ont été rendus, au lendemain de sa mort, le 2 juillet.

A gauche, bien sûr, François Hollande a salué ce socialiste capable de« concilier utopie et modernité », Manuel Valls a évoqué avec émotion ce« visionnaire » qui fut son « père en politique », Lionel Jospin cette« référence », Emmanuel Macron cet « exemple », Jean-Pierre Chevènement ce « militant sincère qui croyait à la force des idées », ou Jean-Luc Mélenchon cet « éclaireur » dont « la vie est une leçon ».

A droite, tout autant, où Jacques Chirac et Nicolas Sarkozy, Alain Juppé ou François Fillon ont dit leur respect pour l’homme d’Etat. A l’extrême droite même, puisque Marine Le Pen a adressé ses condoléances aux proches de cet « homme de conviction ». Sans oublier Nicolas Hulot et Brigitte Bardot.

Dans les prochains jours, aux Invalides comme au siège du Parti socialiste, des cérémonies solennelles en sa mémoire parachèveront ce couronnement posthume. L’homme de gauche Rocard mérite ces hommages, évidemment. S’il fut à trois reprises, en 1980, en 1987 et en 1994, empêché d’aller jusqu’au bout de son ambition présidentielle, il ne fait pas de doute qu’il a puissamment contribué à la rénovation intellectuelle du socialisme français.

Gauche social-démocrate libérée du marxisme, gauche réformiste aux antipodes de l’illusion révolutionnaire, gauche régulatrice plutôt que dirigiste, décentralisatrice plutôt que jacobine, sociétale plutôt qu’étatiste : tel est le legs de Michel Rocard. Il n’en fut pas le seul champion, mais le plus vigoureux, assurément.

 

Pour son pragmatisme tenace, sa capacité d’innovation autant que de conciliation, le premier ministre Rocard (1988-1991) ne mérite pas moins l’éloge. A peine entré à Matignon, il a su, en quelques semaines, réconcilier ceux qui paraissaient irréconciliables en Nouvelle-Calédonie et tracer un avenir apaisé pour ce territoire, alors à feu et à sang. L’instauration du revenu minimum d’insertion (RMI, devenu depuis RSA), la création de cet impôt moderne qu’est la contribution sociale généralisée (CSG), ou encore la réforme sans drame de La Poste font partie de son héritage.

 

Mais, au-delà, la diversité et l’œcuménisme des hommages disent bien autre chose : une nostalgie, une frustration, un regret. La nostalgie d’un temps où la politique avait du sens, donnait du sens, échappait à la dictature de l’instant et cherchait sans relâche à comprendre le présent pour mieux penser l’avenir et construire un « projet de société », son ambition cardinale.

La frustration de constater que les qualités reconnues à Michel Rocard – une exigence de morale en politique, un inlassable engagement pour ses idées, une inépuisable ouverture d’esprit – paraissent si peu et si mal répandues aujourd’hui.

 

Le regret est de voir disparaître un homme, et une voix, qui incarnait une conception noble de l’action publique : celle qui fonde l’ambition et l’exercice du pouvoir sur la force et la justesse des idées, du savoir et de la culture. Et non celle qui instrumentalise les idées au service de la seule stratégie qui vaille, la conquête du pouvoir. C’est ce qui a fait sa singularité et lui confère aujourd’hui une aura particulière. C’est aussi, et il le reconnaissait lucidement, ce qui a fait sa faiblesse pendant quarante ans.



lundi, 04 juillet 2016

Michel Rocard

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C'est avec beaucoup d'émotion et de peine que j'ai appris le décès de Michel Rocard.
Après l'échec de Mitterrand à la Présidentielle de 1974 et le deuxième échec aux législatives de 1978, j'ai été séduit par l'appel de Rocard pour une refondation du PS et un renouveau de la gauche. Par ailleurs, Rocard, c'était un nouveau discours basé sur le parler vrai, une vision morale de la politique ,la prise en compte des réalités, une social démocratie assumée. Maire-Adjoint de Béziers et premier rocardien du département, j'ai assumé la responsabilité du courant jusqu'en 1981.

Michel Rocard avait toutes les qualités pour être Président de la République, mais soucieux de l'unité du Parti - une leçon pour nos " frondeurs " - et voulant laisser toutes les chances à la gauche, il a refusé d'affronter le Premier Secrétaire, François Mitterrand,permettant ainsi la victoire de1981!
Premier Ministre de 1988 à 1991,il a modernisé le pays et, à l'instar de Pierre Mendès- France, il laisse une trace indélébile dans la vie politique française puisque ses  idées sont aujourd'hui au pouvoir .

Qu'il me soit permis d'associer à sa mémoire celle d'Elie Wiesel, Prix Nobel de la Paix, décédé le même jour. Ce sont deux grands hommes,  qui, par une tragique coïncidence, disparaissent en même temps.
 
Yves Sabah
Ancien maire adjoint de Béziers
Fondateur du courant rocardien dans l'Hérault

   

jeudi, 26 mai 2016

Les opposants à cette loi ont peur de quoi ? De l'expression des salariés ?

Interview de Laurent Berger, secrétaire general de la CFDT

Etes-vous étonné par l'aggravation de la contestation de la loi Travail ?
LAURENT BERGER. Non, pas particulièrement.

Je pense qu'il y a un jeu de posture de plus en plus marqué entre la CGT et le gouvernement et que ce face-à-face ne permet plus de traiter du vrai sujet de cette loi qui est le travail.

Le gouvernement est responsable de cette dégradation ?
En partie bien sûr. Et ce, dès l'origine avec une première version totalement déséquilibrée et à laquelle les syndicats n'avaient pas été suffisamment associés. Heureusement que la CFDT a pesé pour une profonde réécriture du texte. Ensuite, le gouvernement a péché par une absence de pédagogie qui a laissé la voie libre à toutes les intoxications et à tous les radicalismes, de la CGT à l'extrême gauche. Le gouvernement n'a pas assez explicité tous les nouveaux droits qui étaient ouverts aux salariés, le compte personnel d'activité, la garantie jeunes mais aussi une protection renforcée pour les femmes de retour de maternité, la lutte contre les travailleurs « détachés » ou encore contre le sexisme en entreprise. Renoncer à cette loi serait renoncer à tous ces droits, ce qui serait inacceptable.

La CGT s'oppose à la priorité donnée aux accords d'entreprise sur la convention collective ou sur la loi...
Il y a beaucoup de fantasmes dans tout cela. Ce changement de hiérarchie ne touche ni le smic, ni les salaires, ni les règles de sécurité. Il ne concerne que l'organisation et le temps de travail et rien d'autre. Même dans ces domaines, les salariés resteront protégés par les règles actuelles sans accord majoritaire. Si la priorité est donnée aux accords d'entreprise, ce n'est pas pour faire moins pour les salariés mais mieux en apportant une réponse plus ajustée et plus efficace. Les opposants à cette loi ont peur de quoi ? De l'expression des salariés ? Mais les syndicats consolideront leur pouvoir de négociation pour répondre aux préoccupations des salariés au plus près de leurs réalités. Des règles uniformes ne protègent pas mieux des salariés qui se trouvent dans des situations différentes.

Mais la CGT semble déterminée à aller jusqu'au bout...
Aujourd'hui, le débat s'est figé mais la CFDT continuera à tenir son rôle qui est de défendre les salariés et donc de défendre cette loi. Le rapport de forces n'est pas seulement dans la rue, il est aussi dans les entreprises où la CFDT gagne du terrain en termes d'adhérents ainsi qu'aux élections professionnelles. Je n'ai pas peur des vociférations de l'extrême gauche, quels que soient ses porte-voix. Je fais le pari de l'intelligence collective qui consiste à construire des compromis équilibrés. Si l'on préfère miser sur l'extrême gauche en lui accordant une place surdimensionnée à un moment où par ailleurs le FN prospère, ce sera la porte ouverte à l'hystérisation, la fragmentation et la radicalisation de notre société.

Le gouvernement affirme qu'il ne retirera pas la loi. Vous en doutez ?
Qui sait ? Mais je le dis avec force : il est hors de question que le gouvernement renonce à ses engagements, que ce soit en retirant la loi ou en la vidant de sa substance. Ce serait un coup dur pour les salariés car ils perdraient le bénéfice des nouveaux droits reconnus par le texte. Je tire la sonnette d'alarme aussi vis-à-vis des organisations patronales à qui je dis qu'il est temps de dialoguer mais aussi vis-à-vis des autres centrales syndicales. Le monde actuel n'est pas un monde idéal : la précarité et les difficultés vécues par les salariés y sont grandes. La loi El Khomri est faite pour corriger ces injustices car le dialogue social peut garantir un progrès social grâce à des syndicats engagés. La CFDT y est prête.

mardi, 24 mai 2016

Message à la gauche insatisfaite

Le projet de loi travail a été adopté en première lecture le 12 mai dernier, selon la procédure de l’article 49-3 de la Constitution, qui autorise le gouvernement à engager sa responsabilité sur un texte lorsqu’il estime que les conditions de la discussion en séance publique créent un risque d’enlisement. En l’occurrence, le blocage résultait de manœuvres d’obstruction conduites, selon l’expression de Manuel Valls, par « une alliance des contraires ».

Ceux qui ont déposé une motion de censure mais aussi ceux qui y ont renoncé reprochent au gouvernement de n’avoir pas respecté le temps du dialogue.

Comment comprendre ces accusations, quand, au contraire ce gouvernement est celui qui a valorisé et renforcé les principes de la démocratie sociale? Depuis quatre ans, de grandes réformes sociales ont été adoptées: la loi de sécurisation de l’emploi, la loi sur la formation professionnelle, la loi sur le dialogue social, la loi sur l’avenir des systèmes de retraite. Comme le projet de loi travail, dont l’un des axes forts est la confiance dans le dialogue social, toutes ont été précédées de phases de concertation avec les partenaires sociaux, de sorte que dans leur esprit comme dans leurs méthodes, elles s’inscrivent dans la  lignée des lois Aubry et des lois Auroux.

Le débat a eu lieu dans le pays, et lorsque des inquiétudes se sont exprimées, le Premier ministre lui-même s’est impliqué et a construit un compromis avec les syndicats réformistes et les mouvements de jeunesse.

Au stade des travaux parlementaires, le projet a été précisé, enrichi, amélioré, en particulier sur les articles qui suscitaient des interrogations. La Commission des affaires sociales a pris tout le temps nécessaire pour examiner les propositions des députés et le gouvernement a repris à son compte plus de 460 amendements issus de leurs travaux, et ce après l’examen en Commission qui avait déjà vu l’adoption de 340 amendements. Quant au débat en séance publique, il a duré plus d’une semaine avant que le gouvernement ne décide d’engager sa responsabilité pour que chaque parlementaire se positionne sans ambiguïté.

Il le fallait pour réaffirmer que ce projet de loi correspond à la spécificité de la gauche, qui est, historiquement, de croire en la capacité de chacun à prendre son destin en main et de lui en offrir la possibilité. Dans cet esprit, le projet de loi instaure une décentralisation du dialogue social car il se fonde sur la conviction que cette méthode doit prévaloir au sein de l’entreprise. En donnant plus d’espace au dialogue social de proximité, ce texte offre aux syndicats une immense opportunité de conforter leur rôle au sein de l’entreprise. Les grandes garanties en matière de salaire minimum, de durée légale du travail, de majoration des heures supplémentaires, resteront posées par la loi, et les garanties indispensables assurées grâce au principe majoritaire de l’accord consacré, à l’élargissement du mandatement dans les TPE et les PME, à la réduction du nombre de branches et au renforcement de leur rôle d’évaluation. Clairement, avec ce projet de loi, les syndicats seront plus à même qu’ils ne l’étaient auparavant d’assurer la défense des droits des salariés au coeur de chacune des entreprises de notre pays.

Le déroulement de la discussion dans l’hémicycle a conduit le gouvernement à engager sa responsabilité. S’il ne l’avait pas fait,  le calendrier parlementaire n’aurait pas été respecté, le débat se serait embourbé dans des postures voire des injures, et le projet de loi n’aurait pas pu être adopté dans des délais permettant l’entrée en vigueur de ses dispositions avant la fin de la législature.

Comment aurions-nous expliqué que la sécurité sociale professionnelle attendue depuis si longtemps, enfin accessible au travers du compte personnel d’activité, qui répond à la fragmentation des parcours professionnels en attachant les droits à la personne et non pas seulement à son statut, ne verrait finalement pas le jour?

Comment aurions-nous justifié que les mesures destinées à favoriser l’embauche en CDI et à combattre la précarisation des contrats de travail ne seraient finalement pas concrétisées?

Comment aurions-nous annoncé que la généralisation de la garantie jeunes de 460 euros par mois assurant aux 16-25 ans un accompagnement vers la formation et l’emploi, ne leur serait finalement pas proposée?

Pourquoi aurions-nous renoncé aux nouvelles avancées du texte en faveur de l’égalité entre les femmes et les hommes?

En recourant à la procédure constitutionnelle de l’article 49-3, le gouvernement a fait le bon choix, soutenu par l’immense majorité du groupe socialiste. Nous savons qu’existe une crainte de l’avenir qui rend, au sein même de la gauche, et dans une partie de l’opinion, toute adaptation incertaine, toute évolution inquiétante. Pourtant, face au nouvel âge du travail, marqué par le développement de la multi-activité, l’éclosion des nouvelles technologies, la révolution du numérique, les dirigeants politiques de gauche seraient condamnables s’ils n’engageaient pas les réformes qui permettent de s’adapter à ces mutations au lieu de les subir, et de le faire en protégeant les droits des travailleurs. La gauche a toujours été dans le camp du progrès, et le progrès suppose le mouvement. L’immobilisme conduit à la régression et la peur  de changer à la défaite.

Au moment où les candidats à la primaire de la droite commencent à dévoiler leurs projets économiques, il serait extrêmement dangereux que la gauche se divise et s’affaiblisse dans la perspective du très rude combat de 2017. Jamais la différence entre la gauche et la droite n’a été aussi marquée, jamais la brutalité de la droite n’a été aussi manifeste. Pêle-mêle, elle se fait forte de reporter l’âge de la retraite à 65 ans pour tous les Français, sans tenir compte de la pénibilité des métiers exercés; de supprimer l’impôt sur la fortune mais de plafonner les minima sociaux; de lutter contre la « fraude sociale », mais surtout pas contre la fraude fiscale; de supprimer plusieurs centaines de milliers de postes de fonctionnaires sans dire comment ni lesquels; d’abolir le tiers payant généralisé; de légiférer par ordonnances sur des sujets majeurs, autant dire d’ignorer les corps intermédiaires.

Qu’il me soit permis, par fidélité aux principes et aux valeurs du socialisme, de formuler ce voeu : gardons nos forces et unissons-les, alors que s’engagent les prémices des batailles de 2017, pour combattre sur le terrain des idées cette droite irresponsable et revancharde, et préserver nos chances de la vaincre.

Oui, ça va mieux qu’en 2012, et ça va mieux en le disant !!!!

Bernard Roman

lundi, 23 mai 2016

Nous devons être forts de nos doutes et d'un bilan qui n'est qu'une étape.

Députés, nous avons œuvré depuis quatre ans à concilier une meilleure efficacité de l'action publique et une plus grande égalité des opportunités. Nous avons travaillé "nos" textes de loi avec la volonté d'un progrès réaliste. Fin 2015 notre pays comptait 3,45 millions de demandeurs d'emploi. Si certains pays ont commencé à inverser la courbe du chômage ou ont un taux de chômage plus faible, c'est qu'ils ont connu un effet de rattrapage et allaient plus mal. Si d'autres pays ont créé de l'emploi, ils l'ont fait souvent en misant sur des emplois de moindre qualité à temps partiel ou sans salaire minimum.

Notre pays connaît la contrepartie de son dynamisme démographique : chez nous, si 800 000 jeunes arrivent sur le marché du travail, il y a 650 000 départs en retraite chaque année. En Allemagne, si 800 000 jeunes arrivent sur le marché du travail, il y a 900 000 départs en retraite chaque année. La comparaison relativise aussi ce qui serait notre exception. Depuis 2012, plus d'une dizaine de types de contrats et dispositifs d'insertion ont été mis en œuvre en direction des publics fragiles. En 2015, 100 000 emplois nets auront été créés. Les résultats ne sont pas à la hauteur de ce que nous pouvions espérer, mais nous n'avons pas à rougir des efforts faits. Ce qui manque, ce sont de nouvelles politiques publiques européennes en faveur de l'investissement durable, celui qui crée de l'emploi dans une industrie à verdir, dans la transition énergétique, et l'innovation.

Il nous faut retrouver des marges que la droite a ruinées avec 600 milliards d'euros de dettes en plus entre 2007 et 2012. Mais refaire son retard demande du temps. L'amélioration des finances publiques et sociales est en cours. En 2016, le déficit public atteindra 3,3 % du PIB alors qu'il était encore de près de 5 % en 2012. Nous avons adopté de nombreux textes (mariage pour tous, refondation de l'école, retraites, transition énergétique...). Ils ne seront de "bonnes" lois que si les acteurs s'en saisissent avec l'esprit de justice et le souci de l'efficacité. Nous avons fait œuvre de réforme, le mot "changement" s'avérant parfois peu adapté pour illustrer un mouvement de fond, réel mais pas suffisamment rapide pour ceux qui connaissent des difficultés. Le plus souvent nous avons amélioré les textes initiaux ; nous aurions aimé aller au-delà.

"NOUS AURIONS AIMÉ ALLER AU-DELÀ"Le libéralisme économique a changé et a choisi un cadre mondial alors que les politiques sociales sont restées de l'ordre des questions intérieures à chaque Etat, ce qui a probablement conforté l'idée que la globalisation des marchés avait gagné et que la solidarité avait perdue. L'Europe est le cadre nouveau de l'action pertinente pour tous les sujets transnationaux. Nous sommes au milieu du gué : d'une part, une réorientation de la politique publique dans bon nombre de domaines suppose un accord majoritaire avec d'autres Etats ; d'autre part, il y a une crise politique née de la difficulté des dirigeants au plan européen à trouver un langage commun. Les tendances xénophobes et isolationnistes rendent difficile le projet européen.

Une partie de nos concitoyens sont tentés par le retour de la droite qui, après avoir largement dégradé la situation de l'Etat, propose des "remèdes de cheval". Une autre partie de nos concitoyens sont tentés par le verbe populiste, malgré son incohérence démocratique et économique. Nous sommes nombreux à avoir été des députés refusant le mépris, exerçant pleinement notre libre arbitre pour améliorer les textes, loyaux avec l'exécutif, travaillant dans la durée sans annoncer la "fin" de l'Etat-providence ou de la gauche, ce qui, dans un moment d'incertitudes accrues, peut toujours apparaître comme possible. Nous devons être forts de nos doutes et d'un bilan qui n'est qu'une étape. Nous formulons l'idée que notre République a besoin de plus de délibération collective et de participation des citoyens. Nous devons préparer une nouvelle étape utilisant les marges regagnées. A nous de nous battre pour faire avancer de nouveaux projets pour la gauche et la France.

Signataires : Marietta Karamanli, François André, Brigitte Bourguignon, Jean-Jacques Bridey, Jean-Claude Buisine, Marie-Anne Chapdelaine, Jean-Michel Clément, Valérie Corre, Jean-Paul Dupré, Michèle Fournier-Armand, Elisabeth Guigou, Hervé Pellois, Michel Issindou, Henri Jibrayel, Conchita Lacuey, Dominique Lefebvre, Philippe Martin, Philippe Plisson, Christophe Premat, Christophe Sirugue.

 

dimanche, 22 mai 2016

Harcèlement

HARCÈLEMENT

Oserai-je aller à contre-courant sur un sujet aussi sensible et aussi médiatique que le harcèlement ? Il me semble que nous nous américanisons, peut-être à l’excès, sur la dénonciation et la sanction de « propos graveleux » ou de gestes  pas forcément attentatoires à la dignité humaine.

Ma génération de « boomeuses » ayant « fait 68 » a conquis son émancipation et conserve une volonté forte d’autonomie et de défense de soi-même par soi-même. Aurais-je reçu un mail (il n’y en avait pas encore) équivoque, subi une remarque déplacée, la remise en place aurait été immédiate et définitive. En tout cas pas question pour moi, ni hier, ni aujourd’hui dans des limites bien précises d’absence de toute violence, de « dénoncer » le goujat et de mettre les faits sur la place publique.

Omertà coupable ou refus de la victimisation des femmes, chacun aura de cette attitude la lecture qu’il souhaite. Je répète que j’exclus de ce recours à la seule auto-défense tous les actes comportant une véritable violence physique. De même ceux que pourraient subir une femme en « fragilité hiérarchique » vis-à-vis de son supérieur. Là, la plainte est nécessaire pour démontrer le refus, le rejet et le dégoût de toute promotion, subordination comme de tout déclassement reposant sur des arguments sexuels. Cela va au-delà même, on l’aura compris, du sujet du harcèlement.

Une de mes correspondantes sur twitter, dont j’estime les remarques et les questions, m’interroge : dans l’affaire qui occupe aujourd’hui les médias, auriez-vous dénoncé les faits ? La réponse demande plus de 140 signes:

  • Je n’aurais en aucun cas dénoncé quelque chose que j’aurais appris par le buzz interne de l’Assemblée. Le tam-tam couloir y est intense et pas toujours appuyé sur le béton de la vérité.
  • Apprendrais-je cependant un fait digne de foi, je m’adresserais à la femme victime pour confirmation et l’inciterais à porter plainte.
  • Aurais-je constaté moi-même un fait, j’appuierais en premier lieu là encore la victime pour qu’elle agisse. En accord avec elle, si les personnes étaient liées à mon groupe politique, j’en informerais le président de ce groupe pour que lui aussi la soutienne dans ses démarches.

On le comprend, la délation n’est pas mon fort. La dénonciation est autre chose mais elle demande la certitude et doit être faite en priorité par la victime, ou en lien avec elle quand celle ci craint une mesure de rétorsion de la part de l’agresseur.

Ce sujet est en effet très sensible. Ma volonté est que par souci de défendre les victimes de toute forme de harcèlement, on ne les affaiblisse dans leur autorité propre et on ne les place de fait en infériorité en face des hommes. N’oublions pas cependant qu’agresseurs et agressés peuvent être de même sexe et que la même attention doit être apportée à toute forme d’actes qui implicitement suppose une subordination.

N’oublions pas non plus que le mot « harcèlement » suppose la répétition et même la fréquence de cette répétition et dans ce cas, même de simples propos ou des gestes anodins, sont en effet condamnables.

Michèle Delaunay